c’est un livre intéressant qui apporte un autre regard sur l’obstétrique et permet de libérer la parole en mettant en lumière les atrocités que de nombreuses femmes subissent dans ces services ; il est cependant terriblement répétitif quant aux propos défendus et arguments donnés (chose que j’ai trouvé très agaçante), et j’ai eu la forte impression au cours de ma lecture que le but était presque non pas de dénoncer les violences obstétricales en elles-mêmes et de libérer la parole des femmes mais plutôt d’abattre le corps hospitalier dans sa globalité pour prôner l’accouchement à domicile ou en maison de santé (tout cela agrémenté de piques absolument risibles envers les obstétriciens particulièrement)
les violences obstétricales sont une réalité contre laquelle il faut lutter et les femmes étant les actrices mêmes de la naissance de leur enfant, il est nécessaire qu’elles aient la pleine possibilité de choisir les circonstances de leur accouchement.
il faut toutefois apporter quelques nuances au livre, comme dans la majorité des propos que l’un défend.
⁃ en ce qui concerne tout propos touchant aux violences, je tiens à préciser que je rejoins parfaitement l’autrice sur ce point là, de toute évidence. je condamne toute violence sexiste et sexuelle et mon propos n’est en aucun cas tenu pour minimiser ces traumatises vécus par de nombreuses femmes. sous aucune forme. nous devons lutter ensemble pour y mettre un terme.
premièrement,
l’autrice glorifie l’accouchement « naturel », avec une vision idéale. l’hôpital est alors fortement rejeté et un accouchement « naturel » - presque « animal », pour reprendre certains exemples donnés dans l’ouvrage - est prôné. parfois de manière catégorique, en diabolisant presque la péridurale (en insistant sur le fait que cette procédure est imposée, chimique, contraint la femme à rester immobile voire même la soumet au silence? mais mettant de côté l’immense soulagement apporté à celles qui la désirent?), voire même parfois de manière absurde, en comparant les douleurs provoquées par les contractions atteignant leur paroxysme aux crampes pouvant être ressenties par les sportifs…
⁃ cela dit, il est évident que je rejoins parfaitement l’idée défendue selon laquelle une femme est censée pouvoir accoucher dans l’environnement de son choix, préférentiellement serein, calme - pourrait-on dire, à l’opposé du tumulte des hôpitaux - pour pouvoir se consacrer pleinement au fait de donner naissance.
j’aimerais aussi pointer du doigt le fait que certaines affirmations scientifiques ne sont pas toujours parfaitement vraies. par exemple, pour défendre l’accouchement à domicile, l’autrice écrit que si des complications surviennent, la sage femme seule sera en mesure de les gérer ou bien de permettre à la patiente de rester dans un état correct jusqu’à l’hôpital. ici, nous avons l’exemple de l’hémorragie du post-partum : une complication certes rare mais grave, pouvant être mortelle. il est écrit qu’avec l’administration d’ocytociques, on pourra maintenir un état de santé satisfaisant jusqu’à l’arrivée à l’hôpital. or, j’aimerais souligner que l’atonie utérine est certes la première cause d’HPP mais pas l’unique, et que bien que les ocytociques peuvent faire tarir l’hémorragie dans ce cas de figure, parfois, ça ne suffit pas.
de plus,
l’accent est mis sur le fait qu’à l’hôpital les femmes sont toujours contraintes d’accoucher dans de terribles positions contre-natures : sur le dos, les pieds sur les étriers et dans une immobilité totale se liant à la douleur (il y a une certaine diabolisation de cette institution). or, de nombreuses sages-femmes - même en milieu hospitalier ! - permettent aux femmes d’accoucher dans les positions qui leurs sont le plus confortables, à savoir si elles le souhaitent : avec un ou plusieurs coussins, des ballons, divers objets même comme des cacahuètes ou des palets, à quatre pattes, accroupies… il est également nécessaire de mettre en lumière le bon travail que nos soignants mettent en œuvre, et cette part m’a un peu manqué dans l’ouvrage.
⁃ il est à noter cependant que le livre a été publié en 2018 et qu’il serait intéressant de voir un nouvel ouvrage portant sur la nouvelle génération de médecins et les éventuels progrès que l’on aurait fait sur l’apprentissage de la communication et du respect du consentement. également sur certaines pratiques hospitalières absolument révoltantes qui ne sont heureusement plus d’actualité (dans la totalité des hôpitaux de france, je l’espère).
