Ionesco, en jouant avec la dimension sémiotique des mots ainsi que les formes habituelles du langage, présente leurs connotations subconscientes et leur capacité de produire des effets concrets dans «La Leçon». Ces effets, souvent destructeurs, présente le pouvoir violent et sadique des mots. C'est pour cela que l'on va s'intéresser aux pulsions de mort et de stimulation. Ces deux motivations encadrées dans les jeux de mots de la pièce, conduisent les comédiens à l'action entre la page 80 et la page 84. En empruntant des théories Freudiennes, que Jean-Yves Debreuille a décrites dans son article: «le ballet d'Eros et de Thanatos», on va analyser comment Ionesco nous révèle ce pouvoir des mots.
Généralement le professeur vouvoie l'élève, comme une marque de distance et de respect, la séparation avec cette disposition relève donc son coté dominateur . Il constate que «je vais te les arracher, moi, tes oreilles [...] ma mignonne». La violence combinée avec le tutoiement et la phrase affectueuse «ma mignonne» est frappante . Cette juxtaposition présente ses volontés paradoxal; il veut à la fois détruire et séduire l'élève, commençant par la destruction des barrières. De la même manière, Barbinta note qu'il nous présente un coté plus tragique de sa nature avec son changement de ton. De cette façon, Ionesco présente le professeur plein de remords après avoir tué son élève. Selon elle, «cette inconsistance [...montre que...] le personnage tragique n'est qu'un pantin dont une puissance irrationnelle tire les ficelles». Ici, l'utilisation des mots relève qu'il a était conduit par des pulsions subconscientes d'éros et de thanatos.
Ayant échoué de cacher ses pulsions érotiques derrière la sublimation du cours, le professeur essaie de séduire son élève en l'hypnotisant: Il lui répète le mot «couteau» et quelques verbes comme «répétez», «fixez», «regardez» et «prononcez». La répétition de ces mots la fait se concentrer sur le couteau et en rimant ces verbes il l'hypnotise «pour qu'elle se mette à sa disposition», selon Barbinta. L'assonance de «cou» et «teau», qui est répété par le professeur et l'élève, fait penser à des sons de douleur et de choc. Peut être, parce que le professeur blesse son élève avec sa voix «stridente» et en répétant «cou» et «teau» l'élève fait écho de cette création de douleur. Par contre, Debreuille l'interprète comme «une fellation symbolique» et c'est donc pour cela qu'elle touche des parties différentes de son corps en criant «cou» et «teau». Mais, je suis d'avis que la séance est plutôt métaphorique; une domination d'esprit, le professeur veut l'hypnotiser pour que son élève soit complètement sous son contrôle.
Le rythme de cette partie de la scène est élevé avec la répétition du mot «couteau» trente sept fois et la répétition des bouts de phrases comme «encore» et «nous n'avons pas le temps...». Font ces deux mécanismes du texte ajoute une vitesse angoissante pour le public, parce qu'on commence à s'inquiéter pour l'élève. Par contre, Barbinta constate que «sa monstruosité était absolument logique: l'élève s'est montrée rebelle au savoir, elle est tuée». Mais, il me semblait plutôt que ses déclarations de douleur niées combinée à sa naïveté, l'a rendait vulnérable. La phrase «le couteau tue», est l'accumulation de cette séance de torture et de la domination de l'élève. Elle a atteint la submission totale; de se faire tuer. Mais, ce qui est absurde et ce qu'il rend sa mort un non événement est le fait qu'il la tue avec la langage. Selon Emmanuel Jacquart, le langage «devient l'instrument d'un pouvoir abusif». On peut comparer cette idée avec les discours totalitaires qu'utilise le langage comme instrument de manipulation et d'incitation de la mort, ce que Jean Weisgerbe appelle «le tragédie du langage».
L'effet de ce jeu sur la scène est que l'élève devient de plus en plus dominée et par conséquent plus dégénérée. Ce dernier est reflété par la didascalie «l'élève doit être de plus en plus fatiguée, pleurante, désespère». Elle est évidemment rabaissée par le professeur, parce que «la pulsion érotique […] s'est inversée en son contraire, et est devenue pulsion thalamique». Ce que Freud appelle le «déplacement» un mouvement de sentiment face à des pulsions sexuelles. Par contre, le professeur devient de plus en plus autoritaire et puissant, comme si il y avait une sorte de transfert d'énergie à travers leur conversation.
La résultat de la nature tragi-comique de cette pièce est que le public là trouve d'abord amusante ,puis tragique, et après réflexion perturbante. Ceci est une caractéristique du théâtre de l'absurde; satire du culte. C'est le mélange du rire, de la réalisation de quelque chose de bizarre et finalement le malaise. La relation, donc, entre ces deux dynamiques, la scène et le public, est celle d'interrogateur et les interrogées. Ionesco veut qu'on se pose des questions,et non pas l'autosatisfaction. Il veut relevé l'absurdité sous-jacent de nos vies et nous force à la questionner. En quelque sorte c'est un questionnement de «nos vérités et obsessions fondamentales» et comment ils gagnent du pouvoir à travers nos mots.
En dernier analyse, Jacquart a constaté qu'il y a un certain «avilissement du langage» dans les pièces d'Ionesco, et je suis d'avis que cette «avilissement» est une sorte d'examen linguistique. Ionesco relève le double pouvoir des mots; le pouvoir des pulsions cachées à travers des mots et le pouvoir des mots d'avoir des effets concrèts. Ces deux pouvoirs permettent aux mots d'avoir des capacités de destruction et de création: ils peuvent créer des relations et véhiculer des connaissances mais également ils peuvent aussi inciter à la dégradation et la mort.