What do you think?
Rate this book


320 pages, Mass Market Paperback
First published January 1, 1972
'De nos jours encore, à ma grande surprise, même parmi nos compatriotes intellectuels, on en trouve quelques-uns qui ont tendance à tenir des propos blessants et injustes au sujet des pilotes-suicides qui sont morts glorieusement. Ceux-ci, disent-ils, commettaient la sottise d'accepter d'être les victimes de l'ambition de la caste militaire, malgré la cruauté impitoyable avec laquelle on les traitait dans l'armée. Pensent-ils qu'il faille faire le procès de la vie militaire pour se dire pacifiste ? Je ne cache pas que je déteste leur hypocrisie, d'autant plus qu'ils n'ont absolument aucune idée de ce qui se passait alors dans le cœur des pilotes.'
'[...] nous avions pris la résolution ferme de nous sacrifier pour la patrie, la famille, sans nous abandonner au sentiment. J'exécrais l'hypocrisie des pacifistes qui se donnaient des airs de patriotes, en parlant sans agir. Une fois troublée, la paix ne se reconquiert qu'au mépris de la mort. Les paroles ne servaient vraiment à rien.'
'On parle très souvent de la liberté : liberté individuelle, liberté de penser, liberté du travail... On les considère comme les premiers des droits de l'homme. Néanmoins, dans notre société, peut-on vraiment en jouir ? L'homme subit plutôt le joug de l'argent et celui de l'autorité. Où est la vraie liberté dans ce monde ? Être libre, c'est échapper à toutes sortes d'entraves. Dans le néant, il n'y en aurait aucune. Après la mort, l'homme bénéficierait d'une liberté totale. Pourquoi l'homme s'attache-t-il à ce point à la vie terrestre ? Pourquoi, oui, pourquoi cherche-t-il un sens à cette vie ?'
'Pour moi, comme l'affirmait Cicéron, philosopher n'est autre chose que se préparer à la mort.'
'Tu as peut-être raison. Il n'y a que le néant après la mort. Je ne peux pas m'imaginer incarné dans un arbre, une herbe, un rocher. C'est ridicule ! Comment, dans ces conditions, peut-on marcher sur les herbes, les cailloux qui, selon le bouddhisme, seraient habités par les âmes des ancêtres ? La religion se doit de chercher à exalter la vie et non à évoquer la crainte de la mort.'
'La littérature développe l'humanisme, alors que le combat a pour but la tuerie, par conséquent l'élimination de tout sentiment humanitaire. À l'évidence, littérature et guerre étaient aux antipodes. [...]'
'Il appartient aux dirigeants du gouvernement d'assumer la responsabilité de cette situation critique. Les civils ne sont nullement responsables, et pourtant ils sont exposés à la mort ! Nous, les pilotes, nous avons l'obligation de les protéger à tout prix. Devant le salut de mon peuple, ma vie personnelle ne compte plus.'
Si une vie humaine a une grande signification, c'est qu'elle a quelque rapport avec les autres humains. De là découle le principe de l'honneur. La vie repose sur cette idée, je crois, comme le montrait la conduite des anciens Samouraï. [...] Il y a deux espèces de vie : celle des bêtes qui n'obéissent qu'à l'instinct et celle des hommes qui vivent consciemment pour servir quelque chose... si tu veux, la communauté. Si l'homme se bornait à exister, quel fardeau ce serait ! Le sens de la vie ou de la mort ne nous est pas enseigné par le raisonnement. Et d'ailleurs, la raison n'est pas toujours l'alliée du cœur...'
'Personne ne pouvait dénier le caractère inhumain et monstrueux de la guerre ; néanmoins, du moment que l'on était devenu l'une des cellules—fût-elle minuscule—de ce monstre qu'est la guerre, à quoi bon la maudire pour prêcher l'humanisme ?'
[...] il y avait tout de même une certaine différence entre l'entreprise spontanée de l'attaque-suicide et celle qui découlerait d'un ordre.
'Je crois pouvoir te dire en toute franchise que cette situation est la conséquence de l'incapacité et de l'incompétence du haut-commandement : tout se passe comme s'il s'en remettait maintenant à l'acharnement de la jeunesse. Les pilotes-suicides ont une valeur symbolique. Or, ce n'est pas la jeunesse qui a ouvert les hostilités. Les dirigeants ont en quelque sorte interrompu, faute d'inspiration, un roman qu'ils avaient commencé à écrire. Ils laissent le soin de l'achever à la jeunesse qui n'est pourtant pas au courant de l'intrigue ! Dans un certain sens, nous sommes des boucs émissaires. Nous sommes dans l'obligation de remplir volontairement le devoir qu'ils nous imposent...'
'L'empereur saurait-il jamais ce qui se passait dans le cœur d'un pilote ? À plus forte raison ignorait-il les affronts essuyés par ces pilotes qui revinrent à leurs bases sans avoir réussi à repérer leurs objectifs.'