il est réellement affligeant de lire à quel point ce livre véhicule une réelle haine envers les professionnels de santé, voulant les assassiner tantôt à guise de « il est bien connu que les obstétriciens ne pourraient concevoir qu’une personne doté d’un utérus le soit aussi d’un cerveau », « les obstétriciens ne savent pas que le bassin est composé de plusieurs parties » (vraiment délirant de lire une phrase pareille, on a jamais vu un médecin se faire insulter d’une manière si ridicule), ou d’accusations répétées envers les sages-femmes, puis même envers les anesthésistes, qui « ont mieux faire de s’occuper à faire tourner l’économie de l’hôpital plutôt que du bien être des patientes ». on lit une telle haine du corps hospitalier, une telle aversion qui dépeint ce dernier comme n’étant constitué que de personnes insensibles et n’ayant à leur charge non pas des patients mais des clients ! c’en est quand même aberrant et bien triste de lire ce genre de choses, et j’ai trouvé qu’un ton pareil faisait perdre de la crédibilité à l’ouvrage (alors qu’il y a des chapitres très pertinents, comme celui sur les violences obstétricales et d’autres qui l’ont suivi). il y a bien sûr des médecins et soignants qui font ce métier à visée alimentaire et qui n’apportent aucune considération envers les patients qui sont à leur charge mais je trouve sincèrement qu’il y a un immense manque de respect envers le personnel hospitalier qui se démène pour le bien-être de ses patients. car oui, ça existe et la structure hospitalière n’est pas qu’argent et corruption, n’est pas uniquement à visée de blesser les femmes et de les traumatiser lors de ces moments les plus intimes. l’ironie employée en devient souvent ridicule et c’est regrettable pour un livre qui se veut porteur d’une cause aussi noble.
il est néanmoins indéniable que certains propos dans le livre sont une réalité, comme l’expression abdominale qui est certainement loin d’être toujours nécessaire et pousse plutôt probablement à faire sortir le bébé au plus vite tout en faisant vivre une expérience fortement désagréable à la future maman. idem pour les épisiotomies qui étaient systématiques jusqu’à quelques années de ça, chose absolument révoltante.
également pour le sujet des césariennes, il y en a certainement beaucoup qui sont injustifiées et qui auraient pu laisser place à un accouchement voie basse. quant aux césariennes forcées en vue d’interdire un avortement… c’est à vomir.
ensuite,
j’ai apprécié la partie sur l’expérience de Milgram, qui était très instructive. bien qu’elle soit utilisée dans le contexte du livre, elle apporte une réflexion bien au-delà de l’obstétrique sur les violences perpétuées par des individus lambdas envers leurs confrères. le chapitre suivant sur les violences obstétricales était aussi très intéressant et montre la minimisation de ces dernières voire leur banalisation. tout cela visiblement malgré les nombreux papiers publiés par l’OMS.
comme on peut aussi le lire dans d’autres chapitres du livre, cette banalisation est aussi induite par notre société dans sa globalité, en l’occurrence l’entourage des femmes qui ont subi des VSS dans un contexte obstétrical. il est certain qu’il y a parfois une idéalisation du corps médical et qu’il est surprenant voire dérangeant d’imaginer un obstétricien violenter ses patientes (sûrement moins étonnant maintenant car la parole se libère, mais toujours aussi écœurant). je rejoins la comparaison avec l’idée que l’on se fait du violeur « typique », tandis que la majorité des violeurs composent l’entourage de personnes comme vous et moi. il y a également cette notion que j’ai trouvé très vraie, celle sur le regard accusateur que l’on peut porter sur une femme victime de viol, disant qu’elle l’a bien cherché, et l’accusation des femmes victimes de violences obstétricales en les culpabilisant de telle ou telle chose. comme si elles étaient responsables de ce traumatisme.
l’idée de M. Odent était également très intéressante, proposant de permettre à la femme de s’installer dans un lieu qui lui est confortable avec un médecin non loin dans la même pièce, pouvant lui apporter son aide si besoin. or, il est assez évident qu’il est impossible de mettre en œuvre un tel processus dans nos hôpitaux, qui s’apparentent fort malheureusement plus à une ruche qu’à un endroit de calme et de sérénité. les obstétriciens débordés ne pourraient se permettre de prendre le temps d’être aux côtés de la parturiente durant tout le travail, même si cela serait idéal pour la femme (ainsi que pour l’obstétricien, en réalité…).
tout ça pour dire que sans diaboliser la structure hospitalière en la pointant du doigt comme une enseigne qui vole l’accouchement des femmes de notre ère (même s’il est indéniable que ça a été le cas de trop nombreuses fois), je pense que oui, nous pouvons affirmer que toute femme a le droit de choisir la manière dont elle désire accoucher, chez elle, en maternité, avec ou sans anesthésiant, accompagnée par la personne de son choix, et actrice du parcours de soin si jamais elle en a besoin.
l’obstétrique a encore de nombreuses choses à apprendre, sur le plan médical bien sûr mais surtout des patientes. la communication et le consentement libre et éclairé de chacun est le pilier même du métier de soignant, bien que cette notion soit encore méconnue de certains professionnels de santé. pourvu que les violences obstétricales ne soient plus quelque chose de banalisé, qui se conte presque lors du récit d’un accouchement.
l’idée selon laquelle il est nécessaire de donner naissance à un hôpital réformé est omniprésente dans le livre et je la rejoins parfaitement. il serait sans aucun doute bien meilleur pour nos patients ainsi que nos soignants.
je veux croire qu’il s’agit d’un avenir possible.