Ils sont une poignée, Ceux qui partent, au cœur de la foule qui débarque du bateau sur Ellis Island, porte d'entrée de l'Amérique et du XXe siècle. Jeanne Benameur orchestre cette ronde nocturne où chacun tente de trouver la forme de son propre exil et d'inventer dans son corps les fondations de son pays intime. Où l'arrachement se fait libération - envol. Où l'auteur de Profanes et des Demeurées signe son premier grand roman américain.
Certains des romans de cette auteure me parlent, d’autres pas.
Celui-ci fait partie de ceux que j’ai aimé.
Les personnages, dont le nombre augmente au fil des pages.
Le lieu : Ellis Island et New-York dans les années 1910.
Le récit qui se déroule sur une journée et une nuit.
J’ai aimé les personnages, tous différents, avec chacun leur passé plus ou moins douloureux, leur caractère impétueux ou doux.
J’ai aimé les lieux : Ellis Island quand l’île triait encore les migrants. Son administration, ses dortoirs, ses surveillants.
J’ai aimé Madison Square, le quartier huppé avec ses grandes maisons, ses familles issues du Mayflower très policées.
Si la nuit m’a paru un peu longue, j’ai préféré l’arrivée du bateau et l’amitié naissante entre Emilia et Esther.
J’ai aimé que le récit englobe peu à peu la vie des personnages autour d’Emilia.
J’ai aimé les couleurs que donne l’auteure aux vies de ses personnages.
J’ai aimé la façon dont l’auteure parle des corps, si important et pourtant si délaissés.
Un très beau roman sur l’immigration qui résonne avec l’actualité.
L’image que je retiendrai :
Celle de la couleur rouge du tableau d’Emilia.
Une citation :
Les émigrants ne cherchent pas à conquérir des territoires. Ils cherchent à conquérir le plus profond d’eux-mêmes parce qu’il n’y a pas d’autre façon de continuer à vivre lorsqu’on quitte tout. (p.326)
1er livre de Jeanne Benameur que je lisais et c'est indéniable, elle écrit divinement. Son texte est très poétique, parfois sublime, mais dans certains passages, cette poésie devient presque excessive et enlève un peu de véracité à ses personnages qui se croisent sur Ellis Islande pendant deux jours. C'est une belle histoire, originale, sur ces migrants peuplant les USA. L'auteure nous dessine des portraits attachants mais j'aurais aimé en savoir davantage sur leur premiers pas à New York. La fin m'a semblée un peu précipitée. Par contre, j'ai trouvé la nuit un peu longue à mon goût!
Une autrice que je découvre. Une belle écriture poétique que j'ai cependant trouvé un peu trop circulaire et qui pour moi a rendu la lecture difficile. J'ai bien aimé la rencontre avec le vie antérieure des immigrants qui arrivent à Ellis Island, et cette première nuit où ces exilés cherchent et trouvent l'énergie de franchir le pas vers leur nouvelle vie- pour concrétiser le rêve né dans le pays d'origine ou pour poursuivre la fuite vers la survie. Les personnages sont plus ou moins réalistes, et l'évolution des relations qui se nouent ou se développent en une si courte période est un peu poussée. Il ne fait pas de doutes que des gens dans une situation extrême peuvent nouer des liens intenses mais je suis restée spectatrice et pas très émue. Le dénouement et la réflexion de l'autrice à la fin m'ont plus.
J'ai eu énormément de mal avec le style au départ, trop poétique à mon goût mais j'ai bien aimé le propos, même si je n'ai jamais ressenti un attachement quelconque à un pays ou une langue. Mais les émotions et le ressenti de tous ces émigrants sont bien décrits et intéressants.
Ceux qui partent, c'est l'histoire d'une poignée d'émigrants ayant fait le choix en 1910 de venir vivre en Amérique, mus par un sentiment d'espoir et de liberté. Vivre une autre vie, reconstruire pour certains, s'épanouir et se révéler pour d'autres, vivre leurs rêves.
A l'arrivée sur le bateau, un jeune étudiant en droit; Andrew Jonsson les photographie. Avec son objectif, il capte l'instant présent, et donne une émotion à ces photos. Il est passionné par l'arrivée de ces émigrants et recherche sans doute un peu de ses origines, des émotions connues par son père et sa grand-mère arrivés bien des années plus tôt car il est islandais d'origine. Il aime entendre la langue de sa grand-mère, sa langue.
Son père Sigmundur a épousé Elisabeth, il a réussi ici en quittant la pauvreté de son pays.
