Detroit: le vacarme des usines, le son Motown sur lequel on chaloupe, les chœurs d’une communauté que l’on sacrifie sur l’autel du capitalisme… C’est aux bruits de cette ville que Judith Perrignon offre un écho dans ce roman choral fort et bouleversant.
De l'auteure, je n'ai lu que deux autres romans qui m'avaient passionnés. Je me faisais une joie de lire celui-ci. Je me suis accrochée jusqu'à la moitié du livre, mais force m'a été de constater que je n'accrochais pas : ni aux personnages, ni aux situations, si à cet immeuble. Même l'enquête sur Frat Boy ne m'a pas permis de m'accrocher au roman. J'ai trouvé la plume très scolaire, comme si l'auteure avait fait un exercice sur un sujet imposé. Certes, j'ai appris que Diana Ross était né dans ce quartier, que la première dame Roosevelt est à l'origine de sa création. Rien de bien passionnant. Malgré les titres de musique, je n'ai pas eu envie de chanter ou de danser pendant ma lecture. Quelle déception pour moi.
Ce roman nous emmène à Detroit, des années 1930 à nos jours : la ville industrielle à l'apogée du capitalisme, les usines Ford, Mme Roosevelt qui annonce la construction de tours HLM qui permettront de loger les communautés afro-américaines dans des conditions salubres... et puis les générations passent, les usines ferment, les gangs et les trafics se font plus nombreux, chacun essaie de s'en sortir, sans que jamais ne se perde l'âme de la ville, la musique, la solidarité, la débrouille. Les Supremes font une apparition, les relations avec la police, les Blancs, on se retrouve dans l'atmosphère de Dreamgirls ou The Get Down. J'ai beaucoup aimé le style de l'autrice, c'est un livre très immersif.
15/20 Un style qui fait qu’on s’y perd un peu parfois mais qui permet en même temps des passages relativement poétiques. Un tableau poignant de ce paysage qui nous est étranger, mais l’entremêlement entre plusieurs temporalités fait parfois perdre le fil de la narration.
Déambuler dans Downtown Detroit est une expérience singulière : de vieux bâtiments tagués laissés à l’abandon, aux fenêtres brisées et aux murs décrépis flirtent avec des constructions récentes, flambant neuves au rez-de-chaussée s’ouvrant sur des restaurants à la mode. Detroit fut la ville du rêve américain par excellence, celle où se sont construites les « usines de la liberté » qui garantissait un toit, l’eau courante, l’électricité et la possibilité d’acheter une voiture. Dans ce récit en deux temps, l’un commençant en 1935 et l’autre en août 2013, Judith Perrignon fait de Detroit le personnage principal de son roman « Là où nous dansions ». Siège de la Motown, des premiers artistes noirs américains devenus cultes, qui avaient le « move » dans l’âme et sous la peau, berceau de l’industrie automobile, fleuron des usines qui tournent à plein régime, Détroit naît. Detroit est un territoire qui ne peut se parcourir à pied, transpercé de plusieurs autoroutes qui se croisent et s’entremêlent. Dans son ventre, surgissent de terre des tours, un projet ambitieux porté à bout de bras par Eleanor Roosevelt : le Brewster Project.
Elles serviront à abriter les ouvriers qui travaillent dans le secteur automobile. « Tu sens Detroit vibrer, une machine folle, huilée, qui tourne sans arrêt, qui va t’entraîner, t’employer, t’absorber, t’épuiser, te broyer peut-être, mais t’es fier d’en être, parce qu’ici on calibre les voitures, les magasins, les pistes de danse et les canons du monde entier. Alors, tant qu’à suer quelque part, autant que ce soit là. » Mais comme toute ville américaine derrière l’image d’Épinal se cache une autre réalité : une volonté de parquer un genre humain. L’Amérique ne sait comment cacher cette « population » qui dérange.
Ce récit poétique, réaliste explore les deux faces d’une même pièce, splendeur et décadence. Une ville qui sort de terre, puis une ville qui meurt par la violence économique et la montée du racisme. L’auteur avait à cœur de mettre en lumière un troisième aspect des choses : celui de la reconstruction du cœur de Detroit en redonnant vie à un centre-ville déserté par les blancs, en y construisant des appartements luxueux pour les encourager à y revenir. « La ville a tout d’une vieille dame qui hésite entre l’effondrement et la résurrection. »
Au cœur de Detroit, surnommée la Paradise Valley, deux personnages prennent vie. Deux flics, l’un noir, Ira ayant toujours vécu là, l’autre blanche, Sarah. Un corps est retrouvé sur un terrain vague, au milieu de 4 tours, un corps à qui il faut redonner une identité. Pour cela, il faut comprendre ce qu’était cette ville du temps de sa splendeur, et ce que faisait là celui qu’on surnomme « frat boy », un étudiant appartenant certainement partie d’une fraternité universitaire.
