Féminisme et religion sont-ils mutuellement exclusifs, voire irréconciliables? Devons-nous absolument vivre des déchirements autour de ces enjeux fondamentaux ? À l’heure des tensions que l’on connaît en Occident et de la hausse des discriminations liées aux signes religieux, tout porte à croire que oui. Dania Suleman pense plutôt le contraire. Avec cet essai bref et brillant, écrit dans un souci de vulgarisation, elle saute dans l’arène dans le but avoué d’amorcer une réconciliation.
La coexistence de la liberté de religion et de l’égalité des sexes est une question sensible qui n’est pas sans comporter de pièges. Dania Suleman sait les éviter pour nous mener ailleurs. Là où il est possible de reconnaître la dimension patriarcale des religions à travers l’histoire, mais du même souffle, le rôle qu’elles jouent dans l’intégration sociale de la population immigrante. Possible de constater que les tribunaux canadiens savent faire la part des choses pour protéger les femmes, sans hiérarchiser ces droits constitutionnels. Possible d’explorer le travail des théologiennes féministes postcoloniales qui revisitent les textes sacrés. Une réflexion salutaire puisant à la sociologie, au droit et au féminisme, qui vient revaloriser l’autonomie et la liberté des femmes tout en offrant un point de vue incarné sur l’identité religieuse. Et surtout, qui peut contribuer à apaiser les fractures sociales.
4.5 Un essai très pertinent et nécessaire. J’ai entendu parler de ce livre grâce au passage de Diana au podcast de Jay Du Temple et j’ai adoré son entrevue. Je conseil autant le podcast que le livre. J’ai vraiment été confronté sur mes valeurs et cela m’a vraiment ouvert les yeux sur une autre réalité. Je crois que tout le monde devrait le lire afin de mieux saisir le féminisme et la religion, particulièrement au Québec.
Soyons clair ; j'ai vu ce livre au Salon du Livre de Québec et je l'ai pris pour la seule et bonne raison que j'avais conscience de mes propres préjugés sur la question et je voulais m'en défaire. Bien que j'étais déjà contre la loi 21, reste que j'étais sceptique face à la relation religion/féminisme. Sans nécessairement m'attarder au port du voile, c'était plutôt une question des textes religieux qui sont pratiquement tous patriarcals et misogynes. Mais, ce texte m'a outillé et m'a fait prendre conscience de la nature colonisatrice et paternaliste de mon dédain de la religion. Je me pensais une meilleure féministe parce que j'étais athée, mais c'est loin d'être le cas. Tout d'abord, l'autrice est avocate, donc le livre, malgré sa longueur, est parsemé de cas canadiens et québécois (jurisprudence) et elle met constamment les lois et règlements en relation avec la Charte. C'est très bien verbalisé et simplifié et j'aurais compris même sans avoir étudié en droit. Suleman remet en question l'argument de la «neutralité» de l'État quand elle mentionne que si l'État voulait vraiment des enseignants et enseignantes neutres, il y aurait des uniformes. Au final, un look hippie et des cheveux colorés m'en disent beaucoup plus sur une personne qu'un hijab. Elle remet aussi en question les «accomodements raisonnables», en précisant que ce sont les chrétiens blancs qui en demandent le plus et que on ne peut pas prétendre à la laïcité de l'État quand on a congé national pour Noël et Pâques. Suleman argumente aussi de façon brillante que, comme les talons hauts ou les jupes, des symboles d'oppression de la femme peuvent être récupérés par celles-ci comme signe de résistance et d'agentivité. Bref, je sens que mes questions ont toutes reçues des réponses et que ça donne enfin la parole à une femme féministe ET religieuse. Toutes les féministes, mais en général, tout le monde, devraient lire cet essai ou écouter le podcast qu'elle a fait avec Jay du Temple du moins (je ne l'ai pas écouté, mais j'ai vu que ça existait à travers les autres reviews si certain.es préféraient ce format). :) 9.5/10
Je donne 4 1/2 étoiles simplement parce que c’était court, mais c’est très bon! Je recommande fortement, surtout si vous en êtes à vos premières lectures sur le sujet.
