second ouvrage consacré à la communauté parisienne de la Famille, mouvement religieux passablement sectaire et résolument consanguin dont l'existence a été révélée par plusieurs papiers journalistiques, et deux livres donc.
ce texte-ci m'a paru beaucoup moins marquant et fouillé que l'autre livre sur le sujet que je viens d'achever et qui ne me convainc que davantage en contraste, Les Inspirés de Nicolas Jacquard - sans doute le livre de Suzanne Privat aurait-il gagné à ce que je le lise en premier et non juste après l'essai beaucoup plus fouillé de son homologue journaliste, mais tant pis c'est ainsi la vie est injuste.
mon reproche principal envers ce livre concerne l'équilibre entre la façon dont l'autrice se met en scène et l'objet de son enquête. le texte se concentre en effet beaucoup trop sur la petite vie de l'autrice, personne contre laquelle je n'éprouve aucune animosité mais dont le quotidien ne m'inspire honnêtement pas grand intérêt, surtout si c'est pour nous parler de ses soirées coiffure trimestrielles avec ses amies et des petites habitudes de sa fille de dix-sept ans - pardon je m'étais juré de ne pas apporter de shade à cette critique mais je me vois bien obligée d'admettre que c'est mal barré.
j'ai également trouvé très déplacés les passages où l'autrice s'adresse directement à "Colombe", adolescente plus ou moins fictive appartenant à la fameuse Famille et dont l'autrice traque le profil Instagram en imaginant tout ce que la gamine peut ressentir et éprouver et désirer ce qui est honnêtement parmi les choses les plus glauques que j'ai lues la meuf a pratiquement trois fois son âge et on est censé trouver ça attachant et quirky qu'elle se pose des questions sur la secte à laquelle appartient Colombe tout en bavant sur la moindre de ses photos et en lisant ses commentaires ??? et certes, Colombe soi-disant n'existe pas, mais on ne m'ôtera pas de la tête qu'il y a eu d'autres Colombes de la vraie vie et d'authentiques comptes Insta stalkés et, si ce stalkage est quelque chose que je comprends complètement dans une démarche journalistique, il n'a pas à mes yeux à être romancé ainsi et lyricisé et dramatisé non je suis désolée c'est juste débectable sksksksk
de façon général, le point de vue de l'autrice est mal géré. de façon générale, et c'est une réflexion que je me fais de plus en plus au fil de mes lectures du genre, honnêtement on surestime beaucoup l'intérêt qu'il peut y avoir à savoir comment un.e journaliste a mené son enquête et fait ses différentes découvertes (vous vouliez connaître la couleur du cahier dans lequel Suzanne a noté ses infos ? non ? moi non plus et pourtant vous la connaîtrez, ainsi que celle des deux cahiers suivants). le plus souvent, ça n'est ni pertinent, ni amusant, ni surprenant, et ça n'enrichit en rien la teneur des informations que l'on découvre. pourquoi pas mentionner une ou deux anecdotes, mais de là à consacrer autant de temps aux recherches et supputations de Suzanne Privat qu'à ses résultats...
il y a en revanche toute une dimension absente du livre de Jacquard que Privat effleure (malheureusement de façon un peu succincte à mon goût) à la fin de son livre : l'impact que les récents articles ont eus sur la Famille, les conséquences que cet éclairage risque d'avoir sur le long terme, et sur les timides signaux d'ouverture que la jeune génération semble avoir entrepris. ça aurait été super intéressant que Privat creuse précisément ça, que le livre ouvre alors sa seconde moitié, mais malheureusement rien de plus que quelques pages et de nouvelles supputations - je reste toutefois contente que ça ait été abordé, parce que c'est à mon sens l'une des pistes de réflexion vraiment porteuses et vraiment signifiantes qui ressort de cette histoire. on a bien fouillé dans leurs archives familiales, on a bien étudié l'ensemble de leurs traditions, fort bien, et après ? quelles retombées pour ceux qui ont parlé ? pour ceux qui espéraient que la communauté tendrait vers plus de souplesse, et qui vont devoir payer le prix de sa probable rerigidification ? ça reste, pour l'heure, en suspens.