C’est alors toute l’histoire de Detroit qui ressurgit, le passé se mêle au présent en 4 saisons, dans un savant mélange de souvenirs, de tranches de vie piochées entre 1935 et 2013, de personnalités connues, au gré des déambulations des deux personnages humains phares. Ainsi, le lecteur flâne sur Michigan Avenue, Woodward Avenue, Hastings Street, découvre la « John King used and rare book library », le restaurant Louie’s louie, l’épicerie de Mr Dotty, le Castle Show, le Graystone Ballroom, mais fait aussi la connaissance de celles qui deviendront « les Supremes », Diana Ross, Florence Ballard et Mary Wilson qui chantaient dans la cuisine de l’une des tours en 1960, « les Primettes », Mary Wells, Marvin Gaye et le petit Stevie Wonder. « On dit souvent qu’à Detroit le bruit de l’industrie a influencé la musique. »
Judith Perrignon honore Detroit en lui rendant ses lettres de noblesse. Cette ville emblématique de l’industrie automobile, bercée par les premières notes de Motown, a connu un succès fulgurant en représentant la belle et grande idée d’une Amérique prospère, un lieu en éternel mouvement, où le bruit des usines tournant à plein régime a bercé les nuits de ses habitants. Le tumulte, l’effervescence et le bouillonnement se sont peu à peu tus, pour laisser place à la violence du système économique capitaliste, en créant racisme et montée en puissance de la criminalité. Cette ville a pourtant représenté une forme de résistance, par la musique d’abord, puis l’expression d’une révolte par les émeutes de 1967. Elle était un sortilège qui envoûtait les âmes par la musique et symbolisait la possibilité d’un modèle du « vivre ensemble » réussi. « Detroit a le syndrome de l’abandon. », mais Detroit se reconstruit…
Merci, Judith, pour cette balade teintée de nostalgique, dans une ville que l’on croit connaître, mais que l’on redécouvre finalement à chaque fois. Mes deux années d’expatriation n’auront pas suffi à la posséder vraiment, mais je suis heureuse d’imaginer que peu à peu, elle renaît de ses cendres.
Mlle Alice, pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Là Où Nous Dansions ? "Détroit est une ville qui me fascine, et pas seulement parce que je suis fan d'Eminem. J'ai d'ailleurs longtemps cherché des romans qui s'y déroulent, ça me paraissait la toile de fond idéale, sans rien trouver qui me tente, jusqu'à ce que Sonia du blog Books, Moods and More parle de ce livre."
Dites-nous en un peu plus sur son histoire... "Un corps non identifié est retrouvé au pied des tours du Brewster Project, alors même qu'elles sont en cours de démolition. Et avec elles, c'est tout un pan de l'histoire de Detroit qui va disparaître, des scènes du quotidien aux stars qu'elles ont vu naître, en passant par les émeutes et les manifestations, sauf dans la mémoire de ses habitants bien sûr..."
Mais que s'est-il exactement passé entre vous ? "J'avais bien compris avant de le lire que l'enquête n'était pas l'attrait principal de ce roman, qu'elle n'était que l'excuse pour raconter l'histoire de cette ville, de ses habitants, de l'ambiance qui y règne. Pour autant, je l'ai trouvé vraiment trop peu présente, trop longue à mener à quelque chose, à prendre du sens. Bien sûr que Detroit est le personnage principal et bien sûr que j'ai adoré ce côté-là, mais ça n'empêchait pas à mon sens d'apporter un peu d'épaisseur à certains éléments et à certains protagonistes qui, personnellement, m'intéressaient plus qu'Eleanor Roosevelt ou Diana Ross. J'ai donc trouvé le temps bien long dans toute la première partie de ce roman, dont l'écriture est un peu étrange, en fait souvent trop, et ce n'est pas le coup de coeur auquel je m'attendais même si je garde finalement une empreinte positive de ma lecture. C'est juste que j'en voulais plus, beaucoup plus."