Court mais dense. Fait État de la jurisprudence canadienne sur les religions, et les perspectives sur la loi 21. Je trouve cet ouvrage très intéressant bien qu’il n’amène rien de nouveau. Certes, il rappelle les fondamentaux sur les questions anthropologiques notamment liées à l’ancrage du féminisme au sein de chaque société. Mais vu que ce n’est pas encore acquis pour beaucoup, je trouve ça pertinent de ré expliquer qu’il est totalement naïf de croire qu’il n’existe qu’un seul féminisme universel. Je ne suis pas canadienne, donc j’ai trouvé ça un peu singulier (je parle de la jurisprudence). Mais se lit super bien :)
Un des meilleurs essais que j'ai lu jusqu'à maintenant! Clair, concis et accessible. Les idées sont très bien documentées, avec des études de cas (comme la loi 21 et bien plus!) et des références super intéressantes. J'en ai fait le plein de découvertes. En bref, c'est un bon essai qui rappelle la multiplicité des féminismes et le livre idéal pour qui veut s'initier aux questions féminisme-religion. Quelques extraits: « Nous devons accepter que la résistance aux normes patriarcales religieuses puisse prendre des formes qui passent inaperçues à nos yeux. » p.101
« L'obsession du gouvernement face à " l'apparence de neutralité " relève d'un manque de sobriété intellectuelle. L'absence de signe religieux ne rime pas avec neutralité. Personne n'est neutre. Aucun vêtement ne l'est [...]. Nous somme toutes et tous des êtres biaisés, positionnés, subjectifs. Pour autant, nous exerçons nos métiers avec impartialité et jugement. » p.71
Sur l'identité religieuse des immigrant.es de deuxième génération: « S'ils n'ont eux-mêmes pas vécus le processus migratoire, les immigrant.es de deuxième génération puisent dans l'identité et les valeurs religieuses de leurs parents afin de donner un sens à leurs propres expériences de stigmatisation, de discrimination, d'altérisation. » p.88
« Ce que certains chercheurs décrivent comme une identité "réactive" ou "défensive", d'autres le perçoivent plutôt comme un retournement du stigmate. » p.89
Quel essai intéressant qui porte à réfléchir à ce lien étroit et souvent tendu entre la liberté de religion et la liberté d’égalité entre les sexes.
En tant que croyante, je n’avais jamais vu ma foie comme un geste d’empowerment et c’est beau de voir l’autrice nous montrer également ce côté.
Étant contre la loi 21 dès le début des pour-parler, cet essai n’a fait que renforcir ma pensée à cet effet. Cependant, elle ne me donne pas pas le ton de la propagante donc quelqu’un ayant un avis contraire pourrait également trouver cela intéressant.
Il s’agissait d’une première lecture sur le sujet et Dania Suleman a su m’avoir des les premières page.
Une contribution essentielle à la compréhension générale d'un "problème" qui n'en est pas un. Un ouvrage qui déconstruit de manière succincte et rationnelle les contradictions socio-politiques et judiciaires qui sous-tendent le discours critique des accommodements, des signes religieux et de l'émancipation de la femme dans sa foi religieuse en Occident. Un ouvrage accessible et de qualité pour apaiser les incompréhensions qui animent le débat de revendications au Québec et dans tout l'Occident.
Coming from a beginner background in law, I found the work of Dania in breaking down the legal principles very chewable and current in addressing the legal trends on the topic of feminism and faith and also capturing the essence of a heated debate on equity, freedom and faith in a world where these concepts seem to collide instead of merge together into a balanced model.
Besides explaining the evolution of the right to freedom of religion in Canada in a really clear and concise way, this essay describes feelings and experiences that I have never been able to verbalize, which involve aspects of multiculturalism, intersectional feminism, choice and community. Related to this book in ways I didn’t anticipate. Big recommend.
Ce livre est excellent. L’auteur souligne quelques contradictions dans nos cultures contemporaines entre la laïcité et la libération des femmes. Elle parle un peu de l’histoire de la laïcité dans l’Occident qui est intéressante aussi.
Fort et engageant. J’ai lu cet essai en quelques soirées après avoir vu l’auteure parler il y a quatre jours… Il discute des sujets importants et actuels, abordés avec tellement de nuance, complexité et sagesse.
Lecture accessible qui jongle avec bonheur avec les définitions, réconcilie des termes qui finissaient par s’opposer et ouvre la voie vers de nouvelles façons d’ouvrir les yeux. Féminisme à l’occidental, femmes et Femmes, religion et égalité. Dania Suleman a bien relevé son défi.
Oh que j’avais hâte de lire cet essai, et le moins que j’en puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue!
J’admire beaucoup l’autrice et son propos novateur, courageux et important par son intersectionnalité.
La partie juridique a intéressé la juriste en moi, mais c’est vraiment la partie sociologique qui m’a captivée. Les réflexions sur le port du voile, l’injonction à ne pas le porter en Occident, les diktats de la beauté, les différents courants des religions, toutes ces nuances ont tellement fait du bien à lire après une semaine marquée par la cacophonie médiatique initiée par le discours d’un député de l’Assemblée nationale sur la « création de l’Autre ». J’en ressors plus informée et plus portée à écouter avant de me former une opinion monolithique sur des sujets complexes.