« J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils. »
Avocat, universitaire, essayiste et homme politique français, Robert Badinter s’inscrit au barreau de Paris en 1951, il débute sa carrière d’avocat comme collaborateur d’Henry Torrès. Il soutient une thèse sur les conflits de droit aux États-Unis et réussit l’agrégation de droit en 1965. Le procès le plus célèbre où il intervient est certainement celui de Patrick Henry, meurtrier d’un garçon de sept ans en 1976. Grâce à sa plaidoirie contre la peine de mort en 1977, il sauve la tête de Patrick Henry, ce dernier étant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. C’est le commencement de la fin pour la peine capitale. Ancien président du Conseil constitutionnel, il est principalement connu pour son combat contre la perpétuité réelle et la peine de mort dont il obtient l’abolition en France le 30 septembre 1981 en tant que Garde des Sceaux, pour la dépénalisation des relations homosexuelles entre majeurs de moins de 21 ans, et surtout comme auteur du nouveau Code pénal.
Lorsqu’il publie son roman Idiss, en 2018, Robert Badinter confie : « J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. (...) Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils. » Il s’agit aussi d’un cri d’amour pour ses origines slaves et juives, une façon de rendre hommage aux souffrances et aux combats des siens. Quel bonheur se doit être que de voir reproduite ainsi, de si belle manière, la touchante histoire de sa grand-mère.
Idiss Rosenberg est née en 1863, à Kichinev (aujourd’hui en Moldavie, précédemment en Bessarabie, entre la Roumanie et l’Ukraine actuelles) comme en témoigne l’arbre généalogique qui ouvre l’album. La destinée d’Idiss commence alors qu’elle élève tant bien que mal ses petits sans son mari bien-aimé, qui combat dans l’armée du Tsar. Le retour de son mari, leur vie au quotidien sont une occasion de mêler petite et grande histoire, avec une véritable ode à la culture yiddish.
A travers le parcours de cette famille, on redécouvre Paris au début du 20e siècle, la naissance du quartier du Marais, la Première Guerre Mondiale, la montée des Nationalismes en Europe... C’est aussi l’histoire d’amour entre Charlotte, fille de Idiss, et Simon, les parents de Robert et Claude Badinter, leur ascension dans le Paris des Années folles, et le soin constant apporté à l’éducation de leurs fils, qui visent toujours l’excellence, jusqu’au drame de la Seconde Guerre Mondiale.
Richard Malka et Fred Bernard s’approprient l’histoire d’Idiss avec passion, pour la restituer en un roman graphique pétri de tendresse et de beauté. Chaque image nous parle, nous émeut, nous touche, tant par la finesse du trait que la profondeur de son propos. Une bulle d’émotion brute, une histoire universelle.
La version bande-dessinée du récit Idiss de Robert Badinter est une œuvre à la fois intime et universelle qui nous parle d’une trajectoire de vie humaine au cœur d’une grande Histoire. C’est le récit d’une famille juive face à la montée de l’antisémitisme en Europe, le récit d’une mère et grand-mère courageuse et l’histoire d’un monde disparu. On aimerait parfois plus de détails sur la toile de fond historique, mais ce n’était pas le propos du livre et ce ne sera donc pas le propos de la BD. Le dessin de Fred Bernard apporte de la luminosité mais peut ne pas plaire en fonction des goûts de chacun tant il est marqué de son esthétique.
Adaptation graphique du livre que Robert Badinter a écrit sur sa grand-mère Idiss, femme juive originaire de ce qui fut la Moldavie ensuite. On voit la montée de l'antisémitisme. On la suit dans sa fuite vers la France. L'importance de la famille. Un destin singulier, un récit que j'ai lu avec plaisir.
Une chouette BD sur une histoire finalement assez universelle d'une famille juive "russe". Un bel hommage à une grand mère qui a compté dans la vie de sa famille. Les dessins sont vraiment chouettes avec des couleurs vraiment belles qui rendent la lecture très agréable.