«J’ai tout mis dans des boîtes à chaussures que j’ai été porter dans la cour. J’ai imbibé le carton de combustible à fondue et j’ai allumé. Le feu a été long. En voyant les couleurs qui montaient du bûcher, mes yeux se sont embués. Ce bleu-vert qui fendait l’air, était-ce le polaroid de ma confirmation ? Quelle fête ancienne expirait de ce grésillement ? J’avais la gorge serrée : je tuais quelque chose. Je pleurais mes traces.»
N’y a-t-il pas pour chacun de nous, quand nous avons assez vécu, un moment où nous prenons conscience que la vie est finie ? Non pas que la mort est imminente, mais que la vie est finie, comme on le dit d’un ensemble fini. Que faire alors des objets que nous avons accumulés et qui seront peut-être la seule trace de notre passage sur terre ? Que faire des secrets et des mensonges que nous traînons avec nous depuis l’enfance ? Que faire de nous-mêmes ? À qui nous « donner » ?
La prose si personnelle de Michael Delisle fait encore une fois merveille pour sonder la profondeur de l’instant en apparence le plus banal, pour illuminer ce qui se cache sous la surface lisse de la vie, pour éclairer le mystère sans jamais lui faire perdre son pouvoir de fascination.
Michael Delisle est un poète, romancier et nouvelliste québécois né en 1959 à Longueuil. Il est notamment l'auteur de romans: Le désarroi du matelot (1998), Dée (2002), Le sort de Fille (2005), Tiroir no 24 (2010) et Le feu de mon père (2014). Son écriture précise, simple et poignante décrit des univers troubles. Il enseigne la littérature depuis 1992 au Collège du Vieux-Montréal.
2,5/5. Des nouvelles qui m’ont laissé de glace. Je n’ai pas été particulièrement touché ou marqué. C’est bien écrit, mais en termes de profondeur, de réflexion, je n’ai rien trouvé de bien intéressant.
« La routine était sans angoisse. Les lundis étaient réglés comme des mardis. »
(4,5/5, très très très bon) Michael Delisle n’est pas le plus connu des écrivains québécois, et ce malgré moultes récompenses et nominations pour des prix littéraires. Pourtant, ce que produit ce romancier-poète-nouvelliste est si prêt de la perfection, que chaque lecture se termine par un aveu de soumission à ses mots. Jamais Michael Delisle n’est dans l’excès ni dans l’envolée littéraire. Il est dans les faits, dans le contexte, puis, BANG, dans la chute.
« On ne monte pas au ciel, c’est le ciel qui tombe… »
Son dernier effort, RIEN DANS LE CIEL, est un recueil de huit nouvelles. Chacune d’elles a à son cœur un ou des hommes « en fin de carrière », des hommes face à un mur se dressant devant eux, celui de l’âge qui force la transition, qui marque le bilan, qui annonce le crépuscule : Un homme prend sa retraite, un autre reçoit un verdict fatal, un autre traverse un divorce, un autre tente de mettre fin à ses jours. Énumérés comme ça, ça semble lourd. Ça ne l’est pas. Leur état personnel n’est pas nécessairement le nœud des textes, mais il influence les réactions aux situations.
Le lecteur s’engage dans chaque nouvelle sachant bien que, dès les premières phrases, il sera agglutiné aux mots, aux intrigues et aux personnages, puis qu’il sera récompensé par une chute, parfois surprenante et toujours satisfaisante. C’est là la force de Michael Delisle : il a le sens du récit, le sens du punch. Il donne du relief au quelconque en illustrant habilement qu’une situation, aussi banale puisse-t-elle sembler aux autres, prenne toute la place dans la vie de celui qui la traverse.
La transition entre les nouvelles se fait naturellement. Dans le cadre d’une anthologie, le même acteur pourrait jouer tous les rôles principaux, tant la cohésion des contextes est fluide, sincère, authentique, avérée.
Le texte NUIT SANS LUNE est un chef-d’œuvre d’ingéniosité.
Rien dans le ciel, c’est un recueil qui renferme 8 nouvelles gravitant autour des hommes. Bien que j’aille beaucoup aimé Moloch-Baal et Nuit sans lune, les autres textes ne m’ont pas particulièrement touché.