Un roman aussi profondément organique et engagé qu’un film de Guillermo del Toro et qu’un tableau de Goya.
Le ciel est rouge chair pour le peuple de Ru.
« Ru ? Pourquoi Ru ? Il n’y a pas assez de salles de concerts à l’air libre, peut-être ? » Les rues sont rouge sang à la fin des manifestations contre la préfecture.
« Tu n’as jamais eu envie de savoir ce que cela fait de chanter à l’intérieur d’un être vivant ? » Dans les entrailles de Ru, la grogne embrasse Regard Rouge.
Ru est un roman effectivement organique et engagé. Fascinant, l’univers très original de l’auteur nous embarque complètement et illustre la société actuelle dans un reflet aussi réaliste que glaçant. Aux travers de trois destins, Camille Leboulanger nous parle d’immigration, de révolte, d’amour et de peur avec talent. Si la seconde moitié perd un peu en rythme, la lecture reste cependant passionnante et nous fait bouillonner de colère tout en distillant des touches d’espoir.
Une bête gigantesque est tombée, et l'homme l'a colonisé, s'est installé et a bâti en elle des villes dans ses organes, dans ses membres, partout où il pouvait. Une question demeure, la bête est-elle morte ou vivante ? Se relèvera-t-elle un jour ? Ce mode de vie est-il viable sur la durée ? Mystérieux, monumentalement organique, plein d'une fureur qui monte : Ru est un roman de sff passionnant et militant, avec plein de morceaux de révoltes actuelles dedans.
Avec "Ru", Camille Leboulanger signe un très grand roman de science-fiction, une magnifique allégorie écologique et sociale. Il y parle très joliment de migrations, d'inégalités sociales, de l'Etat, des utopies, et de la place de l'humain dans son environnement. Engagé et littéraire, c'est l'un des plus beaux romans que j'ai lus cette année.
Dans le cadre de notre incursion dans la bibliographie de Camille Leboulanger et après m’avoir fait confiance pour Bertram le Baladin, Tachan a décidé de nous faire explorer l’univers fantastique de Ru, cette œuvre aussi intrigante que déconcertante dont son avis arrivera prochainement. Néanmoins et même si j’ai apprécié les grandes lignes de ce dernier, il est certain que le genre visité n’est pas forcément fait pour moi et j’ai bien eu des difficultés au cours de cette lecture.
Pourtant et comme à son habitude, Camille Leboulanger continue de démontrer toute l’étendue et le talent de sa prose même si cette fois-ci, celle-ci m’a semblé manquer cruellement de poésie et de lyrisme. C’est un style des plus abrupt, cassant et assez sec qui m’a été, cette fois-ci dévoilé. J’ai apprécié découvrir cette facette de sa narration même si, malheureusement, j’admets n’y avoir été guère sensible. Fort heureusement, j’ai retrouvé avec plaisir la dimension visuelle de son art et j’ai été plus que captivé par l’aspect organique et viscéral de Ru, cette métropole vivante et colonisée par l’être humain. Le résultat se veut fort convaincant et percutant et ce grâce à son ambiance sanguinolente et physiologique. Ainsi, l’univers se veut des plus vivant et des plus passionnant à découvrir. En effet, chaque partie de la bête endormie s’est vue colonisée et organisée afin de servir de refuge et de contrée aux humains. Bien qu’assez saugrenue et improbable, j’ai adoré l’idée de départ pour son originalité et son intérêt et surtout sa minutie dans son élaboration. Ainsi et par exemple, le rouge, couleur du sang reste la couleur prédominante des environs de cette ville et appuie parfaitement l’ambiance assez dérangeante de ces dernières.
Malheureusement, l’univers ne fait pas tout et quand bien même Camille Leboulanger aborde de sujets forts et sensibles dans son intrigue, il m’a semblé que cette dernière n’était pas des plus facillement accessible. Peu amateur de science-fiction, j’admets ne pas être familiarisé avec ce genre de construction au fond et à la forme assez atypique qui ne pas permis de m’investir pleinement dans son déroulement qui semble souffrir de certaines longueurs en fin d’ouvrage. Au delà de ses manques et malgré ces derniers, je ne peux nier avoir apprécié les différents thèmes abordés à travers les nombreuses métaphores offerte pas l’auteur et qui raisonnent des plus actuels qui soient. En effet et à l’aide de son ton engagé et politique, Ru évoque et traite avec pertinence de délicats sujets tels que l’immigration, l’écologie mais aussi l’oppression subie par un peuple dominé. Bien que préalablement signalé, je ne pensais pas faire face à un récit totalement transportable à notre mode de vie quotidien et cette prouesse mérite d’être mentionnée. Ainsi, certains passages m’ont paru des plus sombres et violents, parfois difficiles à lire et j’ai eu l’impression de revivre certains tristes épisodes des dernières années écoulées dans notre pays. Ainsi, les dimensions géopolitiques et sociales dévoilées et surtout assumées par Camille Leboulanger lui permettent de réaliser une pertinente et audacieuse critique de notre société et notre culture qui pousse le lecteur à la réflexion, conférant à son œuvre un certain investissement que j’ai apprécié réaliser mais que j’aurais voulu davantage exploiter grâce aux différents protagonistes dévoilés. Au nombre de trois et chacun à son tour, Y, Coré et Alvid dévoileront leurs histoires sans réellement parvenir à m’émouvoir un minium. Pourtant, les portraits esquissés sont éloquents tout en se dessinant également atypiques. A travers ses personnages exilés, artistes ou bien encore révoltés, Camille Leboulanger offre de marginales représentations parfaitement écorchées et mises à nue tout au long de son récit même si cela ne m’a pas suffit pour être totalement empathique aux sorts de leurs destinées.
Finalement et aussi captivant que déconcertant, Ru est un véritable ovni qui m’a permis de sortir de ma zone de confort. Cette prise de risque s’est avérée plaisante même si j’aurais apprécié que cette dernière soit davantage convaincante tant je n’ai ni totalement adoré, ni détesté ma découverte. Camille Leboulanger dépeint un univers passionnant, sombre et viscéral dans lequel j’ai apprécié voguer quelques instants malgré une intrigue au rythme parfois inégal et des personnages assez peu approfondis. Pour autant et n’appréciant que trop peu la science-fiction, je suis certain d’être quelque peu passé à côté de cette lecture qui saura séduire les adorateurs de ce genre.
Cette lecture a été réalisée à l’occasion du Cold Winter Challenge – 2022 : Menu Magie de Noël – Catégorie Calendrier de l’Avent.