Sans le savoir, Camille et Jérémy marchent l'un vers l'autre depuis leur naissance. Devenus adultes, ils s'aiment sans parvenir à être heureux ensemble, Jérémy s'efforçant de cacher à Camille les ombres qui le hantent. Le jour où Camille lui confie le désir de porter leur enfant, Jérémy ne parvient plus à tenir debout face aux possibles sur le point de s'écrire. La perspective de devenir père convoque lentement toutes les morts, car comment donner la vie quand on peine soi-même à trouver sa place parmi les vivants ?
(Dis moi où tu as mal, je te dirai pourquoi. Et si j'ai mal partout et nulle part à la fois, comment on fait? Si c'est dans la tête que ça heurte, dans les souvenirs, dans le ventre, dans les voix qui enflent la nuit tombée? C'est possible de nettoyer son passé, gros coup d'éponge sur l'ardoise pourrie? T'as un médicament pour l'aimer, la vie? Demande moi où j'ai mal, et je me perdrai dans les flammes.)
Je lis Antoine Dole depuis plus de dix ans maintenant. Je lisais ses mots sur MySpace, puis je l'ai suivi dans les recueils de nouvelles, dans la BD le manga les albums et les romans. Tous les âges, tous les publics. Je suis entré chez les Grands avec ses textes sous le bras, comme des boucliers, des paratonnerres, des guides que pour la vie soit plus simple. Les textes d'Antoine ne sont pas des parcours de santé. On s'y perd, on s'y écorche, on s'y accroche désespérément. On y rencontre des cailloux et des échardes, mais aussi des pelotes de laine et des silences qui font disparaître la tristesse. "Six pieds sur Terre" ne fait pas exception.
J'ai terminé ce livre le 2 juin, à 23h32. J'en ai gardé une trace, comme à chaque fois.
Je laissais derrière moi Jeremy et Camille, leur amour, leur haine, leurs ombres. Je laissais les lits vides, les cauchemars, les nuits aux grands yeux ouverts, les enfances comme des miroirs cassés. Ces deux personnages ont mal, se font du mal, en veulent encore, n'en peuvent plus. Et ça pourrait suffire. Jusqu'au désir d'enfant. La création d'une vie. Mais comment c'est possible de mettre un gosse au monde quand tu ne sais pas toi même comment y vivre? C'est là que tout commence. La cartographie de la douleur, le sinueux chemin vers la lumière, trouver des mots à poser sur ce qui ne se dit pas. S'acharner, abandonner. Et apprendre, peut-être, à se laisser aller.
"Six pieds sur Terre" est une déflagration. Pour le lire, il faut être prêt à encaisser les coups. Mais ça te permettra sûrement de comprendre l'invisible. De comprendre ce qui ronge et craquèle tellement de gens, à l'intérieur. La maladie mentale, le trauma, c'est un rat qui décide de s'installer dans ta tête avec la ferme intention d'y rester. Et ce livre, c'est une porte ouverte vers l'intime et le brisé, un poing qui se referme sur la gorge de ce rat et lui dit "tu ne gagneras pas."
La sortie, c'est aujourd'hui. Dans une nouvelle collection de chez Robert Laffont nommée l'Incendie, dirigée par le grand Glenn Tavennec. Si tu ne l'as pas encore compris, je te conseille d'y aller. T'auras le cœur chamboulé, mais différent.
J'étais curieuse de lire le roman de l'auteur de Mortelle Adèle et c'est franchement pas mal : 2 histoires personnelles, 2 personnes marquées par leur passé, 1 histoire de vie
ARRÊTEZ TOUT. J'ai trouvé mon coup de cœur de la rentrée littéraire 2021.
Quelle claque monumentale. Six Pieds sur Terre, c'est un cyclone de chaos qu'on se prend en pleine gueule et duquel on devient rapidement accro.
Camille et Jérémy sont des héros incroyables, tellement profonds qu'ils pourraient s'échapper du papier d'un instant à l'autre. Leur psychologie est tellement poussée qu'il va me falloir un peu de temps pour me détacher d'eux. L'auteur parvient à créer un véritable cordon ombilical entre ses protagonistes et nous. C'est absolument remarquable.
L'écriture d'Antoine Dole est poignante au possible. Les phrases s'entremêlent de façon à nous piéger dans le récit, j'ai quasiment lu son roman d'une seule traite. Les émotions qui émanent de cette histoire possèdent une force gigantesque. C'est frappant, bouleversant et incandescent. Le rythme est percutant, tout s'enchaîne avec une justesse prodigieuse et fascinante.
Foncez vous l'offrir à la sortie, vous méritez de découvrir ce tourbillon aussi dévastateur qu'inoubliable.
J’ai aimé suivre Camille et Jérémy depuis leur naissance ou presque : enfant, à 15 ans puis plus tard.
J’ai été intriguée par cette tâche au plafond qui ne cesse de grandir.
L’histoire de Jérémy m’a parlé, même si la mienne n’est pas totalement identique.
