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Le rêve de l'assimilation : De la Grèce antique à nos jours

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Au-delà des polémiques, que sait-on vraiment de l'assimilation et de son histoire ? La pratique qui consiste à exiger de l'étranger qu'il devienne un semblable remonte à l'Antiquité, et n'est le privilège ni d'un pays, ni d'une époque. Aucun ouvrage n'avait jusqu'ici proposé une histoire globale de l'assimilation. L'ambition de cette entreprise inédite est de donner un panorama des pratiques d'assimilation à travers l'histoire, de l'Antiquité à nos jours, de l'Europe à l'Amérique, du Japon à l'Arabie, des grands empires aux pays d'immigration. Un fait se dégage : même si elle se révèle parfois contraignante, l'assimilation est toujours associée à l'universalisme, tandis que le refus de l'assimilation a souvent partie liée avec le racisme ou la xénophobie. Loin d'être synonyme de repli sur soi, l'assimilation se révèle historiquement le propre des sociétés ouvertes. En creux, ce sont les problématiques de notre époque, marquée par les crises migratoires et la mondialisation, que ce livre cherche à éclairer, en abordant les problématiques de l'étranger et de l'immigration sous un nouveau jour. Faut-il chercher à rendre nos sociétés diverses plus homogènes ? Quel type de culture, quel rapport à nous-mêmes et à autrui voulons-nous ? Bref : à Rome, doit-on encore demander de faire comme les Romains ?

345 pages, Paperback

Published January 13, 2021

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Raphael Doan

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Profile Image for Swanky Tanky.
34 reviews
February 9, 2025
J'ai pris du temps à finir ce livre, ayant été distrait par d'autres entre temps, mais je suis ravi de m'y être replongé parce qu’il m’a appris beaucoup sur l'histoire de l'assimilation et du besoin de celle-ci dans notre société moderne. J'ai pris beaucoup de notes à travers ma lecture que je vais tenter de synthétiser ci-dessous :

Déjà, qu’est ce que l’assimilation? L’assimilation est inscrite dans la loi (article 21-24: « nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française. ») mais ne fait plus l’unanimité. Il faut différencier l’assimilation de l’intégration et de l’acculturation:
• Assimilation: les pratiques culturelles, politiques et juridiques issues d’une volonté de changer les moeurs d’une population pour transformer des étrangers en semblables, bref, rendre semblable à soi.
• Intégration: suppose seulement de donner une place à autrui dans la société sans lui faire adopter intégralement le mode de vie majoritaire et peut se borner à exiger le respect des valeurs abstraites.
• Acculturation: phénomène spontané de transformation culturelle, par exemple celle des peuples qui rêvent de l’American way of life sans jamais avoir rencontré d’Américains.

Pour fonder une démocratie représentative, pense John Stuart Mill, il faut que les citoyens soient capables de s’identifier entre eux, ne serait-ce que pour s’opposer uniment à une tyrannie naissante. Inversement, selon lui, les sociétés multiculturelles risquent d’encourager la rivalité entre communautés, chacun cherchant à se servir de l’Etat pour renforcer sa position et nuire à celles des autres. Pour Robert Putnam, « la diversité et la solidarité sont négativement corrélées »: plus un groupe est hétérogène, moins il connaîtra de solidarité interne.

L’assimilation peut venir d’un besoin de cohésion et stabilité à travers la reconnaissance mutuelle. Elle peut également venir d’un « désir supérieur de civilisation » qu’on apporte aux individus au sein de la nation, comme par exemple les Bretons dans la France. Ce n’est plus la crainte de la division qui pousse à l’assimilation mais un sentiment d’obligation, quitte à contraindre les populations pour leur propre bien.

L’assimilation ne fonctionne qu’en l’absence de racisme, et le racisme interdit l’assimilation. Dans les empires coloniaux, l’opposition à l’assimilation était bien plus largement le fait de théoriciens de l’inégalité des races que de défenseurs des cultures opprimées. L’assimilation est fondamentalement universelle. Pour ceux qui pensaient que leur culture avait une vocation universelle et méritait d’être partagée avec le monde entier, mais aussi ceux qui demandent que chacun se ressemble ici et maintenant puisqu’ils s’appuient sur un fondement universaliste que tout homme possède les mêmes dispositions.

Dans sa conclusion, Doan demande s'il faut réhabiliter l’assimilation. Il commence d'abord par en trouver des caractéristiques communes à travers les âges:
• souvent une pratique impériale
• s’il (l’empire) est xénophobe ou essentialiste, il choisira la voie de la ségrégation, en octroyant des privilèges exorbitants et en interdisant le mélange des communautés (empires hellénistiques, britannique)
• s’il est universaliste, il fera la choix de l’assimilation, en offrant aux peuples conquis de rejoindre la culture dominante et son corps civique (Rome ou la France). Il faut noter que la réalité est souvent plus compliquée : « dans les colonies françaises, l’assimilation complète restait une promesse toujours repoussée. […] Sur place, les colons rechignaient à l’assimilation, car celle-ci équivaut à la fin de leurs privilèges. »
• radicalement incompatible avec le racisme.

