Rue du Dragon Couché de Chi Wei-Jan est un roman policier qui se passe à Taipei dans l’autre Chine, celle de Taiwan.
Wu-Cheng a déménagé dans le quartier le moins populaire pourri de Taipei. La rue du Dragon Couché est en effet celle des pompes funèbres. Ce dramaturge raté ne s’est pas installé là par hasard. Il a voulu se mettre en retrait des vivants.
Mais bien qu’il vive chichement, il va quand même devoir gagner sa vie au bout d’un moment. Il décide donc de s’improviser détective privé indépendant. Une évidence pour lui qui adore les romans policiers. Il a d’ailleurs emménagé avec toute sa collection de livre dans son logement de la Rue du Dragon Couché.
En retrait des vivants et détective, il ne fallait pas longtemps avant qu’il ne croise des cadavres. Une personne âgée meurt dans le quartier, mais ce n’est pas (encore) son enquête. Il reçoit d’abord la visite d’une certaine Mme Lin, inquiète que sa fille ne parle plus à son père.
Une enquête anodine mais au cours de laquelle le lecteur va découvrir deux choses. La première c’est que même si Wu-Cheng n’a rien d’un détective, il fait preuve de suffisamment d’intelligence pour résoudre l’affaire qui lui est confiée. Deux, cette envie de s’isoler a tout l’air d’une posture et rapidement il développe des sentiments pour Mme Lin.
Il faut rappeler que s’il vit seul c’est d’une part parce que son couple s’est délité au point que sa femme est parti vivre au Canada, et que d’autre part, lors d’une soirée alcoolisée il s’est fâché avec ses amis théâtreux. Une engueulade au cours d’un repas à L’Ile de la Tortue qui a fait le tour de la ville. Bref, pas grand monde ne le respecte à part les quelques personnes avec lesquelles ils se lient dans sa nouvelle vie.
Mais Wu-Cheng va avoir un gros problème. Lui qui voulait vivre retiré du monde, lui que tout le monde ignore, semble être le seul dénominateur commun entre les meurtres qui se multiplient autour de son domicile. Il est le principal suspect de la police. Il commence à mener sa petite enquête, mais cela se retourne contre lui.
Rapidement, tout l’incrimine. Vidéos des caméras de surveillance et ragots divers ne font qu’abonder dans ce sens. Wu-Cheng est obligé de se faire une raison. Il est le personnage d’un complot ourdi avec beaucoup de soin et un seul objectif : le faire accuser de ses meurtres.
Wu-Cheng va donc devoir utiliser toute son astuce pour confondre le meurtrier qui a l’air de lui en vouloir à mort. Il va multiplier les erreurs et les errements au cours de son enquête. C’est sans doute le premier roman policier que je lis où le détective en sait aussi peu que le lecteur sur la manière dont mener sa barque. C’en est vraiment drôle.
Cela aide également à renforcer le suspense dans la Rue du Dragon Couché. Dans ces conditions, qui peut en effet dire ce qui pourrait bien arriver.