Grandir. Se confronter aux autres, faire face aux premières déconvenues, au regard de l’autre, aux attentes du monde. Et puis faire des découvertes. Comprendre, se révéler à soi, aux autres. Se construire. A travers des bribes de sa vie et de son parcours, Juliette Mancini se raconte, elle, mais aussi le monde dans lequel elle a grandi. La légende viriliste du grand-père qui a fait la guerre; les premiers clichés sexistes (la force des garçons, la grâce des filles); la première main aux fesses dans la foule, la peur et la honte qui surgissent, mais aussi la découverte qu’on peut être désirable. En choisissant ces moments marquants, où en tout cas significatifs de sa vie et de son parcours, en les déconstruisant avec la plus grande acuité, Juliette Mancini réussit une prouesse trop rare, celle de transformer le particulier en universel. Avec pudeur, délicatesse, intelligence, et juste ce qu’il faut de mise à distance, elle nous promène ainsi de l’enfance à l’âge adulte, de l’acceptation de fausses évidences au déboulonnage des mythes, pour mieux décortiquer les injonctions d’une société si prompte à nous assigner des rôles. Son précédent livre, De la Chevalerie, s’intéressait déjà aux mécanismes de la domination, et, sans manichéisme, relevait avec justesse la complexité de ces mécanismes, refusant la (trop) simple dualité dominant-dominé. C’est la même finesse d’analyse qui est à l’œuvre ici, en démontrant, par exemple, comment le regard de l’autre peut avoir quelque chose de tour à tour flatteur, inquisiteur ou avilissant. Elle nous rappelle aussi à quel point les paradoxes et les contradictions semblent être le propre de l’être humain; mais aussi, sans doute, ce qui en fait sa richesse. Avec Eveils, Juliette Mancini signe une œuvre forte, un livre ouvertement politique, qui, bien plus que d’asséner des vérités toutes faites, invite à la réflexion. Une grande réussite.
C’est d’une justesse rare, le moindre trait raconte l’histoire, son histoire, notre histoire. Celle du chemin souvent douloureux que l’on emprunte vers l’éveil, vers de nouvelles réflexions, vers la deconstruction. C’est bien plus qu’un roman graphique c’est une expérience à part entière.
Lystring fortsätter att översätta och ge ut fina serieromaner som kanske inte är så lättsålda och knappast får den uppmärksamhet de förtjänar. I det här fallet handlar det om en löst sammanhållen och experimentellt berättad självbiografisk historia som väver samman drömsekvenser, den egna familjens historia, stilstudier av kroppar, världshändelser och att växa upp som kvinna och där de begränsningar och bojor kvinnorollen innebär löper som en röd tråd genom allt.
Vid ett tillfälle sitter berättaren och läser Annie Ernaux vilket känns väldigt passande, för där finns absolut någon slags släktskap. Dels i ämnesval, att berätta något allmängiltigt genom det personliga, men också i förmågan att belysa egna och andras brister.
Bildmässigt rör sig boken mellan enkla streckgubbar, silhuetter och mer detaljerade ansikten och kroppar. Det är mycket rörelse i tecknandet och en begränsad användning av färger som håller ihop det hela. Jag gillar det både innehålls- och bildmässigt men hade gärna sett att boken fått vara längre, den tar slut lite för fort helt enkelt.
Comme d'habitude avec Juliette Mancini, c'est une pépite visuelle. C'est poétique, ça pique un peu, ça grince beaucoup, on referme ce livre heureux.se de l'avoir lu. Et on a hâte de le relire encore et encore.
C'est drôle cette impression de pudeur et de vulnérabilité que dégage cette œuvre. En cherchant à dépouiller et synthétiser la forme, l'autrice atteint une distance de sécurité mi-froide mi-tendre pour mieux aborder des sujets très intimes. Mais j'ai le goût étrange d'être finalement plus touché par la façon de raconter que les confidences en elles-mêmes ? C'est un chemin d'introspection touché par le féminisme (et le politique de manière plus générale) qui sonne sincère, mais j'ai l'impression de l'avoir tellement entendu que je n'en retire rien de véritablement neuf.
