pour avoir déjà lu quelques livres assez exceptionnels sur des adolescentes qui racontent un moment de leur vie où il ne se passe strictement rien (Elle a menti pour les ailes de Francesca Serra, De nouveaux endroits de Lucile Génin, ou un petit livre inconnu intitulé Bonjour Tristesse de Françoise Sagan), je peux me permettre de conclure en toute confiance que celui-ci n'est hélas pas à la hauteur de sa promesse, et que le problème ne réside pas dans son intention, mais dans son exécution. on peut écrire des livres palpitants sur l'ennui, et même de formidables livres particulièrement emmerdants (je veux dire, en soi, l'intrigue de Belle du Seigneur pourrait tenir sur un post-it de la taille de l'humilité de Macron), mais ce n'est pas parce qu'il ne se passe rien et qu'on saupoudre des petits adjectifs visuels çà et là que le texte devient automatiquement subjuguant et hypnotique et profond et sensoriel.
l'idée de se mettre dans la tête d'une adolescente de seize ans : pourquoi pas. mais on a ici affaire à un problème de placement, de ton : je vois bien que l'autrice adapte son style à ce qu'elle pense être le monologue intérieur d'une ado, mais à mes humbles petits yeux, ça ne prend pas, ces phrases courtes et répétitives et descriptives et abattues - d'autant plus qu'elles sont entrecoupées de scènes de fantasmes érotiques au vocabulaire si vieilli que ça ne me choquerait pas de le trouver dans des romances des années 70. (MON SEXE LAITEUX ???? VRAIMENT ?????? TU AS DU FROMAGE DE BREBIS DANS LA VULVE JUSTINE ????)
autre problème : on a plus d'empathie et d'affection pour Océane, l'adolescente disparue qui n'intervient à aucun moment du récit en chair et en os, que pour Justine, notre héroïne et narratrice. et je sais bien que seize ans, c'est le mélange parfait entre immaturité et éveil de la sexualité, mais ce mélange d'érotisme balbutiant et d'égoïsme geignant m'a paru très mal dosé, senti, présenté. +1 pour la description d'une jeunesse à la campagne qui est sans doute l'élément le plus saisissant de tout le roman, mais ce que le texte arrive à saisir en termes d'atmosphère et de poisseur et de langueur, il le dilue malheureusement dans des monologues intérieurs à répétition, une absence d'enjeu narratif réel - à part le fait de savoir si Justine va pécho le jardinier de ses parents, de 30 ans plus âgé qu'elle, youpi, what a thrilling story -, et surtout cette espèce de promesse suspendue et finalement jamais tenue, métaphore (si l'on veut) de l'adolescence et de ses attentes : "à un moment, ça va démarrer, enfin." eh bien non, ça ne démarre jamais. bon. pourquoi pas, mais c'est un peu maigre - surtout après presque 400 pages de descriptions d'air brûlant et de campagne vide.