Comment faire la différence entre foi et faits ? Entre compréhension et interprétation ? Que sont les biais cognitifs ? Et se ranger du côté rationnel suffit-il à les éviter ? Est-il possible de militer objectivement ? Quand Paul, qui n'est pas superstitieux pour un sou, rencontre la druide Masha, le courant ne passe pas. Il a beau lui expliquer l'importance de la logique, le débat vire à la mauvaise foi. Ce soir-là, Paul reçoit la visite de l'Esprit Critique, bien déterminée à lui faire comprendre en quoi consiste vraiment la pensée scientifique... Elle va bouleverser sa façon de penser... et peut-être la vôtre !
Ma foi, ultra surprise de la richesse de cette BD. Je souhaitais définir et en apprendre plus sur l'esprit critique, de manière ludique avec une pointe d'humour, qui fait souvent mieux passer ce genre de propos. C'est tout à fait ce que j'y ai trouvé et plus encore. La façon de présenter ce petit cours de débat/rhétorique est à la fois très accessible mais conséquente avec beaucoup d'informations à assimiler en peu de temps, le tout tester à la fin par un petit quiz qui permet de voir ce que l'on a retenu. L'esprit critique est globalement dépeint comme un équilibre précaire entre des arguments irréfutables basées sur des preuve tangibles et un raisonnement qui fera intervenir les émotions sans que le tout ne devienne trop subjectif. À ce niveau, ça devient presque un sport ! À lire et relire afin de devenir maître dans le domaine.
UNE CORRELATION N'EST PAS UNE RELATION DE CAUSE A EFFET ! La science n'est pas là pour armer de "faits inébranlables". La science ne cherche pas à construire un ensemble de "faits" connus. C'est une méthode qui consiste à poser des interrogations gênantes et à les soumettre à l'épreuve de la réalité, évitant ainsi la propension de l'être humain* à croire ce qui lui fait du bien. La science ne propose pas de certitudes. Une expérience a besoin d'être répétée pour valider une hypothèse, mais un seul contre-exemple suffit à la réfuter. Et, lorsqu'elle l'est, on peut être frustré, mais aussi s'en réjouir. Car rejeter une hypothèse permet d'améliorer ses connaissances. C'est pour cette raison que, contrairement à la croyance, la science désire être contredite. La méthode scientifique consiste à utiliser des hypothèses et théories et à les améliorer. Le résultat n'est jamais parfait, mais toujours meilleur. Un modèle scientifique est une représentation simplifiée du monde, qui permet de prédire la réalité, sans forcement la décrire. La méthode scientifique est unique et universelle. Et plus nous comprenons efficacement, précisément et globalement ce qui nous entoure, plus nous sommes à même de l'interpréter. Des gens qui croient que la science est une panacée qui solutionnera, un jour, tous les problèmes du monde, ou révélera le sens de la vie [...] ça relève de la foi. Mais la méthode scientifique et plus généralement, l'esprit critique, ne sont que des outils. On ne "croit" pas à la méthode scientifique. On constate son efficacité. Et si, demain, un nouveau procédé ou méthode*, plus efficace, est disponible, elle la remplacera, sans pour autant qu'on se dise "en fait, l'autre, elle marchait pas".
Certaines disciplines se donnent l'apparence de la science. Leurs tenants vous sortent des graphiques, des témoignages, des articles... sauf qu'aucun de ces éléments n'a été produit en suivant la méthode scientifique. On parle alors de pseudo-sciences. (Elles) relèvent de l'escroquerie. (Elles) n'ont jamais été rigoureusement testées voire pas testées du tout*. Ce qui est malhonnête, c'est de présenter les hypothèses comme des faits. Ou de refuser de contredire les hypothèses d'un·e* fondateur·trice*. C'est du marketing.
Les êtres humains aiment le mystère et ont tendance à penser que les explications fantaisistes sont plus fascinantes que les vraies. Envisager plusieurs hypothèses ne signifie pas que toutes les hypothèses se valent. La réalité n'est pas un avis soumis au suffrage universel. L'anti-intellectualisme s'infiltre sans relâche dans notre vie [...] Il est nourri par une idée trompeuse : celle que [...] "mon ignorance a autant de valeur que votre savoir ". C'est en acceptant non seulement de reconnaître nos limites, mais aussi d'affronter l'inconnu, que peut se construire* notre propre monde. Pour y parvenir [...] il faut affronter LES BIAIS COGNITIFS.
