« Sommes-nous encore en démocratie ? Aujourd’hui, le fait même de poser la question est jugé indécent : les citoyens n’ont aucune raison de se plaindre, eux qui vivent librement, ne sont pas en dictature. Elle paraît même suspecte, comme si s’interroger sur l’état de notre modèle démocratique signifiait en imposer un autre, autoritaire. Voilà à quoi est réduit le débat en France ; la juste mesure est la chose au monde la moins bien partagée. Face à la crise sanitaire et économique, notre vieille démocratie a certes tenu. Mais on ne mesure pas assez la défiance des peuples, comme si à aucun moment il ne fallait envisager qu’elle pût s’expliquer par le fait que ce serait la démocratie qui aurait joué contre eux. Dès lors que la révolte populaire, dont les Gilets jaunes ont constitué une première manifestation, a éclaté, nous ne pouvons ignorer la crise de la représentation que traverse notre pays ; et devons lancer une révolution raisonnable, pour faire tomber les nouvelles Bastille. » Natacha Polony
Quel talent, quel courage et quelle liberté d'esprit. En moins de 100 pages, Natacha Polony nous offre une analyse décapante des mécanismes montés par les élites anglo saxonnes et leurs alliés pour en finir avec la République et même la démocratie: dogme de l'absence d'alternative, mépris des classes populaires et de leur vote, destructions des protections sociales, accélération des écarts sociaux, mondialisation incontrolée, multiplication d instances décisionnelles non élues, rejet de toutes les souverainetés populaires. En femme libre, Natacha propose de réagir en mettant en avant représentation et souveraineté. Le lecteur ne peut que rêver de la voir transformer ses idées en force politique nouvelle!
Un essai qui monte clairement en puissance. Durant la première moitié, on a un peu l'impression que Natacha Polony découvre les problématiques principales attachées au souverainisme de gauche... Par la suite, et malgré quelques saillies inutiles sur l'immigration, elle a le mérite de faire le lien entre l'actualité récente et l'émergence de l'UE comme zone de libre-échange néolibérale. Comment ne pas partager le constat que c'est le libre-échange, pratiqué comme une science, et donc indiscutable, qui est responsable du déclin économique et idéologique de la France et de son régime de représentation. Tout est dit. Népotisme, reproduction des élites, sacralisation de certaines théories économiques lues comme des vérités, font de l'Europe et de la France en son sein de fameuses démocraties néolibérales, véritable oxymore quand on définit les deux notions telles qu'elles le sont dans l'essai. On comprendra aisément le mépris à l'égard des gilets jaunes, la non-gestion de la crise du coronavirus, et la destruction systématique du système scolaire qui résultent de 40 ans d'une gouvernance finalement fort peu démocratique. Un véritable appel à la révolution intellectuelle.
On déplorera néanmoins qu'un travail si intéressant au plan intellectuel soit si peu sourcé. Deux notes de bas de page pour y glisser des références externes, c'est un peu léger.
Un peu trop manifeste et un peu moins une analyse sociologique et politique, ce que j’attendais de ce livre au debut. Cependant, il est claire, honnête, puissant et pousse à l’action ou du moins à la reflexion.
« la démocratie ne se limite pas à un vote tous les cinq ans et à la liberté d’expression »
« la démocratie, c’est formidable tant que les citoyens ne cherchent pas à décider par eux-mêmes et tant qu’ils ne se mêlent pas d’économie »
« Osons une remarque : la baisse du niveau culturel des politiques est un des phénomènes indiscutables de ces dernières décennies. Connaissances littéraires, historiques, philosophiques et même politiques quasi nulles. Les représentants n'incarnent absolument pas une élite intellectuelle qui traduirait en concepts la volonté du peuple. En revanche, ils incarnent une élite sociologique et matérielle. Une caste. Une classe sociale. Pas plus cultivés que la moyenne des citoyens, mais plus aisés et largement éloignés des aspirations d'une grande part de la population. Bref, l'inverse exact de la tradition républicaine des grands défenseurs de la classe ouvrière. »