Alors qu’il est à Izmir, occupé à écrire Space, un travail ambitieux pour lequel il a reçu une bourse du CNL, Gabriel Gauthier rencontre une jeune femme nommée Olivia Speed, avec laquelle il se lie d’amitié. Très rapidement, il est frappé par la frénésie d’Olivia, cette tendance irrépressible qu’elle a de tout accélérer, sa vie, comme celles de ceux qui gravitent autour d’elle. Olivia est speed, vraiment speed. Olivia Speed est l’onomastique faite corps. Du coup, l’onomastique étant précisément l’un des aspects travaillé par Gabriel Gauthier dans Space, il est inévitable que soit repensée la forme même du projet initial. Il signe alors avec Olivia Speed un contrat qui lui permet d’utiliser son nom dans son œuvre. Olivia devient personnage. Peu après, ce personnage prenant de plus en plus d’ampleur dans Space, il décide d’en détacher un morceau, de lui adjoindre un spin-off. Speed est né.
Speed c’est cela : un corps bien réel sur lequel s’est greffée l’idée de vitesse, qui lui a donné son nom, avant de devenir personnage au sein d’une œuvre qui, par les mots, tente de créer ce même effet de vitesse. Si la vitesse est une idée, Speed est son instanciation dans le discours.
j’avais rencontré Olivia Speed au cours d’un voyage
à Izmir je n’avais pas encore vingt-cinq ans
je n’avais jamais écrit une seule phrase spontanément
et me retrouvais seul pour la première fois
au milieu d’un pays où tout se prononçait
je pouvais enfin dire des choses mal dites
je lui disais Olive n’importe qui doit réveiller
le roman quelqu’un doit rester pour se rappeler
le tremblement des vagues avec l’ambassade de Grèce
j’écrivais alors Space et elle s’appelait Olivia Speed
L'impression d'avoir mis le pied dans une série d'engrenages, de tapis roulants supersoniques, qui nous emportent, au fil des pages, de plus en plus vite, jusqu'à nous en faire tourner la tête. Et l'histoire d'Olivia Speed de se dérouler à la vitesse de la lumière sous nos yeux qui dévorent, déchiffrent, décryptent la succession de mots tour à tour hachés, fluides, saccadés, tranchants, glissants. Un récit de vitesse, une cavalcade de caractères, une envolée de péripéties, d'ellipses folles, de bonds spatio-temporels, sans points virgules majuscules au diable tout cela. Un petit livre travaillé à l'extrême que l'on engloutit de plus en plus vite, comme transformé en un personnage burlesque de Tex Avery les yeux écarquillés qui happent, mâchent, digèrent, concassent tout sur leur passage. Ebouriffé, essoufflé, mais content d'avoir vécu ce tour de manège grandiose, pour lequel nous remettons, le sourire aux lèvres, les synapses encore bousculées, une pièce pour un tour, immédiatement.