Ensuite, il rappelle que pendant longtemps, on a considéré que c’était bien l’unité qui faisait la force, plutôt que la diversité. On admire la culture Japonaise Edo qui « reposait sur une stricte fermeture à toute influence extérieure » et « l’énorme unification des pratiques juridiques, esthétiques, morales que [l’Empire romain] a réalisée sur toutes les rives de la Méditerranée. On vivait de la même manière à Carthage et à Lyon […] et c’est ce qui faisait [sa] richesse, malgré — et non en vertu de — sa disparité. » Pour Doan donc, « l’assimilation est justement ce qui permet de concilier diversité des origines et unité culturelle. » L’idée que la juxtaposition de personnes et de groupes d’origines différentes est bonne pour le développement, la créativité et le bonheur d’une société est vraie à l’échelle de l’individu mais minime à l’échelle du groupe. « Plusieurs grands personnages de l’histoire de France (Lully, Picasso, Apollinaire) sont nés à l’étranger ou de parents étrangers. […] En revanche, il est difficile de déceler un impact culturel important de groupes minoritaires en France. »

Pour qu'une politique d'assimilation succède, les conditions pour assimiler des populations étrangères sont :
• Un modèle culturel attractif — Que les gens se ressemblent et se reconnaissent entre eux autour d’une culture commune dans un territoire donné en vertu de son caractère majoritaire et de son antériorité historique
• Ne pas condamner les nouveaux assimilés à une position inférieure au sein de la société — L’assimilation ne fonctionne pas mieux en présence d’un « bouc émissaire » pour amalgamer d’autres groupes hétérogènes en une culture commune dans le long terme, contrairement à ce qu’avance Emmanuel Todd
• Le mélange des populations — la démographie est une composante essentielle de l’assimilation.

En somme, le « problème de l’identité nationale est une question non pas de principes et de grandes idées, mais de mœurs concrètes, voire de manières, dont chacun fait l’expérience au quotidien. » En ce qui concerne le défi principal d'assimilation auquel l'Etat français fait face aujourd'hui, il y aurait un problème de clarté et de communication entre les celui-ci et les musulmans français — « ce quiproquo, c’est que les musulmans de France ont le sentiment qu’on leur impose une sorte de « pacte de ‘Omar » inversé, alors que la France souhaiterait au contraire les assimiler. […] la France introduit des normes qui, sans qu’on le dise jamais clairement, ont valeur d’invitation à rejoindre un modèle de société ; mais, précisément parce que nous n’avons jamais assumé leur sens, elles sont perçues comme des gestes d’hostilité. »

Pourquoi assumer une politique d’assimilation? Pas parce que nous croyons à un « devoir de civilisation » comme au XIXe, mais pour l’harmonisation culturelle. « Pour préserver l’unité de notre société, le réflexe français est de chercher à faire en sorte que les Français partagent entre eux un degré élevé de ressemblance dans leur mode de vie et leurs façons de penser. »
Profile Image for Gauthier.
440 reviews9 followers
April 16, 2022
La première chose que je dirais qui est remarquable avec ce livre, c'est le fait que son auteur, Raphaël Doan, n'avait que 27 ans lorsqu'il l'a écrit. On commence donc la lecture en étant impressionné par la maturité de la réflexion de ce jeune auteur.

Par la suite, Doan nous propose un survol détaillé des différentes sociétés qui ont choisi de mettre en place une forme d'assimilation à un moment donné de leur histoire. Il montre que la France n'a pas inventé ce modèle et que son histoire est loin d'être finie. Même si la tendance actuelle est au multiculturalisme, l'assimilation que la France prône n'a pas dit son dernier mot et même dans d'autres sociétés qui semblaient l'avoir définitivement mis à bas comme les États-Unis, il semble revenir à petits pas.

Toujours est-il que depuis la Grèce Antique, en passant par l'Empire Romain, l'empire colonial français, le Japon du XIXe-XXe siècle, ainsi que les États-Unis depuis leur création et enfin jusqu'à la France d'aujourd'hui, Doan nous offre une analyse détaillée de chaque modèle en fonction de ses particularités et est en mesure de nous fournir quelques conclusions intéressantes. Notamment que l'assimilation ne fonctionne que si elle est assumée et offre un horizon de sortie aux peuples que l'on cherche à assimiler. Si par contre on n'assume pas le modèle et qu'au contraire, on décourage les peuples visés, alors l'assimilation est vouée à l'échec. De plus, l'auteur argumente de manière convaincante que, bien qu'il n'ai pas été respecté à la lettre et systématiquement, l'assimilation repose sur un principe fondamental: son universalisme par le rejet de toute forme de racisme. En effet, l'assimilation repose sur le fait que peu importe qui on est, ce qu'on est, et d'où l'on vient, on peut s'assimiler à un groupe pour lui ressembler et faire de ses moeurs les siens. Doan oppose très bien ce modèle à celui de l'intégration multiculturaliste qui prend ses origines intellectuelles au début du XXe siècle. Donc là aussi, contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y a pas grand chose de nouveau.

Captivant, détaillé, et argumenté, l'ouvrage de Raphaël Doan est un excellent outil pour mieux comprendre ce qu'est l'assimilation et notamment pour réaliser ou se souvenir que ce modèle vaut la peine d'être défendu.
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