Biais de confirmation : consiste à retenir uniquement les informations qui confirment nos idées préconçues. S'explique en partie par le fait que, lorsqu'une de nos idées préconçues est validée, notre cerveau produit de la dopamine, l'hormone du plaisir. L'être humain est très apte à détecter les erreurs chez celleux qu'il désapprouve ! Mais quand il s'agit de se réconforter, il ne manque pas d'imagination.
L'illusion de corrélation : consiste à imaginer une corrélation puissante entre deux événements pas ou peu liés.
Les... corrélations... sont pas... des... relations de... causes à... effet.
L'effet de halo : tendance à privilégier les informations provenant des personnes les plus belles, charismatiques ou moins menaçantes, même si elles n'ont aucune expertise du sujet.
Le biais de négativité : propension à retenir en priorité les informations négatives.
Le biais de la tache aveugle : tendance à détecter les biais des autres et pas les siens.
Le biais de projection : consiste à attribuer à un groupe de personnes nos propres valeurs et ressentis.
La fermeture doxatique : phénomène de regroupement spontané des personnes aux convictions proches. A force de ne fréquenter que des gens qui pensent comme soi, on en vient à s'imaginer que cette pensée est la norme.
L'effet de conformité : tendance à imiter autrui par un processus d'influence social.*
Le biais de l'autruche : tendance à ignorer ce qui nous remet en question.
L'effet Dunning-Kruger : conduit les personnes les moins compétentes sur un sujet à surestimer leurs connaissances et les plus compétentes à les sous-estimer. Plus on apprend, plus on peut* prend conscience de l'étendue de son ignorance. Du coup, on devient parfois* prudent·e·s... tandis que les gens les moins compétentes n'ont pas les compétences pour mesurer leur degré d'incompétence... alors elles se croient compétentes.
Le biais de statu quo : préférence exagérée pour le statu quo dans la prise de décisions.* Il fait obstacle à l'expérimentation et aux améliorations [...] et peut conduire à prolonger des situations catastrophiques/problématiques/oppressives*.
Le biais rétrospectif : nous fait croire que nous avions prévu (ou aurions pu prévoir) les événements après qu'ils se soient produits.
Le biais de rationalisation : tendance à se persuader par justification/rationalisation qu'une décision était bonne.*
L'erreur fondamentale d'attribution : consiste à confondre les caractéristiques d'un individu (situation social, genre, croyances, passé, état mental...) et les éléments qu'il expose. Fait mélanger le fond et la forme [...] refuser les arguments factuels d'un·e autre sur la seule foi de ses idées politiques.
La validation subjective : ou effet Barnum ; tendance à se retrouver personnellement dans une description parfaitement générale.
L'illusion de savoir : mésestimation de la réalité. Conduit à ignorer les spécificités des situations ressemblant à celles que tu connais.
L'illusion de fréquence, le biais d'omission, l'effet de l'humour, le biais d'ancrage, le biais de cadrage, le biais de représentativité...
L'humain possède des capacités de coopération, c'est une créature sociale qui dépend beaucoup de son groupe. Parfois, se rallier aux décisions - même illogiques - de plus grand nombre favorise la survie. A l'inverse dans d'autres circonstances, il (peut) être utile de s'accrocher à son opinion pour conserver son statut social et les avantages individuels et collectifs qui lui sont associés.
[...] c'est biais rendent idiots [...] d'un point de vue intellectuel. Mais d'une perspective sociale, ils constituent un un avantage évolutif. L'évolution est un processus lent (à l'échelle des temps macroscopique)*.
Même si l'on ne peut jamais y être totalement imperméable, avoir conscience de l'existence des biais cognitifs permet de les reconnaître. Avec le temps et en étant attentif·ve* à ses réactions épidermiques, on parvient de mieux en mieux à les identifier. Il faut le vouloir, être super-vigilant·e* et ne jamais prendre nos réussites pour des acquis.
L'état d'inconfort extrême induit par la contradiction entre les croyances et la réalité s'appelle la DISSONANCE COGNITIVE. Elle génère des stratégies d'évitement qui permettent à qui en use de préserver sa cohérence personnelle. Lâcheté ? Manque ponctuel de courage, peut-être, mais accepter de remodeler son image du monde est légitimement terrifiant. Il faut de la bravoure pour explorer [...] au-delà des certitudes confortables et des loyautés présumées, pour accepter d'être blessé, rejeté ou d'échouer. Cette sagesse peut être appelée : "L'état d'esprit de l'éclaireu·r·se*" Il faut fair un travail sur soi pour argumenter correctement. Et avant d'argumenter il faut ... savoir de quoi on parle. Et pour cela, s'informer correctement.