Une lecture qui m’a mis des poisson d’eau dans les yeux et m’a un peu permis d’y voir plus claire.
Des citations :
Il a ce pouvoir, à force de nuits de larmes et de désespoir ami, de plonger dans les ténèbres et de savoir en ressortir. (p.189)
On se faufile. On évite. On esquive. Oui, on fait ce que l’on peut avec ce que l’on a. On fait avec les autres, le mal qu’ils nous font, la peine qu’ils nous infligent, leur souvenir en nous. On garde leurs empreintes. Un jour ils font partie de nous. On n’en souffre plus. Ce n’est pas facile, ça ne le sera jamais. Mais ça vaut tout ce mal qu’on se donne. Se sentir plus vivant que mort. On mesure l’un et l’autre : cette part de ténèbres en nous et ce qui la soulage. Jusqu’à une certitude. Une infime et intime vérité qui transperce le voile obscur. La force qui traverse ce monde. L’énergie qui l’emporte, le secoue, le bouscule et l’agite. Et soudain le calme qui l’éclaire. (…) Et sans l’avoir vraiment voulu, sans y avoir pensé, sans savoir comment, on se teint debout, la main dans quelque chose de plus grand que sa douleur. (p.251-252)
C’est dingue ce qu’une brèche peut infliger de dommages et d’avaries. Jusqu’à ce qu’on la trouve, qu’on la nomme, qu’on fasse le nécessaire. (p.254)
L’image que je retiendrai :
Celle de Camille toujours présente avec Jérémy, quelque soit ses rebuffades.
Un petit livre de de 220 pages. Mais tellement lourd par ses sujets et la profonde tristesse qui s'y tapie. C'est l'histoire de Jeremy et Camille. Tous deux cabossés par la vie, sortis secoués d'une enfance difficile dont l'un a gardé colère et rage et l'autre lumière et douceur. Ils forment un couple bancal, toujours menacé par la noirceure qui entache le ciel de Jeremy et retenu par l'amour tendre de Camille. Le livre parle d'amour, de maternité, de famille et surtout de dépression. On y rumine beaucoup. On broie beaucoup de noir. On sent le vécu. C'est dur.
L'histoire de Jérémy et Camille n'est pas une comédie romantique même si quelque part ils étaient peut-être destinés à être ensemble. J'ai parfois dû mettre ma lecture en pause car j'ai été émue. Émue par les mots de l'auteur, on est presque face à une longue poésie. C'est beau et c'est émouvant et j'espère qu'il va rencontrer le succès qu'il mérite.
Tous les éléments étaient réunis pour que ce soit un coup de cœur ou au moins une de mes meilleures lectures de l’année. C’était finalement une lecture plutôt bonne mais qui ne marquera pas mon année de lecture…
Les thèmes abordés (relation familiale, relation amoureuse, dépression, deuil, désire d’enfant) sont des thèmes que j’aime lire ! L’approche introspective m’attire également dans mes lectures. Mais je dois dire que j’ai eu du mal à être pleinement dans l’histoire…
Le rythme d’alternance entre les points de vue des 2 personnages principaux ne m’a pas convaincue ; le point de vue omniscient du narrateur met davantage l’accent sur le ressenti de Jeremy. Camille passe alors au second plan une grand partie du récit. Pourtant, j’aurais aimé que ce personnage soit davantage travaillé, il y aurait tant à dire sur ses mécanismes psychologiques, son évolution et sa vision des relations. Je trouve donc qu’il y a un réel déséquilibre entre l’importance accordée aux ressentis de Jeremy et celle accordée à ceux de Camille pourtant cette alternance de sous-chapitres Jeremy/Camille laissait à croire que l’on explorerait autant l’un et l’autre.
Je trouve également que certains moments ne sont assez détaillés ; l’annonce de la grossesse et les 9 mois de grossesse passe en quelques pages. Et au contraire, certains moments sont répétitifs sans pour autant apporter quelque chose à l’histoire. Évidement la pétition des sentiments et émotions traversés par Jeremy est importante pour illustrer la stagnation de son état mais je trouve que cela manque de relief. Relief qui aurait pu être marqué par l’introspection de Camille.
La fin est un peu facile et j’aurais aimé rester dans une fin un peu plus réaliste (la coïncidence pour que ça arrive réellement reste moindre). Je dois quand même dire que les moments de suspens sont bien écrits et les quelques rebondissements également.
J’ai tout de même beaucoup apprécié : - la métaphore filée de la tâche qui donne un sens très juste. - la manière dont les sentiments et émotions de Jeremy sont abordés. Les comparaisons choisis et le champ lexical employé amènent une harmonie et parfois même une poésie. - le contraste entre les deux personnages - la manière dont la question de faire un enfant est abordée au sein du couple (ce qui est dit, non dit mais pensé, ce que les attitudes expriment, etc.)
Pour conclure, malgré mes quelques déceptions, je recommande tout de même cette lecture
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