En 1898, aux États-Unis, la communauté noire, issue de l’esclavage, est encore ostracisée. Cela vaut autant pour Richard T. Greener, premier noir à obtenir un diplôme en droit de l’université Harvard en 1870, que pour sa femme et ses enfants qui ont pourtant la peau claire, car « Une goutte de sang noir, une seule goutte de sang noir dans les veines, fabrique à jamais des « nègres ». ». p. 21. Imbu de lui-même, Greener abandonne femme et enfants et s’enfuit en Afrique. Ayant l’audace de son père, la fougueuse Belle refuse de se plier au destin réservé aux noirs. Convaincante, elle entraîne sa mère, ses frères et sœurs dans l’aventure risquée qu’on appelle The Passing, i.e. se faire passer pour un blanc alors qu’on est légalement noir. Ils vont donc changer leur nom, leur lieu et date de naissance, vont déménager et s’installer dans une nouvelle vie. L’amour fou que Belle entretient pour les livres lui permet de se frayer un chemin enviable dans cet univers. Bibliothécaire pour John P. Morgan, richissime banquier de New York, elle passera une bonne partie de sa vie à son service. Dotée d’un flair hors du commun et avec la confiance de Morgan en poche, elle devient mondialement célèbre en s’emparant de pièces anciennes les plus convoitées dans différentes ventes aux enchères.
Livre appuyé sur une histoire vraie. L’autrice précise au début du livre qu’elle s’appuie sur une tonne de documents d’archives pour mettre en mots la vie de cette femme hors du commun. L’écriture est efficace, car ce qui aurait pu se lire comme une simple biographie, se transforme ici en une aventure romanesque. Le personnage de Belle est captivant. Femme délurée, affirmée, ambitieuse et passionnée par son travail, elle détonne lorsqu’on la compare aux femmes de son époque. Sans jeu de mot, on découvre un personnage riche en couleurs. Du même coup, un portrait historique du parcours des noirs et de la ségrégation américaine malheureusement encore présente de nos jours. Pour le résultat remarquable et l’ampleur que représente une telle reconstitution historique, je donne 5 étoiles.
Citations:
«… pendant les deux siècles et demi que dura l’esclavage aux États-Unis, les maitres abusèrent couramment des leurs esclaves, donnant naissance à des enfants métis, qui restèrent esclaves. Ces métissages, qui se poursuivirent sur plus de huit générations, donnèrent naissance à toute une population d’esclaves aux traits « caucasiens », aux cheveux lisses et à la peau claire. » p. 13
« Être l’un pour l'autre, l'Essentiel. Sans être absolument tout. » p. 312
« Un vrai bibliophile. « Sans les livres, soupirait-il en avalant nonchalamment son whisky, Dieu restait muet ». » p. 448