[...] la charge de la preuve dans le méthode scientifique ? C'est à qui fait une hypothèse de l'étayer.
On n'est pas tenus d'éduquer des gens qui ne font pas un minimum d'efforts mais lorsque certaines personnes sont contredites, elles se réfugient derrière des "tu n'as qu'à t'informer !". Cette manipulation rhétorique s'appelle LE RENVERSEMENT DE LA CHARGE DE LA PREUVE ou l'appel à l'ignorance et, qui en usent savent que l'on ne peut prouver l'absence d'un truc. L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence. Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve.
Les dérives complotistes posent un risque "ironique"* : à force d'être inondés d'informations fantaisistes, on finit par ne plus prendre au sérieux les hypothèses. L'esprit critique n'est pas synonyme d'hyper-vigilance et surtout il n'est pas orienté.
On peut trouver des sources pour tout. Alors comment identifier celles qui sont fiables ? Les média ont du mal à fournir une information scientifique de qualité. Déjà il y a des corrélation qui sous-entendent des relations de cause à effet partout. Ensuite, on y trouve un autre ennemi du raisonnement sensé : le recours systématique aux moyennes. Le problème c'est qu'elle ne rend pas toujours compte du cas général ! En tout cas, pas lorsqu'on analyse des petits groupes de données. Et ce pour une raison simple : la moyenne est un indice hautement influencé par les valeurs extrêmes. On devrait souvent lui préférer la médiane : l'indice qui partage une série de données en deux parties de même grandeur. La médiane n'est pas toujours représentative non plus, notamment dans le cas de grands groupes constitués de sous-groupes très distincts. Il faudrait toujours choisir l'indice le plus informatif selon la situation.
Dans un débat, on nous présente souvent deux positions opposées comme équivalentes.
Essayer de convaincre quelqu'un campé sur ses positions en restant campé sur les siennes, ça, c'est long. Chercher des sources pour apprendre et diffuser des informations fiables, c'est un coup à prendre. (L'on) est pas obligé d'avoir un avis. Personne n'attend impatiemment l'opinion de "Paul Boutet, le trentenaire de la rue Jean Jaurès". Dans un débat rien n'empêche de demander des sources, de répondre "j'ai un doute, je vais vérifier" ou d'admettre ses limites : un "il me semble" au lieu d'un "c'est comme ça" n'a jamais tué une conversation !
La mauvaise foi tu peux l'exposé.
On distingue deux types de parasites argumentatifs :
les sophismes, relèvement de la malhonnêteté.
C'est le cas de l'inversion de la charge de la preuve ou l'argument AD PERSONAM, qui s'attaque à une personne plutôt qu'à ses arguments.
C'est un cas particulier de l'argument AD HOMINEM qui tente de pointer une incohérence entre les propos d'un·e* interlocut·eur·rice* et ses opinions passées ou ses actes. Dans le premier, cas on a le droit de changer d'avis. Dans le second, on ne vit pas toujours à la hauteur de ses principes, mais ça ne change rien au fait qu'une corrélation n'est pas une relation de cause à effet.
Les paralogismes, qui sont des erreurs logiques de bonne foi.
Par exemple, guérir d'une grippe après une semaine à la plage et en déduire que l'air marin qui vous à soigné. C'est L'effet atchoum .
Le faux dilemme, qui consiste à sélectionner un certains nombre de possibilités pour forcer à choisir uniquement entre elles.
La "cueillette de cerises", cherry picking, qui consiste à sélectionner les données qui nous arrangent.
Le non sequitur, signifie que la conclusion ne découle pas des postulats de départ.
Le raisonnement panglossien : réfléchie à rebours pour aboutir à l'explication qu'on a envie de retenir.
La différence entre sophisme et paralogisme est subtile et dépendante des intentions de qui les emploient. (voir la généralisation abusive) Il est légitime de se demander dans quel but les gens usent de telle ou telle stratégie argumentative. Mais ça ne change rien à la pertinence des arguments. Prenons la pente glissante, tendance à imaginer des réactions en chaîne improbables aboutissant aux conséquences désastreuses d'une idée. Ce biais est subtil car il est sain de prendre en compte les dérives hypothétiques d'une situation. Mais il se caractérise par son caractère péremptoire et un écart démesuré entre la réalité et les conséquences imaginées.
