Hystériques Trois femmes, quatre utérus. Il y a Noémie, qui désespère de tomber enceinte et se découvre malade de cet organe dont elle attend tout. Clémentine, qui renoue avec un souvenir dont seul son utérus a gardé la mémoire et qui va chambouler sa vie. Et Diane, qui se démène pour créer à tout prix le nid dont elle rêve pour ses enfants, après s'être débattue avec les suites d'un premier accouchement difficile. Elles sont soeurs, dans une famille où on ne parle pas d'utérus. Ni de sexe, de règles ou d'accouchement. Leur mère leur a transmis cette philosophie du silence. Face à un tel tabou, comment devenir femme, puis mère ? Dans ce roman choral, Sophie Adriansen donne la parole aux femmes pour questionner la maternité, la transmission et l'héritage. Un récit sincère, puissant, dérangeant et formidablement libérateur.
Un roman à la fois bouleversant et instructif, à mettre entre toutes les mains.
✴️Déchaînée, folle furieuse, fada, "elle a ses règles ou quoi ?", "Ça va bien se passer madame"...tant de phrases entendues pour qualifier les femmes d'hystériques.
Oui mais, dans ce roman, Diane, Clémentine et Noémie n'ont d'hystériques que l'étymologie latine. Hystérique, hystérie, hysteria...tout ramène à l'utérus. Cette organe caché, tabou et pourtant si malléable, si nécessaire et déterminant.
✴️Ces trois soeurs connaissent toutes les trois un rapport à la maternité difficile.
Diane a subi un accouchement barbare, une boucherie qui s'est finie dans un bain de sang à cause des violences gynécologiques qu'elle a subies. Point du mari, dévalorisation, honte.
Clémentine est enceinte de son deuxième enfant. Ou peut-être de son troisième ? Elle ne sait plus. Oui, parce qu'elle se souvient qu'à 16 ans, elle a fait un déni de grossesse. Qu'elle a accouché seule, la veille de son bac et qu'elle a abandonné son enfant. Et elle a tout oublié.
Noémie, quant à elle, se désespère de tomber enceinte. Et si elle faisait semblant ? Qui s'en rendrait compte ? Peut-être son utérus lui-même, en lui rappelant qu'à trop vouloir jouer, on peut en oublier l'essentiel.
Entre elles trois, Sylvianne, leur mère. Pour qui le mot utérus est un gros mot. Quel héritage laisser à ses filles, quand on voudrait se révolter, partager, informer mais qu'on n'a pas appris à transmettre et à parler de ça ?
✴️Entre la fiction et le portait de famille, l'autrice distille des informations capitales, des mises en garde et surtout, surtout, l'idée qu'il faut transmettre, parler et partager sur ce thème. De la connaissance vulgarisée mais non pas vulgaire.
Pour faire de toutes les hystériques des femmes fortes, qui prennent le savoir comme un nouveau pouvoir.
