Materena voudrait que Pito, le père de ses trois enfants, son compagnon, la demande en mariage. Elle rêve d'un beau mariage à la tahitienne, où elle arriverait à l'église en voiture, où les invités lui offriraient en cadeau un beau lit conjugal, et où un DJ s'occuperait de faire danser toute la compagnie à la nuit tombée. Mais Pito est plutôt fainéant, et ne voit pas l'intérêt de demander Materena en mariage.
Célestine Hitiura Vaite, auteure tahitienne maintenant installée en Australie, emmène son lecteur dans les rêves matrimoniaux de Materena. Sur son chemin, dans ses allées et venues entre son travail de femme de ménage professionnelle, ses visites à sa mère et aux cousins, et ses occupations d'épouse et de femme, Materena fait des rencontres, entend des histoires.
Il faut aller au-delà du quatrième de couverture pour découvrir un petit bijou qui nous vient de loin ; car l'important, ici, ce n'est pas l'histoire du mariage de Materena, mais bien une magnifique écriture du quotidien, qui transporte son lecteur au cœur de la vie tahitienne.
La douceur de l'écriture, sa naïveté, alliée à la simplicité de l'intrigue, amènent le lecteur à un sentiment d'intimité avec les personnages, et autorise même l'humour - ce n'est pas facile de rire en lisant, mais ce livre-là pourrait bien tenir le pari !
J'ai lu certaines reviews, autour de celle-ci, critiquer le livre comme n'étant qu'une "collection de vignettes". C'est vrai qu'il ne s'agit pas ici d'une intrigue suivie, mais je ne vois pas en quoi ce serait une mauvaise chose. Au contraire, la pratique du récit enchâssé, au-delà de son originalité, rapproche également le récit des aventures de Materena de la forme traditionnelle du conte, et apporte au lecteur une impression de réalité. Car qu'est-ce que c'est que la vie, au fond, si ce n'est qu'une collection d'histoires qu'on se raconte, qu'on nous raconte au fil de la journée ?
Et, pour une fois, chapeau à la traduction française. Très bien adapté, le rendu est parfaitement abordable.
Ma plus belle découverte de de début 2016, que je dois en partie au challenge du club de lecture francophone. L'Arbre à pain est le premier volume d'une trilogie, et il paraît que son deuxième tome est encore meilleur ; j'ai donc hâte de le découvrir. J'ai également hâte de lire plus de littérature tahitienne, tant ce premier roman pacifique m'a ouvert de nouveaux horizons.