Elisabeth est obsédée par l'idée de marier son fils, elle aimerait qu'Andrew prenne la suite de son père mais il cherche autre chose, ses racines... Il est lui hanté par l'image de Rosalind, la petite soeur de son père, décédée là-bas en Islande, elle n'a jamais connu ce pays.
Il a photographié Emilia l'italienne et son père Donato Scarpa. Elle est peintre, elle enseignera aux enfants et est déterminée à être libre et vivre de sa passion. Son père, lui est acteur de théâtre, il ne quitte jamais son livre talisman, c'est "L'énéide" le livre dans lequel il trouve la force de mener cet exil.
Autre personnage important; Gabor et son violon et Esther Agakian, l'arménienne qui a tout perdu.
L'arrivée sur Ellis Island est difficile, ils sont plus de 5000 à attendre les formalités, traités de façon inhumaine. Ils passeront la nuit sur l'île, une nuit d'introspection, à la découverte de leur intime, à la découverte aussi des plaisirs de la chair pour certains.
C'est un très beau récit tourné sur l'intime, partir c'est bien mais on laisse tant de choses derrière soi. Chacun vit son exil à sa façon, dans sa tête, dans son coeur et dans son corps. La découverte du plaisir charnel, c'est de l'abandon mais aussi cette soif de liberté, d'espoir, de renaissance, de découvertes.
La langue aussi est essentielle, elle fait partie de nos fondations, comme son corps. La langue étrange dans la bouche de l'autre.. Et si la nuit était une langue universelle.
Un récit profond, une langue magnifique, poétique. Les mots extrêmement bien choisis. Une plume juste, introspective, superbe.
J'ai aimé le parallèle avec "L'Enéide", Énée étant exilé lui aussi, la force des mots qui captivent, qui rassurent, qui guident dans le chef de Donato.
Un très beau roman, celui par lequel je découvre la plume de Jeanne Benameur, que j'avais envie de lire depuis très longtemps, deux de ses romans m'attendent dans ma PAL.
Ma note : 8.5/10
Les jolies phrases
Comme les grands oiseaux qui vont chercher l'asile propice pour faire leur nid, ils sont partis mais les hommes n'ont pas la liberté des ailes. La nature ne les a pas pourvus pour se déplacer au-dessus des mers et des terres. Il leur faut faire confiance à d'autres hommes pour être transportés.
Quand le vent attise un feu de forêt l'été, les gens luttent tous ensemble comme on élève des digues contre les crues des fleuves. Mais quand ce sont d'autres êtres humains qui apportent la mort et la destruction, on est atteint au plus profond de soi parce qu'on est humain aussi.
L'ancienne vie avec ses douceurs, ses lenteurs et sa bonne sécurité connues est encore là, dans sa poitrine. La nouvelle confuse, ignorée, toute confiée au rêve encore, cherche à prendre place.
Est-ce que toute sa vie désormais sera soumise aux deux envies contraires ? C'est cela alors "émigrer". On n'est plus jamais vraiment un à l'intérieur de soi.
Et lui même, Donato est seul, sur le rivage où l'on abandonne tous ceux qu'on a aimés et qu'il faut quitter. Car émigrer, c'est laisser les ancêtres et ceux qu'on a aimés ans une terre où l'on ne retournera pas.
Les hommes cherchent leur vie ailleurs quand leur territoire ne peut plus rien pour eux, c'est comme ça. Il faut savoir préparer les bateaux quand le vent souffle et que les présages sont bons. Tarder c'est renoncer.
Le violon dit qu'émigrer c'est espérer encore. Avec vaillance. Avec la force de ceux qui n'ont plus rien que leur désir. Le violon dit que le désir est tout. Tout. Et qu'avec le désir on peut vivre. Il chasse le marasme de l'attente et de la peur de tout ce qui les guette, dans quelques heures, dans quelques jours. Il dit que chacun a dans le coeur le souvenir de jours heureux, de ceux qu'on veut revivre de toute son âme quelque part : Ailleurs. Et qu'importe que la terre soit aride et le regard des gens encore soupçonneux. On émigre : on espère.
Parler sa langue c'est vivre avec soi-même, bien présent dans le monde. Et c'est bâtir comme une chaude maison autour de soi et de celui avec qui on parle.
Que sommes-nous devenus pour que d'autres humains aient le pouvoir de nous ouvrir un pays ou de nous renvoyer là où il n'y a plus de "chez nous" ? C'est quoi une frontière ?
Le temps parfois rassemble dans le même sablier tant de choses éparses. On pourrait fermer le poing pour retenir les grains de sable mais on sait bien que rien ne se retient entre nos doigts.
