Je pense que je ne suis pas le public cible de cet ouvrage, critique de l'impact des économies de marché sur la société civile mais promoteur discret du keynésianisme, c'est-à-dire sans critique pertinente de l'économie d'exploitation humaine et de la société mercantiliste, productiviste en général.
C'est mon principal reproche sur ce "pamphlet", adoré par la presse de gauche pour cette rentrée, qui ne critique JAMAIS le capitalisme mais seulement sa phase néolibérale depuis l'après-guerre et du coup revisite naïvement l'histoire en faisant de Roosevelt, Bérégovoy des figures épiques ou tragiques du combat... contre les banques. Mais aussi, tenez-vous bien Chevènement ou encore Pierre Mendès France! C'est presque drôle, vraiment. Sauf que dépeindre la vision nationaliste et anticommuniste de la construction européenne de De Gaulle comme un rempart contre "la puissance des banques d'affaires internationales", ce n'est en fait ni hilarant ni en quoi que ce soit juste.
Cela dit, on apprendra plein de trucs sur cette phase néolibérale, sur le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne notamment pendant la crise de 2008 et comment les penseurs libéraux ont aussi construit les fondements d'une Union européenne (et sa monnaie bien sûr) au service non pas d'un "plus jamais ça" mais d'une lutte contre le bloc soviétique par l'incitation toujours plus antidémocratique et antisociale à l'économie la plus concurrentielle. Et ce, consciemment contre la réduction du chômage. Surtout si le but, c'est de faire de nous tou.te.s une main d'oeuvre "adaptable", pas d'avoir un métier et une stabilité sociale.
L'autre point de rejet total de l'ouvrage que j'ai peiné à poursuivre malgré la recommandation que l'on m'en avait faite, c'est l'extrême laideur du style des dessins, tout simplement. BD qui cumule la grâce des caricaturistes des zones touristiques et le sens miteux du symbolisme politique de Plantu. Je pense notamment à la récurrence de Marianne, cette France dépouillée par les vautours du Capital international !! Quelle finesse d'analyse* pour une somme pareille sur la contre-histoire du chômage en France ! Comme si justement le capitalisme dans son stade néolibéral ici étudié n'avait justement pas besoin de l'appui vital de l'État, des banques nationales ou centrales pour se renflouer à chaque crise et que donc comme si l'Etat et sa Marianne moisie, dans un contexte capitaliste, pouvait être neutre de toute façon.
C'est tout le problème de ce type de critique de surface du "marché", "des financiers", du recours à des "critiques" de type Lordon, qui au final dorlote le patriotisme économique plutôt qu'entame une critique radicale du capitalisme français ou international, pour paradoxalement s'interroger sur la possibilité du fascisme face à un tel marasme intellectuel.
Moralité : Que vivent les carpes !
* dès la page 23 on apprenait aussi que le racisme colonial, c'est un peu comme le paternalisme envers les chômeurs, tu vois? -_-