Quel récit, complexe et profond dans ces cinq tomes épais. Wombs est proche de la Hard SF pour ceux et celles qui connaissent ce genre ancré dans les sciences, ici les manipulations que permettent des grossesses interespèces et les nanoparticules influençant le cerveau. Les soldates de cette section spéciale sont mises enceintes avec un être napis, natif de la planète sur lesquelles les humains « firsts » ont trouvé refuge. Pendant la gestation, elles deviennent capables d’entrer dans un « plan de connexion » et elles peuvent se téléporter d’un point à l’autre de la planète, en plus d’emporter des soldats et du matériel.
Elles sont donc très précieuses, mais aussi un peu méprisées, car on ne comprend pas tellement le fonctionnement de cette unité, à l’extérieur de leur section spéciale. L’histoire se concentre principalement sur Mana, une soldate talentueuse, qui sera surutilisée par l’armée qui cherche la victoire contre le contingent d’humains arrivés après eux, les « Seconds », contrôlés et gérés par l’intelligence artificielle…
L’armée contrôle le vocabulaire. Les femmes ne sont pas enceintes, elles sont « transplantées », les malaises du premier trimestre sont des « rejets » et les embryons sont des « organes de transfert ». On nomme différemment les choses pour leur enlever du pouvoir, pour que ces femmes fassent ce que l’on attend d’eux.
Les tomes finaux dévoilent plusieurs couches de complot et de niveaux de contrôle. Les quelques retours dans le passé apportent de la profondeur, mais sont parfois trop courts et ajoutent un peu de confusion (je vais aller lire les deux tomes préquels Wombs Cradle tout de suite). Mais la finale ouvre sur une réflexion plus large sur l’humanité et la liberté qui devrait leur être donnée. Entre l’intelligence artificielle qui contrôle nos pulsions destructrices pour préserver la paix et exploiter, et des humains qui utilisent l’esprit créatif pour trouver des moyens pour se démolir et dominer, sans respect pour la vie humaine… Qu’il y-a-t-il de plus « humain »? Cette question se rapproche donc de celle dans Destination Terra (Keiko Takemiya, publié chez Naban).
Au niveau des dessins, j'ai été vraiment happée par la richesse de l'expressivité des personnages, mais également les décors qui sont très riches, que ce soit au niveau de la végétation étrange de la planète, que des combats explosifs entre les camps. La maîtrise des nuances de gris est remarquable et l'éditeur a pris soin d'insérer quelques pages couleur au début de certains tomes.
C’est un récit tellement riche que je comprends mieux pourquoi il est un des rares à avoir gagné le Grand prix Japan SF en 2016. Accrochez-vous, c’est toute une aventure…