Et comment cela s'est-il fini ? "J'ai plus que jamais envie de découvrir Detroit... En attendant, il me reste Eminem."
Une ode à Détroit dans tout ce que la ville a de pire mais surtout dans tout ce qu'elle a eu de meilleur Le roman ne cesse rebondir entre hier et aujourd'hui. Entre le Brewster Project instauré par Mde Roosevelt et la décadence. L’ère de l'industrialisation et la chute d'un empire. C'est le racisme, la pauvreté, la criminalité, le désœuvrement mais aussi l'espoir et cet amour viscéral que nourrissent les anciens habitants qui sont restés alors que les riches se réapproprient peu à peu la ville après l'avoir ruinée. C'est l'histoire d'une famille sur 4 générations. C'est l'histoire de Frat Boy, ce jeune homme retrouvé mort et qui sera un peu ce lien, cette lumière de ce que la ville était. Ce sont aussi la Motown et ses artistes. Marvin Gaye, Stevie Wonder etc... Les Suprêmes et l'élue, Ross dont l'image ressort écornée de ce roman (mais perso, ce n'est pas une surprise, je savais déjà que l'humaine n'arrivait pas à la hauteur de l'artiste) C'est Sarah, Ira, Jeff, Géraldine, Archie, Tim et tous les autres. Les âmes de Détroit.
J'ai adoré la plume toute en poésie de l'auteur, c'est souvent dur, sombre mais jamais dénué d'espoir malgré les immeubles qui s'effondrent.
Si je n'ai qu'un seul reproche à faire à ce livre, c'est la multitude de POV (souvent à la première personne qui plus est). J'ai souvent perdu le fil, ne sachant pas qui parlait surtout que le livre, ce sont aussi de nombreux sauts dans le temps (ce que j'ai adoré par contre) et qu'il faut savoir qui réapparait au présent.
Magnifique Détroit avec ces personnages qui sont de chair et de sang, témoins d'une auteur qui a su les écouter et leur rendre hommage de la plus belle des manières. Très jolie découverte
Dans son nouveau roman Là où nous dansions, Judith Perrignon raconte l’histoire des premiers logements sociaux pour les noirs aux États-Unis à partir de la vie de ses habitants. C’est l’occasion pour elle de questionner « le rêve américain » mais aussi ses démons avec la ségrégation raciale, la violence et les conditions de travail.
Lorsque le roman commence, le Brewter Project, cet ensemble d’immeubles ayant accueilli des noirs pour la première fois dans des logements de confort, est entrain d’être démoli. Un ancien habitant, Ira, un flic couvert de succès, y a vécu et commence à raconter ses souvenirs.
Le 9 septembre 1935, Éléonore Roosevelt arrive à Détroit avec le train présidentiel pour annoncer le financement d’un plan de logements publics pour les noirs de la ville. Elle parle à une petite fille, qui sera un des personnages récurrents de ce roman.
En 2013 est retrouvé un corps dans un des immeubles avec une balle sous l’œil. Sarah, la légiste, cherche à lui donner une identité. Mais « Frat Boy », comme elle le surnomme, va garder encore longtemps ses mystères.
Le deuxième fil de ce roman, qui en compte plusieurs, est l’histoire de la musique américaine noire à travers la maison de disques Mottow de Berry Gordy qui a puisé ses chanteurs(es) au cœur du Brewter Project. Ainsi, il y a eu les Supremes, trois filles qui s’essayèrent à la chanson. On découvrira bien plus tard que l’une aura son heure de gloire solo dans les années 60.
Le récit poignant d'un quartier de Detroit, vendu comme un progrès social aux Afro-américains dans les années 40, avant de se refermer sur eux comme un ghetto. En toile de fond la description du déclin inéluctable de cette ville fascinante, puis de sa gentrification qui déracine une population déjà malmenée par des décennies de mépris et de violence. Bouleversante lecture. -- « Qui n'a pas brandi une pancarte dans cette ville ? Ça c'était une vraie belle guerre. C'était notre guerre. Notre fierté. Ils nous l'ont jamais pardonné, les tout-puissants d'ici. C'est pour ça qu'ils se sont barrés avec leurs usines et leur fric. Ils peuvent pondre toutes les théories économiques qu'ils veulent pour nous enfumer, c'est la seule raison pour laquelle ils ont foutu le camp. Ils s'en allaient pas très loin, au sud du pays, là d'où on venait, ou dans l'Ohio, en n'embauchant qu'à condition de ne pas être syndiqué. Puis ils sont partis à l'autre bout de la planète, là où les gens sont si pauvres qu'on en fait des esclaves. Ici, on a appris à ne plus jamais l'être. Et on a été punis pour ça. »
Ce n'était pas un livre pour moi : il m'a été conseillé après ma lecture de "Plus vite que le coeur d'un mortel", qui parle de l'évolution des villes de la rust bell, et particulièrement des destructions des centres-ville.