La technique du hareng fumé, appelée aussi "chiffon rouge", consiste à détourner l'attention, si possible vers une position intellectuellement intenable.
La stratégie de l'épouvantail travestit les propos en quelque chose de facile à réfuter ou ridiculiser.
L'analogie douteuse dresse des parallèles entre des situations se ressemblant vaguement mais n'ayant pas de rapport réel.
L'argument du silence est une stratégie qui consiste à accuser son adversaire d'ignorance par qu'iel* ne s'est pas exprimé sur un sujet.
Le déshonneur pas association consiste à comparer une personne à une autre à laquelle personne n'a envie d'être associé. Il n'est pas seulement malhonnête il est dangereux. Les mots ont un sens tant qu'il n'est pas dévoyé.
Souligner le caractère dépaysant de quelque chose pour lui conférer une aura d'efficacité mystérieuse se nomme l'appel à l'exotisme.
L'appel à la pitié tente d'affaiblie le sens critique en déplaçant l'axe d'évaluation d'une situation. Tout comme l'appel à la popularité. Popularité n'est pas synonyme de qualité.
Un sophisme est une tentative de changer de sujet mais toujours de façon frontale.
L'argument d'autorité consiste à faire appel à l'avis d'un·e* expert·e* pour valider une idée. Mais même un·e* expert·e* n'est pas dispensé de prouver ses allégations. Même un·e* expert·e* n'est pas infaillible et il ne faut pas taire les erreurs des savant·e*s. Au contraire. Le fait qu'iels* se fassent abuser est un rappel constant à exercer son propre esprit critique. Mais surtout, être expert·e* dans un domaine ne signifie pas "être expert·e* en tout".
Les débats servent à conforter chacun·e* dans ses opinions. Rien n'empêche de gagner un débat en alignant les sophismes. Mais est-ce comme ça que tu as envie de vivre ? En oscillant entre l'état de manipulateur médiocre et celui de manipulé docile ? Tu te tromperas parfois. Mais tu te tromperas moins. Aucun·e* éclaireu·r·se* n'évite tout les pièges. Toustes contribuent à créer un monde plus mature, plus sincère, moins naïf, plus utile... Ne t'excuse pas de tes irrationalités. Il ne s'agit pas d'y renoncer mais de les reconnaître. De faire la différence entre foi et faits.
Les faits correspondent à la réalité, ou à défaut, à l'état des connaissances obtenues via l'outil le plus fiable à notre disposition : la méthode scientifique.
Les faits ne suffisent pas à convaincre.
L'esprit critique prend plus de temps à s'installer qu'une croyance qui ne demande pas spécialement de travail sur soi.
La foi désigne des choses auxquelles on croit sans en avoir la preuve. Dans sa dimension religieuse, s'y ajoute une notion d'engagement. Une volonté de vivre sa vie selon les principes qui découlent de cette croyance. L'athéisme n'est pas une croyance. C'est littéralement l'absence de croyanceaux divinités*. [...] en l'état des connaissances, aucune raison de penser qu'elles existent. L'agnosticisme est une posture plus rhétorique, qui consiste à admettre notre ignorance v-a-v l'existence des dieux.
La religion est un dogme qui ne tolère pas la remise en question. Elle est donc opposée à la pensée critique. Il est plus facile de tolérer l'irrationalité dans un pays qui ne base pas ses lois sur cette dernière. Face à des tentatives d'analyse [...] comprendre permet de se forger une opinion étayée. Sévère ou indulgente ... ça vous regarde.
La réalité n'est pas un sondage. Les faits sont indépendants des jugements à leur égard ! L'irrationalité n'est pas un problème en elle-même. Elle le devient lorsque l'on prétend savoir des choses que l'on ignore. Ce que l'on peut reprocher aux gens mais ça ne les empêchera pas de croire en ce qu'elles veulent.
Ce qu'une personne dotée d'esprit critique se propose de faire, c'est de baser son opinion sur des éléments vérifiables. Les émotions fortes et les intérêts individuels peuvent parasiter le jugement. Nous observons toustes la réalité de là où nous nous trouvons. Une personne dotée d'esprit critique n'a pas vocation à devenir une entité éthérée, contemplant de haut les remous du monde, refusant d'émettre un avis tant qu'on ne lui a pas apporté l'ensemble des faits nécessaires à la compréhension de l'univers. Pas plus qu'elle ne souhaite se transformer en machine sans sentiments.