Est-ce que la nuit est une langue ? La seule langue que les corps ont tous en commun. Celle que personne n'a besoin d'apprendre. C'est le jour seulement que les langues des pays reprennent leur place et nous séparent.
Il a su acheter et vendre. Il a su parler aux gens, les écouter et comprendre à demi-mot ce qu'ils voulaient. Le commerce, c'est ça. C'est apprendre à connaître le désir de quelqu'un. Et après tout, il en avait fait son art.
Doit-on tout avoir de celui qu'on aime? Doit-on accéder à son être tout entier ? est-ce que l'amour ne peut pas accepter la part manquante ?
Les émigrants ne cherchent pas à conquérir le plus profond d'eux-mêmes parce qu'il n'y a pas d'autre façon de continuer à vivre lorsqu'on quitte tout.
Quand les vies de personnes venues d’horizons différents se concentrent en un point, Ellis Island, à l’entrée de New York, au début du XXè siècle : Emilia et Donato, qui ont choisi de quitter l’Italie, avec l’Enéide en poche, pour une vie de liberté à exercer leur art ; Esther, arménienne, fuyant son pays, seule, suite au génocide perpétré dans son village, qui rêve d’habiller les américaines, ces femmes libres ; Gabor et Marruca, du clan gitan, qui tentent leur chance sur les nouvelles routes de ce vaste continent, avec la musique chevillée au corps ; Andrew Jonsson, photographe amateur, fils d’une descendante du Mayflower et d’un émigré islandais, qui concentre à lui seul les promesses de l’Amérique et les souvenirs et souffrances de la terre « d’origine »… Roman dense, se déroulant sur 24h, et qui tisse une trame entre ces personnages, chacun cherchant à se construire dans l’exil, à trouver la force de continuer dans la promesse d’un lendemain meilleur. Il faut du courage pour partir, quitter sa terre, sa langue natale, et arriver dans un pays qui vous accueille avec méfiance.
J’ai commencé ce livre lorsque je suis rentrée et non quand je suis partie. J’ai lu ce livre de manière asynchrone avec mon histoire. Je l’ai souligné beaucoup, j’y ai écris aussi. C’est un peu comme si j’y lisais mon histoire en filigrane. Et celle de tant d’autres. Mais comment ne pas s’identifier au personnage principal lorsqu’on porte le même nom ?
C’est une histoire presque en huis-clos, qui se passe sur une nuit et qui raconte des dizaines d’années de vie. Ou peut-être même des centaines.. car si les personnages sont déjà nombreux, ils représentent finalement à eux seuls des milliers de personnes. D’émigrants. C’est une histoire d’amour, une histoire de famille, une histoire de voyage, et une histoire d’histoire. Ce roman c’est tout une partie de l’humanité concentrée en quelques mots. Toute une partie de l’histoire de chacun. Combien y-a-t-il de Ruth, d’Emilia ou d’Hazel ? De Donato ? D’Andrew ?
La sensibilité des personnages resident dans leur attribution à un art. Et à une couleur. Chacun porte en lui une œuvre. Et sa culture à travers. J’ai adoré ce livre.
Une écriture en forme de poème avec la liberté du roman, voici le nouveau livre de Jeanne Benamer « Ceux qui partent » paru chez Actes Sud pour la rentrée littéraire 2019. Cette histoire permet à Jeanne Benameur de décrire une journée et une nuit à Ellis Island (NY) au travers d’une galerie de personnages au moment des années 1910. « La ville du jour neuf » est la porte d’entrée pour les migrants sur le sol américain. Après la vague d’immigration importante nécessaire aux développements économiques de la jeune nation américaine, en 1910, les portes commencent à se fermer et du coup, on trie, on sélectionne, on refuse… Jeanne Benameur s’interroge sur la notion de pays, de langue, d’exil, des motifs économiques ou politiques de l’émigration mais aussi de départ volontaire pour se libérer des failles et des douleurs et booster sa vie. La suite ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
