Quelle belle œuvre que ces carnets de rencontres réalisés par Emanuelle Dufour! En racontant sa propre expérience, l’autrice arrive à mettre le doigt sur un malaise et une certaine honte que bon nombre de personnes ressentent au Québec, résultats d’une rencontre qui tarde à véritablement se réaliser et de décennies de manquement en éducation.
D’abord, il faut le préciser, ce livre est sublime! Les illustrations sont d’une grande qualité et débordent de détails, au point où on en découvre de nouveaux chaque fois qu’on y revient. Les dessins, d’une réalité frappante, témoignent toujours d’une approche très respectueuse.
La démarche de l’autrice et de l’universitaire est aussi particulièrement intéressante, s’inscrivant hors des sentiers battus. Présenter une histoire, l’enseigner ou la faire comprendre par l’entremise de l’art et d’une œuvre graphique, plutôt que par une traditionnelle monographie ou des articles de périodiques, permet de décloisonner le savoir; de le faire sortir de sa tour d’ivoire, sans pour autant sacrifier sur la rigueur du travail accompli. C’est d’ailleurs tout à l’honneur de l’autrice de chercher à rendre cette histoire plus accessible à tous et à toutes.
Enfin, la force de ce livre réside aussi dans l’autrice elle-même, qui comprend les privilèges dont elle bénéficie et qui accepte de les confronter. De fait, elle raconte l’histoire à partir de sa propre réalité; à partir de son propre vécu et de son propre récit. Elle présente ainsi les voix autochtones sans jamais parler à leur place; sa démarche reste toujours honnête et grandement respectueuse, et aussi sans jugement. Le ton, d’ailleurs, n’est en aucun cas moralisateur ou condescendant.
Il y a évidemment encore beaucoup de chemin à faire vers la reconnaissance d’un passé colonial et une véritable démarche de réconciliation. Pour bien des gens, la « rencontre » avec l’autre n’a pas pu avoir lieu et les stéréotypes, ainsi que les vieilles croyances, sont souvent les principaux référents. Ce livre leur offrira l’occasion de mieux comprendre les perspectives et les voix autochtones, et de s’ouvrir davantage à leurs réalités.