aujourd’hui j’ai voulu taper dad qu’autocorrect a remplacé par sad et j’ai pensé et si c’était ça la vie je m’excuse je pouvais pas venir à ton party à cause de mon sad connais-tu mon sad ?
Marcela Huerta réfléchit, dans Tropico, à la position instable qu’elle occupe en tant qu’immigrante chilienne de deuxième génération. Avec une poésie à la frontière du récit, l’autrice dissèque crûment sa relation avec son père défunt, figure de proue d’un passé, d’une histoire et d’un pays insaisissables. Marcela Huerta habite et écrit à Montréal. Elle est la fière descendante de réfugié·es chilien·nes. Son travail s’intéresse à leurs histoires et aux histoires que racontent d’autres voix marginalisées. Tropico est son premier livre.
Une image d'une puissante incommensurable qui ne me quittera jamais: la mère de la poète en pleurs dans la cuisine —mais "elle n'est pas en train de hacher des oignons" elle pleure parce que Pinochet est mort—, la mère "se tient au-dessus de l'évier et dit: je voulais charcuter ses mains en morceaux puis lui faire jouer de la guitare, puis le pendre par les pieds et cracher sur son nez. Je ne le verrai jamais mourir de ma vie."
En peu de mots Marcela Huerta évoque et peint et photographie et donne à voir et à entendre et c'est rendu en français par Daphné B. de manière très délicate. Huerta, dans Tropico, arrive à franchir et transcender le trope de la sad girl en poésie non pas uniquement en raison de la diaspora qu'elle écrit et de la dictature à laquelle elle résiste en survivant à la mémoire des desaparacidxs, mais aussi par la sobriété de la langue qui n'a pas à se cambrer pour impressionner — et qui l'a très bien compris.
" cinq pointes argent sur le dessus de ton chapeau on te demande encore si tu es une petite star communiste déchue non c'est que c'est pour tous mes enfants mais tu en as juste quatre oui, c'est que c'est une longue histoire et la lumière est déjà verte"