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Au fil des mois, des années, chacun gardant son rang, les rapports iront se rapprochant, à l'occasion d'un déjeuner au Sybarite, de conversations autour de Robbe-Grillet, de Claude Simon, de Duras, menées dans l'étroit escalier de la maison d'édition, haut et mince comme son patron. Ce premier roman passera inaperçu. Il faudra attendre le refus du suivant et la publication de Cherokee récompensé par le prix Femina pour que Jean Echenoz "fasse sa place en littérature". Cette place a évidemment peu d'importance dans cet ouvrage pudique, quand bien même l'écrivain sera couronné en 1999 du prix Goncourt pour Je m'en vais. Jean Echenoz masque ici son émotion pour mieux parler de Jérôme Lindon. Et d'apprendre ainsi que l'éditeur aime changer le titre des manuscrits, qu'il préfère le singulier au pluriel, qu'il a horreur des états d'âme, qu'il n'est pas un "père substitutif, confesseur ou thérapeute" mais demeure terriblement attaché à ses auteurs. Tout l'intérêt de ce petit recueil réside justement dans la pudeur. Celle de l'auteur, celle de l'écriture, dans ces à-côtés de l'histoire d'une rencontre, d'une relation peu ordinaire, entre un écrivain et l'une des grandes figures de l'édition, disparue au printemps 2001. --Céline Darner
72 pages, Paperback
First published October 4, 2001
Six mois ont passé et l'on peut trouver en librairie un petit livre de 64 pages, sans indication de genre, avec, comme tous les livres de Jean Echenoz, le liseré bleu et l'étoile qu'avait dessinée Vercors pour les Éditions de Minuit, et ce titre inédit Jérôme Lindon, comme si, et c'est peut-être vrai, le plus bel hommage qu'un éditeur puisse recevoir fût de devenir un titre de son propre catalogue, non pas un nom gravé sur un monument aux morts, mais une simple ligne vivante parmi tous les textes qu'il a fait naître pour qu'ils nous survivent.[...] Jérôme Lindon est l'essence même de ce qui liait Jean Echenoz à Jérôme Lindon : l'auteur porte un texte à son éditeur, parce que c'est ce que l'un fait de mieux, et c'est ce que l'autre préfère. (Jean-Baptiste Harang — Libération, 18 octobre 2001)
Puis les années qui suivent il ne m'appelle ni par mon nom ni par mon prénom, et puis, comme de temps en temps nous nous écrivons, un jour sa lettre commence par: Cher Jean. À partir de ce jour-là je me permets de l'appeler Jérôme. Jusque-là, il n'y avait que mon fils que j'appelais comme ça.
Ça s'arrête un matin gris, dans une rue de Trouville, le jeudi 12 avril 2001