J'ai pris du temps à finir ce livre, ayant été distrait par d'autres entre temps, mais je suis ravi de m'y être replongé parce qu’il m’a appris beaucoup sur l'histoire de l'assimilation et du besoin de celle-ci dans notre société moderne. J'ai pris beaucoup de notes à travers ma lecture que je vais tenter de synthétiser ci-dessous :
Déjà, qu’est ce que l’assimilation? L’assimilation est inscrite dans la loi (article 21-24: « nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française. ») mais ne fait plus l’unanimité. Il faut différencier l’assimilation de l’intégration et de l’acculturation:
• Assimilation: les pratiques culturelles, politiques et juridiques issues d’une volonté de changer les moeurs d’une population pour transformer des étrangers en semblables, bref, rendre semblable à soi.
• Intégration: suppose seulement de donner une place à autrui dans la société sans lui faire adopter intégralement le mode de vie majoritaire et peut se borner à exiger le respect des valeurs abstraites.
• Acculturation: phénomène spontané de transformation culturelle, par exemple celle des peuples qui rêvent de l’American way of life sans jamais avoir rencontré d’Américains.
Pour fonder une démocratie représentative, pense John Stuart Mill, il faut que les citoyens soient capables de s’identifier entre eux, ne serait-ce que pour s’opposer uniment à une tyrannie naissante. Inversement, selon lui, les sociétés multiculturelles risquent d’encourager la rivalité entre communautés, chacun cherchant à se servir de l’Etat pour renforcer sa position et nuire à celles des autres. Pour Robert Putnam, « la diversité et la solidarité sont négativement corrélées »: plus un groupe est hétérogène, moins il connaîtra de solidarité interne.
L’assimilation peut venir d’un besoin de cohésion et stabilité à travers la reconnaissance mutuelle. Elle peut également venir d’un « désir supérieur de civilisation » qu’on apporte aux individus au sein de la nation, comme par exemple les Bretons dans la France. Ce n’est plus la crainte de la division qui pousse à l’assimilation mais un sentiment d’obligation, quitte à contraindre les populations pour leur propre bien.
L’assimilation ne fonctionne qu’en l’absence de racisme, et le racisme interdit l’assimilation. Dans les empires coloniaux, l’opposition à l’assimilation était bien plus largement le fait de théoriciens de l’inégalité des races que de défenseurs des cultures opprimées. L’assimilation est fondamentalement universelle. Pour ceux qui pensaient que leur culture avait une vocation universelle et méritait d’être partagée avec le monde entier, mais aussi ceux qui demandent que chacun se ressemble ici et maintenant puisqu’ils s’appuient sur un fondement universaliste que tout homme possède les mêmes dispositions.
Dans sa conclusion, Doan demande s'il faut réhabiliter l’assimilation. Il commence d'abord par en trouver des caractéristiques communes à travers les âges:
• souvent une pratique impériale
• s’il (l’empire) est xénophobe ou essentialiste, il choisira la voie de la ségrégation, en octroyant des privilèges exorbitants et en interdisant le mélange des communautés (empires hellénistiques, britannique)
• s’il est universaliste, il fera la choix de l’assimilation, en offrant aux peuples conquis de rejoindre la culture dominante et son corps civique (Rome ou la France). Il faut noter que la réalité est souvent plus compliquée : « dans les colonies françaises, l’assimilation complète restait une promesse toujours repoussée. […] Sur place, les colons rechignaient à l’assimilation, car celle-ci équivaut à la fin de leurs privilèges. »
• radicalement incompatible avec le racisme.
Ensuite, il rappelle que pendant longtemps, on a considéré que c’était bien l’unité qui faisait la force, plutôt que la diversité. On admire la culture Japonaise Edo qui « reposait sur une stricte fermeture à toute influence extérieure » et « l’énorme unification des pratiques juridiques, esthétiques, morales que [l’Empire romain] a réalisée sur toutes les rives de la Méditerranée. On vivait de la même manière à Carthage et à Lyon […] et c’est ce qui faisait [sa] richesse, malgré — et non en vertu de — sa disparité. » Pour Doan donc, « l’assimilation est justement ce qui permet de concilier diversité des origines et unité culturelle. » L’idée que la juxtaposition de personnes et de groupes d’origines différentes est bonne pour le développement, la créativité et le bonheur d’une société est vraie à l’échelle de l’individu mais minime à l’échelle du groupe. « Plusieurs grands personnages de l’histoire de France (Lully, Picasso, Apollinaire) sont nés à l’étranger ou de parents étrangers. […] En revanche, il est difficile de déceler un impact culturel important de groupes minoritaires en France. »
Pour qu'une politique d'assimilation succède, les conditions pour assimiler des populations étrangères sont :
• Un modèle culturel attractif — Que les gens se ressemblent et se reconnaissent entre eux autour d’une culture commune dans un territoire donné en vertu de son caractère majoritaire et de son antériorité historique
• Ne pas condamner les nouveaux assimilés à une position inférieure au sein de la société — L’assimilation ne fonctionne pas mieux en présence d’un « bouc émissaire » pour amalgamer d’autres groupes hétérogènes en une culture commune dans le long terme, contrairement à ce qu’avance Emmanuel Todd
• Le mélange des populations — la démographie est une composante essentielle de l’assimilation.
En somme, le « problème de l’identité nationale est une question non pas de principes et de grandes idées, mais de mœurs concrètes, voire de manières, dont chacun fait l’expérience au quotidien. » En ce qui concerne le défi principal d'assimilation auquel l'Etat français fait face aujourd'hui, il y aurait un problème de clarté et de communication entre les celui-ci et les musulmans français — « ce quiproquo, c’est que les musulmans de France ont le sentiment qu’on leur impose une sorte de « pacte de ‘Omar » inversé, alors que la France souhaiterait au contraire les assimiler. […] la France introduit des normes qui, sans qu’on le dise jamais clairement, ont valeur d’invitation à rejoindre un modèle de société ; mais, précisément parce que nous n’avons jamais assumé leur sens, elles sont perçues comme des gestes d’hostilité. »
Pourquoi assumer une politique d’assimilation? Pas parce que nous croyons à un « devoir de civilisation » comme au XIXe, mais pour l’harmonisation culturelle. « Pour préserver l’unité de notre société, le réflexe français est de chercher à faire en sorte que les Français partagent entre eux un degré élevé de ressemblance dans leur mode de vie et leurs façons de penser. »