Dès 1925, Stefan Zweig pressent l’un des grands bouleversements sociaux de notre temps?: l’uniformisation du monde. Alors que le concept de mondialisation reste toujours à inventer, il examine avec perplexité des sociétés qui gomment peu à peu toutes leurs aspérités. Comment en sommes-nous arrivés là??Dans ces pages habitées d’une lumineuse mélancolie, il décrit déjà l’avènement de l’instantanéité et de la simultanéité, à travers la mode, le cinéma, la radio ou même la danse. Facilité par des bouleversements techniques profonds, ce culte de l’éphémère joue un rôle central dans l’uniformisation critiquée par Zweig.S’il dénonce la gravité d’un tel processus, c’est tout simplement qu’il en va de notre liberté. À une époque où le fascisme commence à poindre, Zweig nous met en garde contre une autre forme de tyrannie. Car il n’y a qu’un pas de l’uniformisation des modes de vie à la servitude volontaire des individus. En écho à la massification de la vie sociale, cette uniformisation ouvre finalement la porte à toutes les dérives autoritaires du pouvoir, dont Zweig perçoit le risque avec sensibilité. Dernier recours pour les individualités récalcitrantes?: fuir en elles-mêmes, pour oublier l’oppression du collectif.
Stefan Zweig was one of the world's most famous writers during the 1920s and 1930s, especially in the U.S., South America, and Europe. He produced novels, plays, biographies, and journalist pieces. Among his most famous works are Beware of Pity, Letter from an Unknown Woman, and Mary, Queen of Scotland and the Isles. He and his second wife committed suicide in 1942. Zweig studied in Austria, France, and Germany before settling in Salzburg in 1913. In 1934, driven into exile by the Nazis, he emigrated to England and then, in 1940, to Brazil by way of New York. Finding only growing loneliness and disillusionment in their new surroundings, he and his second wife committed suicide. Zweig's interest in psychology and the teachings of Sigmund Freud led to his most characteristic work, the subtle portrayal of character. Zweig's essays include studies of Honoré de Balzac, Charles Dickens, and Fyodor Dostoevsky (Drei Meister, 1920; Three Masters) and of Friedrich Hölderlin, Heinrich von Kleist, and Friedrich Nietzsche (Der Kampf mit dem Dämon, 1925; Master Builders). He achieved popularity with Sternstunden der Menschheit (1928; The Tide of Fortune), five historical portraits in miniature. He wrote full-scale, intuitive rather than objective, biographies of the French statesman Joseph Fouché (1929), Mary Stuart (1935), and others. His stories include those in Verwirrung der Gefühle (1925; Conflicts). He also wrote a psychological novel, Ungeduld des Herzens (1938; Beware of Pity), and translated works of Charles Baudelaire, Paul Verlaine, and Emile Verhaeren. Most recently, his works provided the inspiration for 2014 film The Grand Budapest Hotel.
L’uniformisation du monde, ce court texte a paru pour la première fois en février 1925, et résonne avec force aujourd’hui encore. Stefan Zweig pressent un bouleversement social, l’uniformisation du monde, et examine avec perplexité des sociétés où disparaissent progressivement leurs aspérités, où se renforcent une culture de l’instantanéité. Brillant, comme le reste de l’œuvre de l’auteur. (Merci Camille pour cette recommandation)
wow, quelle richesse dans un si petit essai. je le recommande vivement à tout le monde. je compte partager quelques citations sur instagram, et en parler dans une prochaine vidéo youtube !
C'est drôle de lire une critique de la modernité datant d'une époque pré-internet. Le monde a tellement changé depuis.
Les idées de Zweig sont néanmoins valides en contexte. On encourage le plaisir et la satisfaction individuelle dans un monde où l'uniformisation et la conformité gagne constamment du terrain . C'est à se demander pourquoi les gens sont graduellement de plus en plus déprimés et aliénés. Ce (très court) essai est un excellent compagnon idéologique à celui de Walter Benjamin sur l'art à l'époque de sa reproductibilité technique.
C'est le critique américain Chuck Klosterman qui disait : "le monde change maintenant plus vite que notre capacité de comprendre ce que ces changements veulent dire". On voit la pointe de l'iceberg dans cet essaie de Zweig.
1925 - 2021 Il y a presque un siècle que Zweig a pondu ce texte qui serait aujourd'hui un article de blog nous décrivant les méfaits de la mondialisation. Zweig me scotche littéralement par sa vision du londe si moderne ! Ce texte aurait vraiment pu être écrit hier ! Zweig aurait pu nous parler de fast fashion, de réseaux sociaux et de ses nombreux "influenceurs". Je comprends les peurs de l'auteur quant à la culture de masse, à la perte de la singularité, au prêt à penser. Néanmoins, cette dérive essentiellement économique et politique s'appuie sur notre besoin d'appartenance, notre peur d'être abandonné par le groupe, seul face au danger. Ce texte est tres intéressant parce qu'il me met face à mes propres contradictions. Vouloir être moi, donc différentes des autres et pourtant consommant sans doute comme tout le monde. Un texte qui questionne notre rapport au monde, encore aujourd'hui. A lire absolument !
