"Je suis un tenant de ce que j'appellerai le 'principe de difficulté' : mieux vaut être averti de la difficulté d'une tâche et la trouver facile que de la juger facile et d'échouer faute d'en avoir compris les difficultés. Peut-être le cas du chinois a-t-il quelque chose d'exemplaire de ce point de vue parce qu'il exige une conscience plus aiguë des problèmes à résoudre, et présente-t-il de ce fait un certain intérêt pour les non sinologues." Un sinologue parle de ce qu'il fait lorsqu'il traduit du chinois classique en français. Ces deux langues sont si différentes que le passage de l'une à l'autre exige une conscience particulièrement aiguë de ce que c'est que traduire. Ce passage représente un cas d'école et par conséquent revêt aussi de l'intérêt pour les non sinologues. Ils verront le sinologue au travail, car c'est à eux que Jean François Billeter s'adresse autant qu'à ses collègues. Ils découvriront quelques-unes des propriétés remarquables de la langue chinoise classique et, par contraste, certains traits propres au français. Ils découvriront surtout quelques très beaux textes chinois anciens, poèmes ou fragments philosophiques. Dans ces trois essais, qui sont d'une clarté lumineuse, l'auteur fait aussi quelques propositions sur le perfectionnement de l'art de traduire du chinois – ou de toute autre langue.
“Pensons par exemple à l'apprentissage d'une langue: nous commençons par la voir "tout entière devant nous", résistant à notre désir de nous exprimer; à mesure que notre maîtrise grandit, "nous n'en voyons plus que certaines parties", celles qui continuent à nous résister; enfin, nous la "trouvons par l'esprit" qui agit désormais "comme il l'entend" et suit de lui-même ses "linéaments naturels" : nous suivons ses règles sans plus y prêter attention. Nous exprimons sans effort ce qui nous passe par la tête. L'activité parfaitement maîtrisée crée les conditions de la liberté. Elle crée en même temps une sorte d'oubli: comme le boucher oublie son bœuf, nous oublions, en parlant, la langue que nous parlons.”
« On ne peut bien parler de l’art de la traduction sans parler de la beauté. Les mots “art”, “beauté” sont nécessaires. La beauté est un effet que l’on apprend à produire. Cela devra devrait aller de soi en matière de traduction [….] »
[…]
« Le génie du poète ne consiste-t-il pas, pour une grande part, à faire chanter la langue et donc faire chanter sa langue selon son génie particulier ? Et la magie poétique ne n’aît-elle pas du vertige qui nous saisit quand se manifeste en même temps cette musique et le sens de ce qui est dit, sans que l’un ne l’emporte sur l’autre ? »
Although often lengthier than needed, Billeter expresses finely the hardships of translation. As a polyglot layman, it was interesting to read the parallels between translation and interpreting music, but many of the strongest thoughts appear from other authors.