Dans les épreuves et les violences du monde contemporain. l'invivable est la pointe extrême de la souffrance, de l’injustice, et du soin qui peut et doit y répondre. Mais qu’est-ce qui est invivable ? Puisqu'il exige immédiatement une action et un soin, comment s’en prémunir et le réparer? Judith Butler critique les normes qui rendent des vies « précaires » et « invivables » (depuis Trouble dans le genre), mais sans pour autant la lier à une philosophie de « la vie » ou du « soin ». Frédéric Worms, de son côté revendique un « vitalisme critique », pour lequel tout ce qui cause la mort relève de la vie, mais d’une manière différenciée selon les vivants, de sorte que « l’invivable » qui tue quelque chose en nous, reste littéralement vital et révèle la spécificité des vivants humains. Mais tous les deux voient dans la différence entre le vivable et l’invivable le fondement critique pour une pratique contemporaine du soin. Pour l’un et pour l’autre, le soin complet rendra la vie humaine vivable, « plus que vivante ». Il faut s’appuyer pour cela sur les pratiques concrètes des humains confrontés à l’invivable, les réfugiés dans le monde contemporain, les témoins et les écrivains des violations du passé. Ce sont eux qui nous apprennent et nous transmettent ce qui dans l'invivable est insoutenable, mais aussi indubitable, et ce qui permet d’y résister. Un dialogue transcrit et traduit d’une séance tenue à l’Ecole normale supérieure.
Premièrement repérer les critères permettant de définir ce qu'est une vie "vivable" et à quel moment celle-ci devient "invivable".
Ensuite, les facteurs rendant une vie vivable ou invivable : la mort de soi (ou du moins un sentiment de brisure). Cette mort de soi a une influence sur la capacité ou l'incapacité à témoigner de son expérience et à pouvoir s'en saisir comme moteur de créativité, ou à ne pas pouvoir le faire (pour des raisons multiples : impossibilité de pouvoir saisir le langage pour parler de ce vécu, relations de pouvoir et de domination sur des groupes marginalisés).
Enfin, le cœur du livre se concentre sur l'élargissement du concept de soin qui peut se définir comme tous les dispositifs permettant de rendre une vie "vivable", c'est-à-dire réellement vécue, et non pas uniquement être un.e "survivant.e", en se reconnaissant comme sujet dans la communauté que nous formons en tant que société (démocratique) et en tant qu'êtres humains. Cela passe par une reconnaissance globale de la nécessité du soin comme nécessité sociale établissant une relation égalitaire et fraternelle entre êtres humains (Worms) et par la reconnaissance politique des combats portés par des personnes dont la vie est vécue comme "invivable", marginalisées et précaires (Butler).
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Short and readable. I knew a bit more about Butler's position, but I found Frédéric Worms' thoughts (whom I must confess I've never encountered before) really interesting here. His attempt to revive Bergson and vitalism in a critical mode is very exciting to me.