Les moments où elle parle de son grand-père et de son rapport à la vieillesse, à la mort et se sentir coupable du temps qui passe… ah c’était pour me tuer je crois
Des crayonnés doux illustrent à merveille les observations très justes de Juliette Mancini sur le monde dans lequel nous avons grandies. En espérant que son oeuvre puisse avoir l'attention qu'elle mérite au Québec; à découvrir pour les fans de Julie Delporte.
["Uppvaknanden", översättning av Katarina Andersson, Lystring 2024.]
Snitsigt (livfullt lättsamt avskalat konstnärligt) bildberättat självbiografiskt seriealbum, dels (mest, som tydligast tema:) om könsroller och om att växa upp som kvinna i Frankrike, dels om allt möjligt (om hela vida samhället, och om nyhetshändelser i mediakultur, vad sjukt det var att se 9/11 på tv t.ex.), och lite grann om släkthistoria med koppling till kolonialism (ett mindre tydligt/mindre genomarbetat element i boken).
BD très sympa et un peu abstraite avec de jolis dessins au crayon et une écriture à la main. Mancini aborde des sujets actuels et la façon de voir le corps des femmes (harcèlement de rue, féminité discutée,…). C’est très sensibilisant voire choquant pour éveiller les consciences et c’est très bien fait. Elle matérialise le sentiment d’étrangeté que l’on peut ressentir à certains moments de nos vies, alors que l’on essaye de rentrer dans des moules. Cette BD est très rapide à lire !
(4.25) Je vois. C'est toujours les bouquins qui en révèlent le moins avant la lecture qui en disent le plus durant celle-ci, alors même que les images dominent sur les mots. C'était très juste, que ce soit dans son exécution comme dans son fond. Y'a beaucoup de scènettes dans lesquelles se reconnaitre ou reconnaitre quelqu'un. L'autrice vient dévoiler son intimité pour mieux bousculer la nôtre. Vraiment hâte de la rencontrer.
Woa c'était si bien!! J'ai été tout simplement détruite par le passage sur nos comportements de survie dans la rue. Les illus sont tellement puissantes aussi, j'en ai pris 4000 en photo pour l'inspiration. Coup de cœur !
Le crayonné (et jeux de texture permis par cette technique) et les compositions sont très intéressantes, c'est dynamique. Ça change d'une page à l'autre. Ses traits transmettent des émotions qui complètent le texte
A beautiful tale of womanhood, becoming a woman, links with other women. The writing and the art style are incredibly poetic and well efficient, very well executed.
Belles découpes belle mise en page qui varie énormément des pleines pages après des petites cases, 4 cases / 6 cases/15 cases ! moi j'aime bcp les bi-tri.chromies diff utilisées a chaque chapitre. Je trouve que ce roman graphique se prêterait bien a l'exercice du scrapbooking on a envie de découper des cases pour les coller dans son journal " quelle empreinte (ton corps) garde t'il de ce que tu as vécu, de ce que d'autre ont vécu avant toi ?"
Des beaux thèmes abordés la famille le souvenir la transmission la honte du passé (colonial) le sexisme la culture du viol les névroses la passation générationelle le vieillissement les perds-la-boule.
"Tu apprends à être inquiète pour toi, parce que le corps féminin serait. vulnérable, . intrinsèquement en danger. Tu intériorises la peur. (d'être agressée, violée, assassinée). et le sentiment de vulnérabilité. Tu apprends l'évitement. plutôt que l'affrontement. Tu intègres. l'impossibilité. de te défendre, d'être toi-même. agressive, violente. ou dangereuse. Tu dissimules. ta présence, fais des détours. [...]"
c'est quand je fais des lectures comme ça que je suis heureuse de faire certains emprunts bibliothèque juste parce que la couverture m'a attirée sans trop que je sache de quel livre il s'agit ! c'est une belle surprise et je suis sûre que son contenu résonnera en beaucoup d'autres femmes
J'ai le même prénom que l'autrice. Je me suis reconnue dans son histoire. Des impressions tellement intime que j'ai eu l'impression qu'elle m'a lu comme moi je l'ai lu. Quel beau et touchant livre. Merci