L’Europe est un continent disparu, le rêve d’un autre temps, le rêve d’un autre monde. Anomalie géographique perdue dans la grande mer gelée des Alpes, la principauté fantastique du Karst semble scellée pour toujours, et avec elle la mémoire des anciens empires. Mais depuis New York, où s’est réfugiée une diaspora karste, plusieurs personnages ambigus tentent d’en restaurer la splendeur. Une banquière ambitieuse, un écrivain maudit et un philosophe enquêtent sur un mathématicien à l’enseignement révolutionnaire et sur un calculateur énigmatique qui aurait traversé le siècle, des camps de la mort à la Russie soviétique en passant par un mystérieux programme spatial yougoslave. Le Karst défie l’histoire pendant qu’un jeune homme, Flavio, s’éveille lentement aux mythes de la construction européenne. Et si l’Atlantide tant recherchée était dans cette construction inachevée : la forme toujours recommencée du continent de la douceur?
Aurélien Bellanger (né en 1980 à Laval) est un écrivain français, philosophe de formation. Il publie un essai sur Michel Houellebecq en 2010, intitulé Houellebecq écrivain romantique, aux éditions Léo Scheer. Son premier roman, La Théorie de l'information, paraît le 22 août 2012 aux éditions Gallimard. Il est aussi occasionnellement acteur dans les films de Justine Triet.
Fable politique pour adulte, "Le continent de la douceur" nous narre l’histoire du Karst, petite principauté imaginaire et oubliée des Balkans dont toute ressemblance avec d’autres principautés n’est sans doute pas tout à fait fortuite. Il commence avec un premier chapitre très drôle et une impressionnante galerie de personnages fictifs qui font de l’accrobranche et dans laquelle débarquent Jean-Claude Juncker, Manuel Barroso ou Dominique Strauss-Kahn ! Puis on fait la connaissance de Flavio et d’Olivier, deux enfants, amis ou ennemis, qu’on verra grandir au cours du récit. On découvre aussi le couple Ida-Jan, Ida, la richissime banquière à la folle histoire romanesque et Jan, le golden boy de Wall Street, beau gosse pas très futé qui arrêtera de collectionner les femmes pour les timbres ! On suit également le personnage de QPS, intellectuel à la croyance toujours renouvelé dans le libéralisme et avatar de BHL sans en être une caricature, opposé à Griff, un écrivain nationaliste qui devient fou et fasciste. Cela donne une collection de personnages pittoresques, drôles ou risibles fonctionnant par couple et ayant tous un lien avec le Karst. La suite du récit m’a un peu inquiété par moment avec des plongées dans les mathématiques ou l’histoire européenne et une érudition très marquée. J’ai redouté de ne pas accrocher ou de me perdre dans les digressions historiques, sociales ou économiques très documentées sans toujours bien comprendre où l’auteur voulait en venir. Mais le baroque de la trame romanesque, qui m’a fait penser à des albums de Tintin, permet de s’en sortir. Riche et dense, le récit, qu’il me faudra sans doute relire, foisonne de références, de symboles, d’objets cachés et d’énigmes qu’on s’amuse à décrypter. Aurélien Bellanger réussit le tour de force de complexifier l’histoire européenne déjà bien compliquée en y ajoutant celle d’une principauté imaginaire. Et ce mélange entre ce qui est connu, historique ou réel et ce qui est fictif, imaginaire ou inventé, fonctionne magistralement, sans suture visible. Car l’auteur maitrise parfaitement la langue, le vocabulaire, la grammaire, le rythme du récit avec des chapitres courts et parfaitement calibrés. Sur le plan politique, il propose une fable satirique à la Voltaire qui questionne, sans vitriol ni lourdeur, se moquant gentiment de ses personnages, tout en douceur. Au fond, Aurélien Bellanger, en racontant l’histoire d’une principauté qui n’existe pas, nous offre une vision décalée de l’histoire européenne dans laquelle il dit beaucoup de choses sur la situation et les oppositions actuelles et qui rend finalement la lecture de cette fable politique teintée d’humour caustique très réjouissante. Et on finit par oublier que l’on avait pu se perdre par moment.
Millennial Thomas Mann meets alternative 90s history thriller. Ferociously intelligent and philosophical (he even mentions the Glass Bead Game in the novel) and - in a way - as decent a look in fiction you'll get at the current nativist / ultraconservative vs liberal / 1989 divide as you'll ever find. As a quatre-vingt-neufard myself, I share the horror and perplexity the QPS character feels. Good for Bellanger to bring in Yugoslavia too - he's done his reading and it's a subject most writers wouldn't go near. Who is the Griff character? I'd assume he was a sort of Cosic or that fuckstick Peter Handke - the evolution from scribe to fascist scribe is very believable though. Superbly ambitious, considered effort. Well done.
C’est une fable sur l’Europe contemporaine et sur ce qui l’a construite, où il est question d’économie, de mathématiques d’histoire et de de culture,... de politique. On est impressionné par l’érudition, surtout qu’il faut trier le vrai de l’affabulation, reconnaitre le vrai du moitié vrai, de l’imaginé et au final ne plus s’y retrouver. J’ai pensé parfois à en le lisant à l’érudition parallèle de boussole de M Enard sur l’orient et la musicologie. Mais là ou la trame romanesque servait le roman lui apportant une forme de mélancolie, on reste ici dans une histoire à la lago winch, l’aventureux en moins, et l’ennui vient parfois percuter le loufoque et nous fait perdre le fil
Les États-nations étaient passés de prédateurs à espèces protégées. Et tout au plus s'amusaient-ils à croire, en entretenant encore de petites armées, en accumulant quelques gouttes de plutonium dans les oubliettes du plateau d'Albion ou en conservant quelques partis nationalistes juste sous le seuil de la dangerosité électorale, qu'ils étaient encore des plantes carnivores. -150
Aucune autre partie du monde n'a à ce point senti au-dessous d'elle les cavités vertigineuses de l'Antiquité, L'Europe est le seul continent qui a déjà été joué. Les Européens appartiennent à une humanité seconde. Le Nombre de Gorinski -190