[ coup de cœur ] Un livre lu d’une traite ou presque, tant il m’était impossible de le lâcher.
C’était la première fois que je rencontrais le style de Louise Mey, et aussi la première fois que je lisais un thriller écrit par une autrice dont je savais auparavant qu’elle est ouvertement féministe. La thématique ne m’était pas inconnue non plus : La Deuxième femme mérite des content warnings. Relation abusive, violences conjugales, violences sexuelles. Ces sujets sont le sujet du livre.
On rencontre Sandrine, qui ne s’aime pas beaucoup mais qui va mieux depuis qu’elle a rencontré « l’homme qui pleure », celui qui a redonné une couleur à sa vie. Cet homme n’aura pas de nom, jamais. Il n’aura que ses actes pour le définir. Elle s’attache à lui parce qu’il pleure, et il ne pleure pas pour rien : sa femme, la première femme, a disparu. On a retrouvé ses vêtements, elle est présumée morte. Cet homme a un fils, et ensemble avec Sandrine, ils recomposent une famille. Jusqu’à ce que la première femme revienne. Pas morte du tout, mais amnésique. Et que cela mette l’équilibre très précaire de la vie de Sandrine en péril.
J’ai aimé : les meufs. Il y en a plein, elles sont fortes et fragiles et elles font de leur mieux et elles sont humaines. J’ai aimé leur sororité. Sandrine et ses failles m’ont brisé le cœur. Le petit Mathias, c’est assez rare que je m’attache aux enfants dans les fictions car je les trouve souvent mal écrits, quand ils ne sont pas les protagonistes de l’histoire. Mais là, cet enfant, il m’a émue et attrapée aux tripes. J’ai aimé la subtilité glaçante du point de vue de Sandrine, écrit avec une maîtrise du sujet louable et une immense empathie. J’ai aimé l’oralité du style, au début c’était un peu déroutant, ces litanies et ces répétitions, mais au bout de quelques pages je me suis habituée et j’étais dans la tête de Sandrine.
Je n’ai pas de reproche à faire à ce livre. Il réussit le tour de maître de faire passer des messages sans être lourdingue, il se lit comme les meilleurs thrillers, et il est très émouvant.
Au-delà de son propos politique, je salue son existence, après des années à lire des thrillers où les violences subies par les femmes ne sont que des mécanismes, que des prétextes, et où lesdites femmes ne sont jamais les sujets des histoires et ne sont que des victimes. La Deuxième femme est la preuve qu’il est possible de parler de violences faites aux femmes tout en faisant d’elles les agentes de leur propre histoire, avec beaucoup d’humanité.
C’est une lecture qui peut être dure et qui peut réveiller des traumatismes donc je la conseille chaudement, mais avec aussi beaucoup de bienveillance envers les femmes concernées. Take care.