L'opération Barbarossa, qui s’ouvre le 22 juin 1941, ne ressemble à aucune autre dans l’Histoire. Elle met aux prises les deux systèmes militaires les plus puissants et les deux régimes les plus brutaux. Les plans sont ineptes, les armées bien en dessous de leurs missions. Dans le combat comme dans l’occupation, la Wehrmacht conjugue la logique exterminatrice du nazisme avec celle de sa propre culture militaire, qui pousse la terreur à son paroxysme. L’Armée rouge se vide de son sang, prise entre les feux d’un ennemi affranchi de toutes les normes humaines et la répression sauvage du bolchevisme stalinien. Dix millions d’hommes s’affrontent lors de batailles aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi. Le résultat de cette moisson de superlatifs est la création d’un brasier de proportions inouïes. Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de soldats et de civils. Ce semestre d’une densité extrême, le plus létal de la Seconde Guerre mondiale, méritait sa fresque. C’est à la brosser que se sont attachés Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d’armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d’exécution. Une somme unique et exceptionnelle.
Barbarossa est une somme historique sur le sujet de l'opération Barbarossa: c'est à dire, l'attaque allemande de l'URSS en 1941. Elle est divisée en 5 parties:
1. Vers des indes brumeuses: On y décrit le contexte précedent l'attaque: la genèse du projet chez Hitler, l'isolement diplomatique russe, le pacte germano-soviétique, la décision d'attaquer.
2. De l'art de se tromper, se concentre sur les préparatifs. Les états de la Wermacht comme de l'Armée Rouge, les ordres criminels préparatoires au génocide allemand, et l'aveuglement de Staline
3.L'URSS un genou à terre, traite des grandes victoires initiales de l'Allemagne du 23 juin au mois d'août.
4. L'automne des illusions traite de la période de septembre à novembre, lorsque l'Allemagne arrive quasiment à Moscou, mais qu'elle est trop épuisée par une Armée Rouge inépuisable.
5. L'hiver de l'échec rapporte les ultimes mouvements de 1941, et comment la fenêtre de victoire de l'Allemagne s'est refermée.
Malgré son énorme volume -plus de 900 pages- et la grande diversité des sujets abordés, le livre est exceptionnellement lisible. Un très grand soin a été apporté à son organisation et ses articulations: les sujets et présentations s'enchaînent très lisiblement, et cela donne un récit varié, facile à suivre, plaisant tout en restant informatif et pointu quand nécessaire. Très bien écrit. Je n'ai pas pu poser ce livre avant d'avoir fini. Je suis encore ébahi par ce qui est raconté, et je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt. Très bon.
Somme extraordinaire sur les 6 premiers mois de la guerre germano-soviétique. 950 pages d'une histoire totale sur ce quenl'auetr décrit comme une "guerre absolue". Juste un chiffre jamais atteint dans une autre guerre: 5 millions de morts en 200 jours soit 25000 morts par jour ! Tout est dit.
Oeuvre monumentale. Remarquablement documenté, le livre remonte jusqu'à l’origine de l'idée d'envahir la Russie. Au fur et à mesure du développement de la guerre, l'ouvrage fait des allers-retours entre Berlin et Moscou, entre les deux états-majors, et même jusqu'aux soldats. Les deux auteurs élargissent ensuite le scope pour y inclure l'Angleterre et les Etats-unis, mais aussi la Finlande, la Roumanie, la Bulgarie, l'Iran... Bref, tous les pays qui ont été de près ou de loin impliqués dans cette guerre. Enfin, le livre démontre que ce conflit reste unique dans l'histoire de l’humanité, car pour la première fois l'objectif était non de vaincre son adversaire mais de complémentent l’annihiler. Ce qui explique le chiffre délirant des victimes : 26 millions de morts en quatre ans.
Alors que ce n'est pas le premier livre sur l'opération Barbarossa que je lis, j'ai appris beaucoup de choses. De plus, le livre développe une approche "globale" du sujet et ne consacre qu'un nombre de pages relativement faible à la campagne militaire en elle-même (tout en la décrivant en détail compte tenu de la taille du livre...). Et c'est cette approche globale ainsi que le travail de recherche considérables qui a été réalisé qui font toute la valeur de ce livre. Ce n'est pas un livre qui se contente de citer d'autres ouvrages.
Des analogies et des enseignements frappants pour la guerre en Ukraine !
Le recours systématique à l’emploi de la chair à canon par les autorités est une des bases de la stratégie russe. Va-t-elle fonctionner encore au XXI siècle, c’est toute la question pour le printemps 2023 en Ukraine ? En attendant, la valse hésitation de l’Allemagne trahit l’attrait permanent pour le lebesraum à l’Est, que ce soit pour y établir des populations ou bien pour la colonisation des ressources minières et énergétiques. Die grunen ont remplacé les chemises brunes, avec un sectarisme très comparable. Ce qui met en relief l’opposition fondamentale des intérêts de la France et de l’Allemagne, pays tout au plus voués à une coexistence presque pacifique, pas à une vie en couple.
Un livre dont le volume est à l'aune de l'espace russe. Impossible de lire autre chose à côté mais impossible aussi de ne pas faire de pose. Ecrit dans une prose fluide et claire, manifestant une réflexion profonde, couvrant toutes les dimensions, envisageant toutes les perspectives, il ne se résume heureusement pas au fastidieux descriptif des mouvements de troupes et remet bien des pendules à l'heure. Le genre de bouquin qui devrait être vendu avec une carte géographique car quoique nombreuses les cartes contenues ne suffisent pas et ne sont pas tout à fait satisfaisantes.
Cela dit, c'est un ouvrage aussi absolu que la bataille qu'il décrit. C'est minutieux, bien documenté, tous les aspects de Barbarossa y passent. Il y a des révélations chocs, des analyses qui vont à contre-courant de la mythologie ordinaire autour de Barbarossa. Les auteurs n'évitent pas la polémique et, par conséquent, il y a des points de vue avec lesquels je ne suis pas d'accord, mais c'est passionnant de bout en bout.
Un pavé imposant dont le volume m'a fait un peu peur. Mais confinement aidant, je l'ai lu presque d'une traite. C'est une analyse qui ne se contente pas des aspects militaires de l'opération Barbarossa mais essaie de démêler aussi les ressorts diplomatiques, idéologiques, voire psychologique des multiples intervenants. Passionant.