Un excellent tout petit essai qui soulève énormément de questionnements en seulement 20/40 pages. C'est fou de se dire que cet essai a été écrit dans l'entre deux, quand le technologie n'était pas aussi développé que de nos jours et pourtant, il est toujours aussi actuel.
Comment Zweig, en si peu de pages - mais surtout en 1925 - peut arriver à donner sens à ce que notre époque vit ? Je suis subjuguée par le ressenti, de ces mots qui font si bien écho aujourd’hui dans notre monde.
Absolument incroyable la façon dont cet essai à été publié pour la première fois il y'a presque un siècle et comment il parvient malgré tout à être plus que d'actualité. C'est très court mais ça se dévore. A lire (et relire), ouvre la porte à de grands questionnements.
Il s'agit d'une tribune, relativement étendue, publiée par Zweig en 1925 dans un journal. Ecrit de circonstance, elle y échappe par la hauteur de vue et l'acuité dont elle témoigne sur ces mêmes circonstances, et les changements structurels de notre civilisation. Zweig remarque au fil de ses voyages une uniformisation des modes de vie, du moins à cette date dans les pays de peuplement européens, ou les milieux coloniaux. Il en donne pour preuve les exemples très concrets de l'habillement et des musiques de danse ; des exemples qui ne sont pas choisis au hasard car ils relèvent de la mise en place d'une culture médiatique mondiale dominée par les Etats-Unis, déjà sensible pour lui il y a un siècle. Zweig voit dans cette mise en place un événement historique considérable qu'il place sur le même plan que la Première guerre mondiale, et naturellement funeste puisque cette uniformisation appauvrit l'humanité. Zweig a conscience que les nationalismes de son époque sont une tentative de réponse politique à cette uniformisation (et peut-être pas, mais en 1925 il aurait vraiment beaucoup de mérite, que le fascisme conjugue cette tentative de réponse et l'uniformisation pire encore du totalitarisme) ; il rejette cette réponse profondément régressive mais n'en voit pas d'autre ; aussi propose-t-il de délaisser toute réaction politique pour cultiver la conscience individuelle, retrouvant ainsi un geste millénaire de la philosophie occidentale. On n'en voit pas moins à quel point la vision de Zweig est pessimiste, l'espoir spirituel, même défendu en termes forts et chaleureux, n'étant qu'une position de repli face à l'absence d'espoir politique. En cela aussi elle vient interroger de façon surprenante notre époque, qu'il n'a pas connue. Zweig réfléchit en écrivain, de façon synthétique et parfois fulgurante ; il n'a pas la précision conceptuelle que son contemporain Walter Benjamin allait déployer une dizaine d'années plus tard dans son essai sur "L'OEuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique" à propos de problématiques voisines. En revanche il a des intuitions de nature métaphorique et qui anticipent sur des analyses plus philosophiques, par exemple quand il associe l'avancée des technologies mécaniques et le caractère de plus en plus mécanique et automatique de l'existence humaine dans la société. C'est certainement cette pensée proprement littéraire qui lui permet des analyses presque prophétiques, par exemple sur la prééminence des Etats-Unis dans la culture populaire à une époque où Hollywood balbutie encore. Il serait, toujours à cette date, déloyal de lui reprocher de ne pas avoir compris que le cinéma pouvait également transmettre la vision d'artistes véritables ; d'autant que le cinéma qui triomphe aujourd'hui, c'est-à-dire les "franchises" généralement super-héroïques et indéfiniment reproduites, repose globalement sur l'absence d'une telle vision. Lire ce court texte (ici présenté en version bilingue) en 2023, c'est donc l'occasion de s'ébahir de la lucidité de Zweig, mais aussi, par-delà le pessimisme de l'auteur, prendre conscience de la capacité de la littérature à saisir, dans un geste qui lui est propre, le monde qui nous entoure.
J'ai trouvé ce pamphlet et cette analyse très intéressante, surtout la critique envers l'américanisation du monde, que Zweig a su déceler si tôt dans son époque...
Je suis un peu moins d'accord avec son avis très technophobe, et cette hiérarchisation de la culture en plaçant le théâtre au dessus du cinéma, la lecture au dessus du sport, etc.
Je comprends sa crainte concernant l'uniformisation à cause de la technologie, la simultanéité des médias partout dans le monde imposant les dictats de l'Amérique, mais je ne pense pas que dire que les gens sont trop feignants et préfèrent utiliser la technologie par facilité plutôt que des médias plus "nobles" soit la solution.
Ce côté un peu réac induit un certain mépris de classe, où seuls certains arts comme le théâtre, certains types de lecture, certaines danses, qui sont pour la plupart du temps seulement accessibles aux populations plus aisées ou ayant un plus gros capital culturel, vaudraient le coup de s'y intéresser, le restant n'étant que des outils d'aliénation.
Malgré ce point, ce texte reste captivant et impressionnant par l'anticipation précoce de Zweig sur l'uniformisation du monde, tellement vraie à l'heure actuelle dans notre société ultra capitaliste.
4/5 et pas 5/5 parce que oui, j’ai un pb avec l’Europe, et j’aime pas trop beaucoup qu’on la vante comme ça MAIS les dernières pages étaient top, je sais pas encore si je suis entièrement d’accord, mais c’est un principe de révolte intéressant