Voilà bien longtemps que je n'avais plus lu de Christian Léourier (depuis la réédition de son Cycle de Lanmeur aux Éditions Ad Astra, il y a quelques années de ça). J'avais alors découvert cet auteur pourtant déjà chevronné de la SF française.
Une preuve de plus, s'il en fallait encore, que sorti de René Barjavel, un tout petit peu Pierre Boulle (pour ceux qui savent que La planète des singes est un roman français) et de Stefan Wul (et encore, uniquement pour Niourk) les auteurs de SF sont bien peu connus et mis en valeur...
Mais foin des vaines jérémiades !
Qu'est-ce que c'est-y que ce Lyre et le glaive ?
Il s'agit d'un roman de fantasy, prévu pour être un diptyque. Ce premier tome commence sans préliminaires, en plongeant le lecteur directement dans le récit. Il faudra attendre quelques chapitres pour en savoir plus sur les lieux où nous nous trouvons, les personnages du roman et les tenants et aboutissants de ce monde qui n'est pas le nôtre.
C'est du reste le seul gros reproche qu'on pourrait faire à ce roman : un début nébuleux, qui laisse le lecteur un peu perdu. Cela dit, quand on a lu un peu de fantasy, on finit rapidement par retomber sur ses pattes.
L'univers proposé est très riche, et est centré autour d'un panthéon polythéiste et d'un principe fondateur, sorte de Vatican local : l'axe divin, dont le siège est supposé occuper le centre du monde.
Nous y suivons les voyages de Kelt, dit "Bouche-d'or", un diseur de mots, sorte de mages dont la parole peut avoir des pouvoirs. En l'occurrence, Kelt ne peut dire que le vrai, ce qui implique une forme de parole prophétique. Parfois, les mots l'emportent sur son esprit et il délivre alors des phrases absconses qui finissent invariablement par se produire.
Je n'entrerai bien évidemment pas dans les détails, mais Kelt va se retrouver au service d'un puissant et être envoyé à droite à gauche pour y réaliser diverses missions.
Le personnage de Kelt n'est pas particulièrement attachant. Un peu autocentré, pas mal égoïste par moment, il n'inspire pas toujours la sympathie. Qu'on se rassure toutefois, il a aussi des bons côté : un franc parlé rafraîchissant, même en face de gens supposément plus "important" que lui, une certaine malice aussi, mais surtout, il a bon fond.
Je lui ai cependant préféré ses compagnons de route, un peu plus humains, mais je chipote.
La vraie force du roman repose pour moi dans son ambiance, ses intrigues politico-religieuses et sur sa cohérence d'ensemble. Je l'avais déjà noté en lisant les premiers volumes du Cycle de Lanmeur, mais Léourier est pour moi un Jack Vance francophone. Je lui trouve les mêmes qualités dans l'imagination de mondes, de sociétés alternatives aux nôtres...
Une lecture bien agréable, au final cliffhangesque, qui appelle nécessairement à la lecture de la suite.