« Des révélations, nous en avons tous eu : tranchant sur l'insignifiance quotidienne, elles seules, inoubliables, décident de notre vie réelle. Mais nous ne savons pas ce que signifie une révélation, parce qu'elle ne peut ni se commander ni se reproduire, donc jamais s'objectiver. Ainsi restons-nous muets devant ce qui nous caractérise le mieux. Les ignorant, nous nous ignorons. Ce livre voudrait nous les rendre accessibles.Le lieu privilégié de la révélation se trouve dans ce que la tradition juive et chrétienne a reçu et médité à partir des deux Testaments. Nous y sommes donc allés voir, malgré leur technicité et les limites de toute science.Pourtant il faut d'abord déconstruire, car aucun terme biblique ne correspond exactement au concept moderne de Révélation. Plus étonnant encore : ce terme ne s'est imposé que tardivement (Thomas d'Aquin) dans l'opposition de la connaissance rationnelle à connaissance inspirée de Dieu. La modernité (les Lumières jusqu'à Kant) n'eut donc aucun mal à récuser la Révélation biblique au nom de sa trop étroite appréhension de la rationalité.Puisque les théologiens modernes ont maintenu le terme de Révélation sans le re-penser à fond, il fallait tenter de le redéfinir à partir de la phénoménalité. Car les textes bibliques offrent d'abord et surtout des récits de phénomènes, à la fois simples et hors du commun : manifestations, apparitions, signes et miracles, éblouissements, des ténèbres obscures et une Résurrection. On peut par principe les récuser comme des fables, mais en stricte philosophie et phénoménologie tout ce qui se manifeste doit, avant qu'on juge de son (in-) existence, se décrire.D'où l'essai de décrire ce que les textes bibliques proposent obstinément à voir. Ainsi s'est ouverte une nouvelle définition de la connaissance : non plus accepter ce que l'on a d'abord cru comprendre, mais voir (on non) ce que d'abord on accepte (ou refuse) de recevoir, en renversant l'ordre de l'entendement et de la volonté. Ce qu'Augustin a thématisé d'une formule : « On n'entre dans la vérité que par la charité ».Et alors, même l'être et le temps peuvent se recevoir comme ils se donnent : non dans la clôture de notre monde, mais comme un don d'ailleurs. Car c'est dans cet ailleurs que nous vivons, respirons et même sommes. »J.-L. M.
Jean-Luc Marion is a French philosopher and Catholic theologian whose work bridges phenomenology, modern philosophy, and theology. A former student of Jacques Derrida, he studied at the University of Nanterre, the Sorbonne, and the École normale supérieure under Derrida, Louis Althusser, and Gilles Deleuze, while privately exploring theology with figures such as Louis Bouyer, Jean Daniélou, Henri de Lubac, and Hans Urs von Balthasar. His early academic career included assistant lectureships at the Sorbonne and a doctorate completed in 1980, after which he taught at the University of Poitiers and later directed philosophy programs at the University Paris X – Nanterre and the University of Paris IV (Sorbonne). Marion has also held visiting and endowed professorships at the University of Chicago Divinity School, where he served as John Nuveen Professor and later as Andrew Thomas and Grace McNichols Greeley Professor of Catholic Studies, retiring in 2022. Elected to the Académie Française in 2008, he delivered the 2014 Gifford Lectures at the University of Glasgow and has received numerous honors including the Premio Joseph Ratzinger, the Karl Jaspers Prize, and the Grand Prix de philosophie de l’Académie française. Marion’s philosophical contributions focus on the concept of givenness, radicalizing phenomenology to explore the “saturated phenomenon,” which exceeds the capacities of cognition, and examining love through intentionality, inspired by Emmanuel Levinas. His major works include God Without Being, Réduction et donation, Étant donné, and Du surcroît, addressing idolatry, love, the gift, and the limits of perception. Marion’s thought has deeply influenced contemporary debates in philosophy of religion, phenomenology, and theology, emphasizing how phenomena show themselves prior to consciousness, how love implicates the invisible other, and how the gift and givenness constitute the foundational conditions for understanding being, knowledge, and relationality.
In my view will go down as one of the greatest works of theology in our century. It is indispensable to anyone interested in theology or philosophy, although the book will teach you to not believe in such a differentiation.