J'ai beaucoup aimé en apprendre plus sur la réalité des accouchements et toutes les épreuves à travers lesquelles peuvent passer les personnes possédant un utérus. Pour moi, Diane voulait tout faire pour ressembler à sa mère, afin de ne jamais la décevoir (même si on voit que tout ce qu'elle fait n'est jamais assez bien). C'est pour cela, à mes yeux, qu'elle a choisi de devenir professeure. J'ai beaucoup aimé que petit à petit on l'a voit s'éloigner de l'image que sa mère se fait de la femme parfaite. Elle fait les choses pour elle, pour son bien être, et bien entendu celui de sa famille. En apprendre plus sur les violences que peuvent subir les femmes lors de l'accouchement était très intéressant mais aussi terrifiant. C'est horrible de se dire que des personne peuvent intentionnellement te faire du mal sous prétexte qu'elles savent ce qu'elles font et qu'elles ont plus d'experience. Sur une note plus positive, j'aime beaucoup sa relation avec Romain, qui est très compréhensif et patient avec elle. J'ai juste trouvé dommage que par moment, il n'ose pas plus se mettre en avant. Clémentine, je l'ai adorée. Le fait que tout de suite on comprenne que ce n'est pas son objectif de plaire à sa mère m'a fait un peu pensé à moi. Elle vit au jour le jour sans se soucier des avis. Sami, son mari je l'ai bien aimé également et malgré ma déception face à sa réaction quand Clémentine lui a annoncé qu'elle avait eu un enfant avant d'être avec lui, je trouve que leur couple est très sain. Ils communiquent beaucoup et au final Sami n'a plus de réticence à abordé le sujet du 1er enfant de Clémentine et c'est même lui qui initie le sujet : j'ai adoré cette évolution. La rencontre entre Clémentine et Alban était touchante et même si on aura pas la suite de leur histoire, on ne peut que espérer le meilleur. Le détail de faire une chambre pour lui dans leur prochaine maison est adorable ! Enfin la dernière des soeurs, Noémie est celle qui m'a le plus touchée. Son parcours nous montre toutes les difficultés que peuvent rencontrés certaines personnes confrontées au cancer du col de l'utérus. Sylviane qui refuse d'être sa donneuse est un épisode en revanche très triste étant donné que c'est finalement la mère d'Antoine, donc sa belle-mère qui accepte et même propose d'être la donneuse. J'ai été très heureuse et rassurée de voir que finalement tout s'est bien passé pour Noémie lors de sa grossesse. Son envie également de devenir une personne à part entière, sans reproduire le schéma initié par ses soeurs est très touchant. Elle veut faire des choses que ses soeurs n'ont pas fait avant afin d'obtenir un minimum d'attention de la part de sa mère et je trouve cela triste. Et enfin, mon avis diverge sur leurs parents. J'ai adoré Jean-Jacques, qui place ses filles avant tout. On ressent bien qu'elles sont sa priorité, avant leurs mari et leurs enfants, comparé à leur mère, Sylvianne. Cette dernière ne prends jamais des nouvelles de ses filles. Elle ne supporte pas l'idée que l'une d'elle pourrait avoir un problème parce que cela signifierait qu'elle-même a échoué dans leur éducation. Je trouve cette manière de penser totalement stupide et ça à en réalité juste érigé un mur entre elle et ses filles, mur qui va être compliqué à abattre. Même si on comprends pourquoi elle est comme ça, suite à l'éducation qu'elle a elle même reçu, on voit bien que le changement, elle aurait pu le faire en observant l'éducation que donne Clémentine à ses filles : elle est très à l'écoute (principalement d'Agathe étant donné qu'Alice ne s'est mise à parler qu'à la fin) mais cela se ressent sur toute l'histoire. Voilà pourquoi je n'ai pas du tout apprécié le personnage de Sylvianne. L'histoire étant très bien même si j'ai mis un peu de temps à rentrer dedans. Les personnages sont très bien écrit et j'adore observer leur développement tout au long du livre :)
This entire review has been hidden because of spoilers.
Je suis l'autrice depuis des années sur les réseaux sociaux, je me suis donc sentie assez en confiance pour repartir pour une fois d'un shop d'aire d'autoroute avec un bouquin sous le bras, un peu à reculons vu l'épaisseur de mes préjugés sur le genre de littérature qu'on peut y trouver.
Et ça a été une bonne surprise! Dévoré en 3 soirées, l'épais volume de 500 p. se lit avec aisance. Pas de montagnes russes émotionnelles sensationnalistes et gratuites, l'autrice a su rester dans la nuance même si le "bingo de la maternité" est largement complété: chapeau.
Une certaine déception tout de même: les relations de couple, largement cis-het-bourgeoiso-franco-centrées, harmonieuses et faciles, lisses et relativement sans remous. Disons-le : personne n'y croit. :)
En bref, un ouvrage qui m'a donné envie d'en lire d'autres de Sophie Adriansen, et qui j'espère saura se faire apprécier par la personne qui le trouvera dans la boîte à livres où je m'apprête à le déposer.