L'ouverture d'esprit n'est pas synonyme de relativisme.
Lassés des affirmations religieuses sans fondement et éblouis par les progrès apportés* par la science, certain·e·s ont fantasmé que la science allait donner toutes les réponses aux questions. On appelle cette croyance le scientisme. Après avoir réalisé qu'elle se contentait d'améliorer les connaissances en faisant apparaître une mer d'incertitudes, s'en est suivi un anti-scientisme tout aussi immature.
Mais il ne faut pas avoir peur de l'ignorance. La frustration qu'elle engendre nourrit la soif de savoir.
En remplaçant les certitudes mensongères par des vraies questions, la fausse humilité par la conscience des chemins parcourus et de ceux qu'il restent à défricher, l'esprit critique a déjà transformé tant de rêves en réalités ! Et il survit aux attaques, aux sophismes, aux peurs ... alors que les fictions et les légendes perdues le sont pour toujours... Les théories scientifiques, elles, sont redécouvertes parce que la réalité n'est pas modifiée par la destruction des preuves.
La science ne promet pas de vérité absolue. Elle vous traite en adultes. En constante autocritique, en perpétuelle évolution... en personne qui, face à un bouleverement de leurs certitudes, s'écrient : "quelle découverte extraordinaire !"
*toutes les modifications, marquées par l'italique sont de mon fait.
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Partant d'une conversation lors d'un repas entre amis entre un sceptique et une druide, et de la discussion sur les réseaux sociaux qui s'en suit, cette bande dessinée se lance dans l'explication de ce qu'est vraiment l'esprit critique. Tout y passe : elle commence par la différence entre corrélation et causalité, continue avec quelques rappels sur les statistiques et parcourt ensuite l'histoire de la pensée qui a finalement débouché sur la méthode scientifique que nous connaissons aujourd'hui.
En deux cases, l'auteure fait une comparaison remarquable entre les outils que sont la méthode scientifique et l'esprit critique et... un marteau ; en effet, il n'est pas nécessaire de croire en son marteau pour constater qu'il permet de planter des clous. Et lorsque l'on invente un nouveau marteau, ce n'est pas pas pour autant que le marteau d'hier ne fonctionnait pas, juste que celui d'aujourd'hui fonctionne mieux. La méthode scientifique — et l'esprit critique, s'il est bien appliqué — sont, comme notre marteau, des outils qui s'améliorent et s'affinent au fil du temps.
Dans la continuité, l'auteure détaille les principaux sophismes, paralogismes et biais cognitifs, avant d'expliquer comment s'y prendre pour se renseigner correctement sur un sujet scientifique. Elle aborde les concepts de taille d'échantillon, de reproductibilité, de consensus ou encore de surinterprétation des résultats, ce dernier étant la spécialité de certains médias. Elle explique également ce qui fait la qualité ou non d'une revue scientifique, car il faut bien rappeler que toutes les revues ne se valent pas, loin de là. Elle n'hésite également pas à mettre en garde contre certaines dérives et termine en revisitant les fameuses conversations du début de l'histoire en invitant le lecteur à y repérer les différents biais, paralogismes et sophismes décrits auparavant.
Si je devais à tout prix trouver un défaut à cet ouvrage, c'est qu'il n'aborde pas la pyramide des niveaux de preuve ; une petite page sur celle-ci aurait été la bienvenue dans la partie expliquant comment se renseigner correctement. Une explication du concept de double aveugle aurait également été la bienvenue — je suis d'ailleurs tellement étonné qu'il ne soit pas mentionné que je me demande si je ne l'ai pas simplement loupé.
Bref, il s'agit ici d'une bande dessinée d'une grande qualité : ludique tout en traitant un sujet sérieux, facile à lire malgré le fait qu'elle soit dense en informations et qui décrit à merveille ce qu'est l'esprit critique. En plus de véhiculer un message important, les dessins sont agréables à regarder.
À lire et à relire, et surtout à mettre entre toutes les mains.