Ce roman est la version fictionnelle de cette histoire, où l'on suit une famille de la création des tours du Project à leur destruction, avec des allers-retour entre ces différentes périodes. On y croise les jeunes filles qui deviendront les Supremes.
Le thème me passionne, mais je n'ai vraiment pas du tout accroché à l'écriture. J'ai trouvé le style pompeux, et le dispositif artificiel : chaque personnage est un archétype qui sert à la démonstration de l'autrice. Les dialogues sont invraisemblables, rempli de très longs monologues hors de propos. C'est clairement très documenté, et je crois que j'aurais préféré une non-fiction.
La grandeur et le déclin de Détroit. La Motown des Supremes et les tours du Brewster Project. Courir devant et être rattrapé par le déterminisme social, le racisme et le capital. J’ai beaucoup aimé.
Ces pages puissantes sur les habitants noirs d'un quartier de Detroit voué à la destruction décrivent la vitalité et la résistance des laissés-pour-compte.
Bankruptcy ! Ils n'ont plus que ce mot là à la bouche. Détroit vient d'être déclarée en faillite, ça fait les titres dans tout le pays, même à l'étranger. » Nous sommes en août 2013 quand s'ouvre le roman de Judith Perrignon, sur les ruines du Brewster Douglas Project où Ira, flic afro-américain a passé toute son enfance et son adolescence. C'est Eléonore Roosevelt qui est à l'initiative de la construction de ce vaste ensemble de logements sociaux pour les Noirs qui débute en 1935, après la Grande Dépression. C'est là que vont loger les ouvriers des usines automobiles qui font la fierté et la richesse économique de Détroit. Détroit « berceau du monde moderne qui a inventé la voiture et aimanté les travailleurs et les cultures du monde entier », véritable eldorado industriel où, dans les années 50, les populations afro-américaines ont le meilleur niveau de vie et où se développe une véritable bourgeoisie noire car « C'est ici que les salaires et les retraites sont les plus élevés du pays, alors forcément tout le monde grimpe ». C'est aussi à Detroit qu'au milieu des années 60 émergent une foule de talents musicaux tous signés par la fameuse Motown : les Suprêmes, Martha et les Vandellas, Marvin Gaye, le tout jeune Stevie Wonder....Non loin du siège de la Motown prêche le révérend Franklin, père d'Aretha.
Mais le racisme et la discrimination sont bien présents, notamment au sein de la police et, en 1967, éclatent les très violentes émeutes qui mettent un brutal coup d'arrêt à cette réussite . Detroit fait de nouveau parler d'elle lors de la crise des Subprimes qui voit s'effondrer le modèle économique et la laisse en ruines , en faillite , avant que de nouveaux investisseurs blancs reprennent les choses en main, quite à reproduire les erreurs du passé ...
C'est donc les 40 ans d'effondrement de la ville que nous conte Judith Perrignon par la voix de ses habitants : Ira, flic d'élite, Géraldine sa mère, Archie son oncle, Sarah sa collègue qui tente de percer l'identité d'un jeune homme retrouvé mort dans les décombres des immeubles....
L'écrivaine et journaliste connaît bien Détroit, elle s'est imprégnée de l'atmosphère de la ville, a écouté et dialogué, et son livre est à la fois un formidable reportage et un émouvant roman choral à la gloire d'une ville et de trois générations de ses habitants qui en ont été dépossédés . « Un épais brouillard était tombé sur nous, ville noire, pauvre, criminelle et corrompue. Ce brouillard nous isolait, nous dévorait, nous laissait seuls face à nous- mêmes. Quarante ans plus tard, il se lève. Changement de décor. Il suffisait donc d'une décision pour qu'on rallume la lumière dans nos rues. Ce qui prouve qu'il y a eu décision de l'éteindre. »