Ce petit livre aux chapitres brefs mais denses requiert une (re)lecture attentive.
Toutefois, les esprits vaillants y trouveront une récompense à la hauteur de leur effort.
Il s'agit d'une "enquête" généalogique sur qqs facettes constitutives du 19ième siècle parisien, tels que les passages, les expositions universelles, la haussmannisation, le socialisme utopique, la Commune, le flâneur, la lutte des classes... Le propos ne se limite donc pas seulement à qqs observations perspicaces sur Paris. Cette ville fonctionne comme le miroir d'une réalité autrement plus vaste: celui où se reflètent les fondements de notre modernité même.
Cette enquête prend la forme d'un magnifique collage où se mêlent des citations, de l'exégèse poétique, de l'histoire politique, de l'urbanisme, des analogies surprenantes... Autrement dit, W. Benjamin mobilise toutes les (res)sources qu'il juge utiles à son propos. Le résultat est un assemblage osé et savant qui est couronné par de nombreuses intuitions géniales.
Le but avoué de cet ouvrage est de déconstruire certaines "fantasmagories" qui déterminent notre conception de l'histoire. Afin de contrebalancer une version des faits qui les présenterait comme inévitables et immuables, Benjamin s'efforce de montrer que l'histoire est construite, et qu'elle est donc ouverte à d'autres alternatives.
Et s'il est vrai que qqs unes des plus belles utopies n'ont pas su s'imposer, et semblent donc pour de bon reléguées dans le passé, elles n'en gardent pas moins leur potentiel radicalement libérateur. Autrement dit: bien qu'enfouies sous leurs propres cendres, ces utopies attendent simplement d'être redécouvertes pour illuminer notre présent, et jeter à bas les murs du fatalisme historique.