Une pièce empreinte d'empathie envers la condition d'immigré et les classes populaires : ouvriers, propriétaires d'estaminets douteux, habitants de logements sociaux, femmes au foyer suffoquant sous le joug du machisme de leurs époux et pères, etc. Les deux personnages, Giovanni et Addolorata, ne sont guère exsangues, ils sont vivants et nuancés, peints d'un trait précis et sensible propre à Marco Micone que je connaissais du Figuier enchanté. La pièce n'offre pas de réponses simplistes au drame qui sépare les deux époux. Celui-ci pourrait s'expliquer par leur condition de subalternes dans une société fondée sur l'injustice, mais aussi par le sort sisyphéen de tout humain qu'un élan juvénile vers le bonheur et la gloire transporte traîtreusement vers les contrées glauques du désenchantement. À moins que la jeune personne décide de se prendre en main et de poursuivre le voyage. On ne devient pas immigré pour embrasser l'immobilisme et le défaitisme. Si on a pris le parti du mouvement et du changement, c'est parce qu'on avait de l'espoir, de la foi et de la pugnacité. Plutôt que d'avaler la pilule, Addolorata se révolte et décide de tailler sa propre route, quelque insensé que cela puisse paraître aux yeux des Giovanni de ce monde.