1910 Long Island. Leur bateau accoste. Ils arrivent enfin ....
Les mots, les gestes, les regards, les berceuses, les couleurs, l'avant, l'après, hier, aujourd'hui demain. Qui sont ils? Que souhaitent ils? Et demain? Un sujet certes déjà traité, je pense entre autres au très beau texte de Gaelle Josse le dernier gardien d'Ellis Island, mais la plume de Jeanne Benameur !! Oui je le reconnais j'apprécie cette auteure, j'aime le déroulé de ses phrases, le choix de ses mots, l'aura de ses personnages. Lire Jeanne Benameur c'est (re)découvrir les mots, les sons, les couleurs, le toucher, la peau de l'autre, l'amour, la beauté de la Vie. Une fois encore je pose mon livre , le coin de l'oeil humide et le sourire aux lèves. Merci Madame
Un magnifique roman sur la douleur de l’exil : la perte d’identité, l’acculturation, l’inconnu , la souffrance passée à l’initiative du départ... rupture nécessaire à une renaissance, à l’espoir d’un monde meilleur à la hauteur de ses rêves! Quelle puissance d’expression portée par ce duo père/fille: lui massif, protecteur, elle sauvage et indépendante... avec en ligne d’horizon ce jeune photographe en quête d’identité, lui qui a grandi dans l’opulence du rêve américain hanté par le silence du passé ! Splendide !
Ils sont une poignée, Ceux qui partent, au cœur de la foule qui débarque du bateau sur Ellis Island, porte d'entrée de l'Amérique et du XXe siècle. Jeanne Benameur orchestre cette ronde nocturne où chacun tente de trouver la forme de son propre exil et d'inventer dans son corps les fondations de son pays intime. Où l'arrachement se fait libération - envol. Où l'auteur de Profanes et des Demeurées signe son premier grand roman américain.
Une jeune italienne et son père décide d'émigrer aux USA au début du 20eme siècle. Le livre est consacré à une journée et une nuit sur Ellis Island, où italiens se mélangent avec arménien et gitans. Le sujet est intéressant. Jeanne Benameur décrit extrêmement bien l'état d'esprit d'un homme ou d'une femme arrivant sur une terre inconnue. La place de l'espoir y est primordial. Dommage qu'il y ait des longueurs, des moments d'ennui avec des répétitions.
Superbe écriture pleine de poésie sur ce qui se passe dans notre intimité quand on quitte son pays. Bcp d'émotion et attachement aux personnages : un père et sa fille italiens,une rescapée de l'Arménie,un jeune gitan et un photographe né en Amérique mais dont les grands parents ont émigrés pour fuir la misère en Islande. Autant de parcours et d'histoires différentes mais subtilement associées.tres beau livre
des hommes et des femmes viennent de traverser l’Atlantique et arrivent aux portes de New-York en 1910. Moment de transition, une soirée et une nuit sur Ellis Island qui les replongent dans les souvenirs, les raisons du départ, les raisons d’espérer : passage initiatique de leur vie future. Très bien écrit. Malgré le rythme assez lent, on s’attache à ces personnages qui ont fait le grand saut. Beau moment de lecture.
Un roman très poétique sur le départ, et l’arrivée, sur les liens du sang et sur l’amour. Le style est très personnel et il a fallu que je m’accroche sur les premiers chapitres, pour ne plus laisser ensuite cet hymne aux migrants, ceux qui au début du 20eme siècle arrivèrent à Ellis Island.
Mon avis sur ce roman est assez partagé. J’ai trouvé l’écriture très belle, parfois trop travaillé, ce qui la rend un peu compliqué à lire. L’histoire est originale mais je ne suis pas sure d’en retenir grand chose.
J'ai hésité entre le 3 et le 4. Pour la qualité d'écriture, c'est 4+. Mais pour l'histoire, c'est un 3. Benameur écrit avec un style d'un autre siècle- beaucoup de descriptions et peu d'action. Je m'ennuyais un peu car l'histoire se passe en moins de deux jours et le livre contient 2025 pages.
Dans le creuset d’Ellis Island, un nœud où chacun se rencontre, abandonnant là ses bagages, le cœur battant soudain d’un immense désir et d’une liberté aux portes de soi-même
Tranches de vie de personnages que rien ne prédestinait à se rencontrer et pourtant ...destin croisé pour des migrants d' Ellis Island. Poétique, charnel et vivant voila ce que m'inspire ce roman.
Très joliment écrit, avec beaucoup d'intensité. La fin, dans sa brièveté, est surprenante et un peu frustrante. Mais en même temps, laisse libre cours à l'imagination du lecteur.
Un livre qui m'a attirée par son style poétique. Or, trop de poésie cause de l'incompréhension. A part la beauté des phrases, je ne retiens strictement rien de l'histoire... je ne parvenais pas à savoir où voulait en venir l'auteure. J'ai mis beaucoup de temps à le finir...
« Les émigrants ne cherchent pas à conquérir des territoires. Ils cherchent à conquérir le plus profond d’eux-mêmes parce qu’il n’y a pas d’autres façon de continuer à vivre lorsqu’on quitte tout.[…] Un monde qui sait que rien n’appartient à personne sur cette terre, sauf la vie »