Douve, charmant village touristique STOOOOOP. Douve est un village perdu au milieu de nulle part, terne, à l’orée d’une foret hostile et humide. Si l’enfer était sur Terre, il serait à Douve. D’ailleurs, la réputation du village n’est plus à faire, puisqu’il y a quarante ans, un drame dans « La ferme de l’horreur » s’est produit. Une mère de famille et ses deux enfants ont été tués. Le père est vite devenu le principal suspect. Les parents d’Hugo, notre narrateur, s’étaient rendus sur place : son père était flic et sa mère, journaliste, comptait bien relater l’affaire dans un livre.
« Douve. Aucune promesse joyeuse dans cette traînée monosyllabique. Personne ne sait d’où le village tire son nom. J’ai lu quelque part, sans doute dans le livre de ma mère, que l’abondance de marais dans les environs est une explication que l’on donne parfois. Un hameau terne et marécageux planté au bout d’une route de campagne. »
Lorsqu’Hugo tombe par hasard sur un article de journal relatant un nouveau meurtre à Douve, il voit là un signe du destin : il pose une semaine de congés et prend la route, direction ce village paumé. L’occasion pour lui d’essayer de comprendre ce qui s’est passé il y a quarante ans, et de savoir pourquoi, selon son père, « Il a Douve dans le sang ».
Installez-vous confortablement, avec un bon stock de bières et de chocolat (vous comprendrez pourquoi lors de la lecture), et laissez-vous porter jusqu’à Douve. Ce village est un personnage à part entière, l’ambiance est pesante, étouffante, mystérieuse, les habitants le sont tout autant. Pas facile de délier les langues lorsqu’on est pas du pays. Hugo va remuer la fange, questionner, jusqu’à ce que la vérité sorte enfin.
La plume est fluide, délicate, elle transporte le lecteur. Les chapitres sont courts, la narration à la première personne du singulier permet au lecteur de s’immerger totalement dans le récit. Les allers-retours avec le passé, grâce à la lecture du livre de la mère d’Hugo, donnent des indices, mais pas suffisamment, vous pensez bien ! Le rythme est assez tranquille, nous sommes dans un roman noir, « Douve » n’est pas un page turner à proprement parler. Quoique…Je dois avouer que je suis restée scotchée à ma tablette, j’en voulais plus, impossible de lâcher ma lecture. Si Hugo voulait connaître ses origines, moi encore plus ! J’avais l’impression d’être une mouche survolant tout cela, analysant chaque détail.
La tension grandit un peu plus après chaque page, on se demande jusqu’où cela va aller. Les personnages sont intéressants. Hugo, déjà, pour lequel on ne peut que ressentir beaucoup d’empathie. Il est flic, travaille à la Brigade Criminelle. Enfant unique, il s’occupe de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Son père est décédé il y a peu. Alors, ok, un flic qui prend une semaine de congés, comme ça, au pied levé, c’est pas hyper réaliste, mais bon, je ne vais pas pinailler non plus…Ce que j’ai adoré chez Hugo, par contre, c’est son addiction ! Il a arrêté de fumer et a remplacé une « drogue » par une autre. Laquelle me direz-vous ? Ne comptez pas sur moi pour vous le dire, non mais 😉!
Et que dire des habitants du village ? Ils gardent jalousement leur secret, faisant bloc ensemble. Ils sont atypiques, c’est le moins qu’on puisse dire ! Vous avez, entre autre, des jumelles octogénaires, genre Tweedledum et Tweedledee dans Alice au pays des Merveilles, un mec qui se promène en slip, genre le Naked Cow Boy de Times Square.
Les affaires se mêlent, entre Hugo et la recherche de son passé, les meurtres d’il y a quarante ans, et le meurtre d’aujourd’hui. Tout va se fondre dans ce récit à huis-clos en plein cœur de Douve, jusqu’au dénouement, qui autorisera enfin le lecteur à reprendre son souffle.
Méfiez-vous, on ne repart pas de « Douve ». Un roman noir fait pour les amateurs ! Il vous apportera les frissons dont vous avez besoin lors de vos lectures. Pour ma part, je campe à Douve, j’y attends la suite de pied ferme ! Vous me rejoignez ?
« -Ce patelin, on l’aime ou on le déteste. Il n’y a pas de nuance. Si je devais lui donner une devise, vous savez ce que ce serait ?
Il s’approche pour mettre un peu de suspense et une touche de solennité à son slogan mûrement réfléchi, et tout en se plaçant à côté de moi pour contempler la même pluie qui tombe par la même fenêtre, il murmure :
-C’est quitte ou Douve. »
#Douve #VictorGuilbert #HugoThriller