C’est un livre très ambitieux et très dense parce que comme l’indique son sous titre il tente de faire une «histoire environnementale des idées politiques». C’est a dire de reprendre toutes les reflexions politiques majeures qui nous guident encore aujourd’hui depuis Locke au 17e siecle jusqu’à Latour aujourd’hui et de montrer comment elles prennent en compte les caractéristiques matérielles de la terre.
Et ceci à travers l’articulation entre les concepts d’abondance (la libération à l’égard des contraintes matérielles) et d’autonomie/liberté (la constitution d’un sujet collectif qui definit ses propres regles et sa propre direction). Historiquement ces deux idéaux ont toujours fonctionnés ensemble (à savoir que la liberté ne pouvait se concevoir sans s’émanciper des contraintes terrestres grâce à l’idéal de production) mais aujourd’hui à l’ère du changement climatiques, ils se retrouvent en contradiction car l’abondance menace notre propre liberté.
Pendant la majeure partie du livre on traverse donc l’histoire pour comprendre «comment on en est arrivé là» : formation des concepts de propriété et de souveraineté, apparition du projet libéral qui se retrouve presque tout de suite en décalage avec la réalité matérielle de la révolution industrielle, Le socialisme, ses succès et son échec à prendre en compte les caracteristiques de la terre, l’éclipse de la nature dans l’après guerre, … C’est vraiment très éclairant parce qu’en plus de replacer des idées politiques qui sont parfois un peu abstraites pour nous dans le contexte de leurs élaboration, le fil rouge autonomie et abondance qui traverse tout le livre permet d’avoir un point de vue transversal et inhabituel.
Les deux derniers chapitres sont vraiment hyper intéressants parce qu’ils prennent en compte à la fois la nouvelle situation écologique (le changement climatique) et les grandes révolutions épistémologiques des 30 dernières années (la remise en cause du projet moderne et naturaliste, du scheme de la production et des dualismes nature/société, moderne/non-moderne, humains/non-humains) pour paver la voie à une nouvelle façon de concevoir le projet d’autonomie sans l’idéal d’abondance et en dehors de la fausse alternative «déni climatique» vs «effondrement».
C’est vraiment un livre hyper puissant, très dense et les derniers chapitres sont vraiment bouleversants (je pensais pas être aussi ému par de la philosophie politique) donc je vous encourage a le lire parce que ça remet vraiment en question l’avenir de la lutte écologique car comme il le dit : "La transformation de nos idées politiques doit être d'une magnitude au moins égale à celle de la transformation géo-écologique que constitue le changement climatique".