Salie est invitée pour un dîner chez son amie Marie-Odile mais elle n’aime pas aller chez les autres, entrer dans une famille. Autant de peurs d’enfance qui ressurgissent et que la petite fille imaginaire qui l’accompagne, côté sombre de sa personnalité, symbole de son enfance aide à exprimer et comprendre.
Née à Niodor au Sénégal, hors mariage, fruit d’un amour de jeunesse de Nkoto et d’un beau lutteur, Salie est pour tous, sauf pour ses grands-parents qui l’élèvent et l’adorent, une fille illégitime.
Elle a un lien fusionnel avec sa grand-mère et son grand-père, pêcheur Serère, lui apprend l’autonomie, le courage, la dignité, la persévérance.
Obligée de servir d’esclave familiale chez sa tante pendant les vacances d’été, elle subit violence et humiliation, ce qui ne lui donnera que plus de rage pour sortir de ce milieu par l’éducation.
La France lui apportera un mariage vite rompu et la célébrité de l’écrivain et tout à coup l’intérêt de son oncle qui constate qu’il a tué la poule aux œufs d’or.
La plume de Salie devient alors son "épée d’Amazone", elle retrouve ses racines de guerrière et de lutteuse pour défendre tous ces enfants illégitimes maltraités.
C’est un plaidoyer pour les femmes victimes de l’hypocrisie sociale. Elle s’insurge contre cette Afrique qui oublie son identité au profit des "mythes importés", contre les guerres, contre l’hypocrisie d’une certaine politique française.
Écrire sous l’influence de la Petite est sa meilleure thérapie.
Elle grandit enfin et ose "faire face aux loups", affronter cette lignée matrilinéaire et surtout cet oncle qui a gâché sa jeunesse et voudrait une fois de plus lui faire la morale.
" J’écris, parce que l’écriture me rend toutes les libertés et ne me coûte que les nuits, des nuits qui seraient peuplées de cauchemars, sans écriture."
" J’écris pour rendre la mémoire à cette Afrique amnésique, celle sans orgueil, si prompte à la conversion, qui renonce à son identité pour se laisser aveugler par des mythes importés, qui ne concerne en rien la culture négro-africaine."
" J’écris, contre tous ceux qui maltraitent ou ignorent les enfants, les bâtards, les orphelins, et ne les aiment que pour profiter d’eux, lorsque, par miracle, ils survivent et deviennent utiles."
Fatou Diome livre ici une partie de son enfance. Forte de sa culture africaine et de ses racines, elle nous parle de ses blessures d’enfance, de ses peurs d’adulte, de cette difficulté d’intégration dans la vie de ses amis.
Avec son style très imagé, ses références, les récits de son enfance sont passionnants. Je regrette toutefois que l’auteur se soit souvent perdue dans ses errances d’adulte, ses tergiversations mentales pour refuser cette invitation de cette amie strasbourgeoise.
En hommage à Paco de Lucia, décédé aujourd’hui, je précise que Salie parle en boucle d’une chanson de ce célèbre guitariste, Yo solo quiero caminar!