Au fils des siècles, l'Homme n'a cessé d’espérer parvenir au bonheur véritable, une quête vers un idéal à l'apparence inaccessible. Dans cette conférence, André Comte-Sponville expose sa vision philosophique du bonheur. Tout en s'appuyant sur la pensée de grands philosophes, il partira d’Épicure pour qui, je cite ;
« La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse ».
Partant de cette citation, nous pouvons y discerner une certaine connexion entre la pensée de l'auteur et l'épicurisme. Pour les Épicuriens, la philosophie est une activité et une joie qui naît de la vérité, ou plutôt, qui naît de la modération de nos envies dans les bornes de nos besoins véritables. D’après cette doctrine, le bonheur réside avant tout dans l'absence de craintes et d'angoisses liées à l’excès de nos désirs dit « non-nécessaires et non-naturels ». C'est en limitant nos envies que nous pouvons éprouver une joie stable et permanente.
De ce point de vue, nous retrouvons ici des éléments similaires à ceux dicter par Comte-Sponville dans l'ouvrage, pour qui la philosophie serait la recherche du bonheur à travers la Vérité. De la sorte, contrairement à la croyance, la philosophie ne peut ni tromper ni décevoir, c'est un puissant modérateur substituant l’espérance par une force raisonnée qui améliore et soutient la vie de l'Homme.
Ainsi, selon ces opinions respectives, n'usant jamais de l'heure actuelle, le malheur de l'Homme viendrait de sa négligence à ne jamais jouir de l'instant présent.
De cette façon, la problématique se pose en ces termes ;
« Qu'est-ce que le bonheur et pourquoi, d’après l'auteur, ne pouvons-nous espérer l'atteindre ? » Voyons en premier lieu le rôle néfaste que peut avoir l’espérance dans notre quête vers le bonheur et, par la suite, comment peut-il s’avérer n'être qu'un vain espoir.
Tout d'abord, l'Homme porte constamment ses désirs sur un bonheur lointain, un idéal qu'il ne possède pas et qui le fait souffrir. En effet, nous désirons être heureux, mais l'espoir ne fait que traduire un manque qui, inévitablement, apporte la souffrance. D'autre part, l'objet de nos attentes une fois possédé, la valeur que nous lui portions auparavant fuit avec une égal rapidité pour inlassablement tomber dans l'oubli. Ainsi, toujours occupés de projets et d'espoirs nouveaux ; sans cesse distrait du présent et dépendants de nos désirs ; l’espérance creuse le vide de nos jours et fait place à l'ennui.
Par conséquent, tout comme l'auteur y fait référence dans l'ouvrage, l'enfant qui, à l'approche des fêtes de Noël, désir ardemment recevoir un jouet en particulier, ne cessera d'éprouver un sentiment de crainte et d'impatiente à l'idée de ne pouvoir encore le posséder. Il se dit qu'il ne pourra être heureux tant qu'il n'obtiendra ce jouet. Néanmoins, le jour de Noël venu et l'objet tant convoité reçu, l'imagination qui avait tant promis, se voit à nouveau contrainte à accepter l'ennui et la pauvreté de ce qui est. Le désir de l'enfant à présent éteint par la possession de son objet, son ancien caprice se verra rapidement remplacé par un nouveau besoin encore plus pressent.
D'autre part, toujours attachés là où nous ne sommes pas, il ne pourrait y avoir de joies, de plaisirs, que lorsque nous portons nos désirs sur ce que nous possédons déjà. De ce fait, nous pouvons désirer ce qui est, mais nous ne pouvons l’espérer ; le présent ne peut nous manquer. Espérer, c'est désirer dans l'attente, c'est désirer sans jouir.
De même, il dépends de nous et de notre Volonté de désirer ce que nous faisons. De ce point de vue, l’espérance est vaine ; nous pouvons espérer seul ce qui ne dépends pas de nous.
Espérer, c'est désirer sans pouvoir.
Enfin, nous sommes à même de nous réjouir de ce que nous connaissons, ce qui, d'un autre coté, ne peut être possible lorsque notre désir revêt l'ignorance de la situation et de sa finalité.
Espérer, c'est désirer sans savoir.
Dès lors, le véritable bonheur est sans espoir, c'est une succession presque continue et durable, où tout est à connaître, faire ou aimer. Le seul bonheur réel, est cette douce harmonie qui représente la vie du sage. N'ayant rien à attendre ni à espérer, il est sans craintes et, ne désirant que le réel, il ne peut être déçu. C'est un amour sans espoir ; un amour éternel.
En définitive, il n'est de bonheur durable que pour celui qui n'a besoin d'illusions.
L’espérance amène la souffrance de ce qui ne peut être apprécier, connu et maîtriser par notre Volonté. En opposition, l'amour vrai serait dans le plaisir même, dans la connaissance de ce qui est et dans l'action de l'instant présent.
Ainsi, je suis d'avis que la souffrance de l'Homme vient avant tout de son opposition entre ses espérances et la réalité de ce qu'il peut éprouver. Son être toujours occupé en dehors de lui-même, il souffre de cette dépendance et s’épuise dans le lointain. L'Homme vraiment heureux est désespéré, ses facultés sont limités afin de maintenir un équilibre entre ses besoins primaires et ceux qui l’empêche de suivre le chemin de sa propre nature.
Pour conclure ; jouir de ce que nous possédons, dans une réalité qui ne promet rien, mais ne déçoit jamais.