Qui a le droit d’écrire ? Y a-t-il des paroles plus importantes que d’autres ? Que se cache-t-il derrière le geste même, la pulsion initiale de dire ou de raconter ? Dans ce livre hybride porté par une prose poétique foudroyante, Daria Colonna interroge l'épineuse question de la légitimité en littérature. Pour ce faire, elle plonge dans ses origines, explorant les méandres de la filiation à travers l'histoire de l'immigration de sa mère, de ses ancêtres enrichis par le colonialisme, de l'alcool et du sang qui courent dans ses veines et se répandent comme le désir de mourir et la soif de vivre. Il est également beaucoup question de violence, ici indissociable de l'amour qui s'y oppose.
Un très beau livre, qui oscille volontairement entre la confession ingrate et la profession de foi, qui pose des questions compliquées sur le legs et sur la légitimité de l'écriture. Un récit du milieu familial, ancré dans les paradoxes du milieu de la poésie, qui repose en partie sur l'idée qu'on ne pourra jamais empêcher d'écrire celle ou celui qui a décidé de le faire. D'une part, la voleuse va continuer à voler les vies des autres; d'autre part, la honte qu'on lui imposera (en l'accusant par exemple de ne pas avoir le background requis pour parler de pauvreté) ou qu'elle s'imposera à elle-même sera toujours au bout du compte un excellent moteur pour la création.
Ça me parle énormément, cette mise à l'épreuve de la volonté, comme une mise au défi, un ensorcellement à rebours: "Brûlez-moi", lance-t-elle dès les premières pages. Daria Colonna écrit des poèmes en prose qui nous forcent parfois à reculer d'admiration et parfois à nous rapprocher pour examiner la petite mécanique des oppositions, des oxymores, des ambiguïtés.
Par-ci, on reste muet devant la beauté des phrases, offertes gratuitement, comme par charité.
Par-là, on reste pantois devant la profondeur de la réflexion sur l'indigence pas simplement monétaire.
Et, comme ça arrive chez les meilleures, à certains moments, à certains endroits, il y a fusion entre les phrases et la réflexion, et ça prend tout son sens: oui, la honte transige de bien des façons, elle est là, elle guette, on se retourne une seconde et elle se sauve avec le magot. Faut juste être attentif pour voir à qui elle va le redonner.
(J'ai un mini-bémol pour la dernière partie, qui ressemble plus à une suite poétique standard, parce que je ne suis pas arrivé à l'arrimer parfaitement avec le reste. Mais cette suite, pour et en elle-même, est très efficace.)
Dans ce livre qui oscille entre poésie en prose et récit, l'auteure dresse un portrait diffracté, kaléidoscopique de sa mère, de sa grand-mère, de son père, de son beau-père et d'elle-même. Des questions de filiation, d'héritage, de douleurs, d'amertume, de violence et de sangs affluent ou surgissent à chaque pages, dans des petits éclats de verre sur lesquels on se blesse à notre tour.
Dès lors, la lecture de "La voleuse" est une expérience à la fois magnifique et terrible; l'écriture bat et pulse comme le coeur d'un oiseau qu'on tiendrait trop fort dans sa main. Colonna, je l'affirme, est une grande écrivaine. Cela dit, la littérature confessionnelle est pour moi à consommer à petites doses: je viens que je ne sais plus si je lis par empathie pour l'auteure ou pour apprécier le projet esthétique. Après, je dors mal, j'ai froid, j'ai le ventre en bouilli, je me sens monstrueuse, je cherche les recoins moelleux de mon canapé.
En lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à lire quelque chose comme un essai lyrique sur la démarche créatrice de l'autrice, mais il s'agit beaucoup plus d'un récit autobiographique poétique sur ses traumas d'enfance et la relation amour-haine qu'elle entretient avec sa mère. Il y est question de filiation, d'identité et de sujets difficiles, comme le suicide et l'alcoolisme; de sa pratique d'écriture également, mais plutôt de façon indirecte.
Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais, donc, mais c'était tout de même très intéressant! Le texte est classé poésie, mais se lit aussi comme un récit, dans lequel l'autrice se raconte et réfléchit à sa vie avec une honnêteté et une lucidité désarmantes. L'écriture est maîtrisée, et très belle! Une excellente lecture, pas très joyeuse, mais touchante et pertinente.
Vie de famille embrouillée, sauvée par l’adoration des mots, avec comme bouée Sylvia Plath. Langue exquise. Déchirures entre la violence et l’amour qui s’opposent et s’assemblent. J’ai beaucoup aimé, malgré la douleur.
« Je lui révèle mes insomnies comme une suite de terreurs interminables desquelles je m'extirpe sans pouvoir mettre le pied dehors ni même le doigt dessus. Je lui révèle mes nuits fulgurantes et les matins et les jours qui les suivent et qui me rendent trop optimiste, vivante: dangereuse. Borderline, ma belle. Et elle m'enlace dans ces moments, avec cette passion calme qu'on offre à son enfant quand on sait qu'il a tout hérité de nous. »
«À ma mère j’en veux d’être restée auprès de cet homme et d’avoir pleuré dans la salle de bains, en cachette, promettant à sa fille la séparation, la liberté, mais changeant, le lendemain, son fusil d’épaule: il y avait bel et bien deux camps. Un jour ma complice et le lendemain ma trahison, l’amour inconditionnel d’elle n’aura pas rendu son homme plus habitable. Ma mère est à la fois l’épaule et la ruine. C’est elle qui l’a dit, la première, de ne rien dire devant lui. De ne rien laisser paraître. »
J'ai trouvé qu'il y avait un peu de répétition et de longueurs par moments (faut être assez imperméable à la violence au début, ce qui n'est pas mon cas - TW suicide), mais à part de ça c'est vraiment un excellent livre, des réflexions d'une qualité exceptionnelle sur la mère, la fille, la figure du père, la famille quoi. D'une lucidité foudroyante et acérée.
Je sais pas trop quoi dire. J’ai eu besoin d’une pause après chaque page. C’est puissant, vulnérable, dark par bout, mais juste vrai. Le meilleur livre quebecois j’ai lu depuis longtemps. Je suis admiratif presqu’à l’amertume. Comment c’est possible d’écrire aussi bien?
« Je ne saurais dire pourquoi on paye si cher la beauté. Pourquoi nous sommes de ces êtres malheureux qui collent au réel comme la gommette bleue derrière les photos de famille. »
« La famille est une idée du dernier siècle à laquelle je m'accroche pourtant sans savoir pourquoi ni en quel honneur, comme s'il s'agissait d'un Dieu torturé davantage qu'absurde, et qui a joué dans ma tête jusqu'à ce que je me crois maudite et de mauvaise conscience, empoisonnée et bonne à rien, honteuse, toxique et ingrate. La fille de ma mère. »