Lorsque le corps d’une fillette est découvert, c’est l’inspecteur Donnelli et son équipière Mancato qui sont chargés de l’enquête. Voilà un duo improbable. Donnelli est un vieux flic qui a pas mal roulé sa bosse, et Mancato est une toute jeune recrue, surnommée d’ailleurs « bleue bite »🙂. Effacée au début du roman, elle va s’affirmer au fur et à mesure, son rôle prenant de l’ampleur.
Donnelli tente de surmonter la mort de son ancien co-équipier, Pfiffelmann (à vos souhaits !), assassiné lors d’une intervention. Notre inspecteur, arrivé en retard sur les lieux, se sent coupable de la mort de Pfiffelmann et il a du mal à remonter la pente. Il déraille complètement, et entend même le fantôme de Pfiff lui parler, lui enjoignant de retrouver son meurtrier.
La vie de Donnelli s’enfonce encore un peu plus dans l’abîme lorsque le corps de son ex-femme est retrouvé, tué par balle en pleine journée.
L’auteur pose les bases d’une intrigue riche et noire. Nous sommes dans le polar pur et dur. Une atmosphère anxiogène et pesante, au milieu d’un New York différent de ce que l’on peut connaître. Ses personnages sont complètement hors-normes, ils nous emportent, les dialogues sont truculents, l’humour est présent plus qu’à son tour, et on en a bien besoin car les meurtres sont assez sordides ! Pfiff apporte un réel atout à l’ensemble et la Grosse Pomme est un personnage à part entière. Si Roy avait planté son décor ailleurs, nul doute que le charme n’aurait pas autant, voire pas du tout, opéré.
La plume de Roy est nette, très visuelle et punchy. Le rythme est effréné, le lecteur ne peut s’empêcher de tourner les pages, avide de découvrir la suite. Les cadavres pleuvent, les meurtres s’accumulent, tout s’emboîte parfaitement avec une précision d’orfèvre pour nous offrir une enquête (des enquêtes) nous tenant en haleine. Roy nous embarque au milieu de la mafia lituanienne, des trafics en tout genre, du FBI pas toujours très catholique. C’est riche et touffu (trop peut-être), ce roman est à lire au calme et sans risque d’être dérangé toutes les cinq minutes.
J’ai juste deux remarques par rapport à ce roman, pouvant gêner la lecture de certains : la première étant sa noirceur, il faut le savoir avant de l’attaquer, le seul rayon de lumière est celui traversant la 42è rue….la seconde concernant le nombre de protagonistes et l’imbroglio d’enquêtes. Roy n’était pas obligé d’en faire autant pour que ça matche. Néanmoins, pour moi, le contrat a été rempli : me proposer un très bon polar dans une ville que j’apprécie énormément.
J’ai adoré cette balade new yorkaise, c’était un pur enchantement, même si on touche du doigt le New York sombre, où l’accent est mis sur la disparité entre les gratte-ciels tout en verre partant à l’assaut du ciel et les populations défavorisées vivant dans les rues sombres. La description du Manhattan Edge comme si on y était est absolument féerique. Ce phénomène a lieu deux fois par an, aux alentours du 30 mai et du 11 juillet, entre 20h et 20h30 lorsque le soleil couchant s’aligne parfaitement avec les rues de New York orientées Est-Ouest. La couverture du roman nous permet de visualiser la magie de l’instant.
Durant tout le récit, j’ai eu l’impression d’être devant une gigantesque fresque d’Eduardo Kobra, cherchant des yeux les nombreux détails disséminés ici et là sur la vie des new yorkais de tous horizons.
Un roman original, bien ficelé, et immersif que je vous conseille ! Avec à la clé, un fabuleux séjour à New York !
« En bas, c’est l’appétit de la ville, en haut ce sont ses rêves, mais pour Donnelli, comprendre cette ville, c’est la regarder du dix-septième étage. »
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