A la suite d'une discussion houleuse où il s'est énervé face au discours farfelu d'une druide, Paul reçoit la visite de l'esprit critique, qui va l'aider à y voir plus clair dans ce qu'est vraiment l'esprit critique, en lui montrant ses propres biais, ses erreurs (genre... corrélation n'implique pas causalité, ma grande marotte personnelle en temps que statisticienne - j'ai apprécié de voir cette BD le mettre si bien en avant^^) ses propres failles rhétoriques et celles de ses interlocuteurs (sophismes et paralogismes) et en lui expliquant ce qu'est la méthode scientifique, comment la pensée scientifique est née et a évolué, la science étant en constant affinement. Sacré programme en une centaine de pages ! Et programme totalement rempli à mes yeux.
Cette chouette BD décortique avec pédagogie et avec une chouette cohérence visuelle des concepts qui sont essentiels à notre bagage, à l'heure des fake news, du marketing qui vous présente des chiffres sans contexte pour faire vendre, ou des articles qui mettent en avant des conclusions sans contextualiser les résultats mis en avant. Etre conscient de ses propres biais, pour prendre du recul face à ses réflexes, être conscient des refuges argumentaires qui ne relèvent pas du débat sain, et être conscient avant tout de l'humilité de la science, qui s'amende, se corrige, et ne promet pas de vérité absolue… Voilà un message qui me semble essentiel à faire passer aujourd'hui, et qui est joliment passé ici. Il y a beaucoup de choses dans cette BD très dense qui ne paye pas de mine, et je pense qu'elle pourra être lue et relue plein de fois. A mettre entre toutes les mains.
Une Bd qui reprend, explique et décortique les différents composants de l'esprit critique. Revoir la différence entre faits et foi, interprétation et compréhension, les différents biais cognitifs, ... Le format est ludique et l'on peut clairement retrouver des situations du quotidien dans cet ouvrage. Ce qui est plaisant et permet de mieux comprendre et réagir lors de nos conversations. Il y a même 2 pages "d'exercices" vers la fin pour réanalyser la discussion entre amis ouvrant l'intrigue du livre. Le contenu est toutefois assez dense et certains passages m'ont demandé une relecture pour bien assimiler les informations. Mais rien d'excessif. Une très bonne lecture avec de belles illustrations colorées, à recommander !
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Waw !!! Quelle BD incroyable !! Très riche et très intéressante, j’ai énormément appris grâce à elle. Il me faudras une seconde lecture pour tout bien intégrer mais… waw. Je conseille à tout le monde de la lire ! Ça m’a retourner le cerveau, dans le bon sens ^^ Une première partie se concentre sur l’arrivée de la pensée critique dans le monde scientifique et l’autre partie explique bon nombre de biais cognitifs et biais argumentaires. Fascinant !
C’était à la fois très bien, très accessible… et rudement dense. A méritera plusieurs lectures pour mieux appréhender certains concepts. J’ai vraiment apprécié le décorticage des prises de tête facebook, ainsi que celui des publicités / du marketing. Cet album explique un grand nombre de notions capitales pour ne pas se faire avoir, et pour ne pas nous-mêmes nous comporter comme des sagouins.
Fabuleux ouvrage de vulgarisation scientifique concernant les différents processus psychologiques permettant de développer (ou pas, avec les biais cognitifs) un esprit critique et scientifique. Malgré mes 47 ans, je conserve ce livre car il contient une merveilleuse synthèse de plusieurs théories psychologiques. Il est dans la section de mes livres références. Puissant et superbe!
Très intéressante, la BD ouvre de nombreuses perspectives au point que cela en devient parfois un peu compliqué. Plusieurs (re)lectures seront nécessaires pour appréhender l’ensemble des idées développées.
En vrai, ce n'était pas si pire, c'est juste qu'une bd de vulgarisation scientifique sur des choses que je savais déjà ne tombe pas dans mon champ d'intérêts.
Une BD intelligente et parfois ardue (j'ai dû relire certains passages :-), qui amène à réfléchir sur nos propres biais cognitifs, bien plus fréquents qu'on ne croit.
Pertinent, beau, intelligent, parfois drôle. Mais tellement gonflant à lire, je m'y suis reprise à trois fois et malheureusement je n'y reviendrais pas malgré tout l'intérêt que je porte à ce sujet.
Très bien écrit et facile à lire, même pour les personnes qui ne sont pas adeptes des BD. Les auteurs ont atteint leur but : faire réfléchir. Je recommande vivement !
Une BD très intéressante et instructive sur l'esprit critique, la méthodologie scientifique et les biais cognitifs, avec une touche d'humour. Les illustrations sont très jolies et pertinentes. Une bonne lecture !