Refusant la réduction des réalités trans à des questions d'identité, cet ouvrage assume une perspective féministe matérialiste : il s'agit d'aborder les conditions sociales des personnes trans, leurs positions dans les rapports sociaux de sexe, de race et de classe, ainsi que leurs inscriptions dans les mouvements féministes. Diverses par leurs thèses et leurs ancrages disciplinaires, ces contributions se rejoignent par leur exigence de tenir ensemble élaboration théorique et engagement militant pour repenser en profondeur les problématiques et les luttes trans et féministes.
Super intéressant ! Les explications sont claires (je pense qu'il faut connaître un peu le sujet pour comprendre mais c'est nécessaire) merci pour tout !
J'ai découvert Pauline Clochec grâce à une conférence sur youtube, organisée par Savoirs Trans. J'avais trouvé son propos très éclairant, moi qui a l'époque, me sentais perdue entre les différentes théories relatives à la transitude. En effet, je remettais souvent en question les théories queers, qui présentent selon moi la transitude comme quelque chose de subversif, comme un ressenti personnel déconnecté du contexte social dans lequel nous évoluons, et qui fait de ce ressenti une donnée individuelle. Afin d'en faire la critique, je me suis tournée un instant vers un autre courant féministe, le féminisme essentialiste (que vous retrouverez sous le nom de "terfs" mais je n'aime pas utiliser ce terme tellement il est galvaudé aujourd'hui), et n'y ai trouvé aucune réponse satisfaisante, ce courant étant aux antipodes du féminisme matérialiste dans lequel j'ai toujours habituellement trouvé le sens de mon engagement. En effet, les essentialistes justifient notre oppression par des différences biologiques et croient que le sexe (pas en tant que donnée sociale, mais bien en tant que donnée biologique) est l'origine de notre oppression. Cela n'a pas de sens pour une matérialiste, pour quelqu'un qui a toujours répondu à ces allégations par les théories de Delphy ("le genre précède le sexe"). Le problème, c'est que le matérialisme justement, n'a jamais vraiment répondu aux questions soulevées par la transitude, n'a jamais vraiment cherché à explorer le sujet. On peut parler là d'angles morts. Ainsi, ce livre apporte de bonnes pistes pour venir éclairer ces angles.
Je recopie ici quelques phrases, le début du chapitre rédigé par Joao Gabriel, et qui présente assez bien ce qu'on peut reprocher aux analyses actuelles de la transidentité : "A rebours des analyses qui abordent les questions trans sous un angle purement identitaire, détaché des structures sociales, et dont les perspectives politiques collectives se perdent au profit d'une focalisation sur les ressentis individuel, une reflexion collective sur les "matérialismes trans" est vraiment bienvenue. (...)Etre trans ne s'analyse pas à partir des identités revendiquées (...) mais à partir de l'expérience sociale qu'on nomme transition."
Ce livre, qui va donc tenter d'ouvrir une reflexion matérialiste sur la transitude, commence par une introduction rédigée par Pauline Clochec, retraçant l'historique du féminisme matérialiste, puisqu'avant de pouvoir parler de matérialisme trans, il faut d'abord parler matérialisme. Ensuite, chaque chapitre est rédigé par un.e auteurice trans, militant.e et ou chercheureuse. L'écriture pourra sembler un peu trop académique parfois, un peu trop pointue, mais reste globalement accessible. Il serait difficile de faire un résumé de chacun de ces chapitres, je mettrais donc en avant deux d'entre eux qui me semblent tout à fait pertinent; - Celui d'Emmanuel Beaubatie, qui m'a d'ailleurs donné envie d'approfondir le sujet, alors j'ai commandé "transfuge de sexe" (son livre). Il y fait une analyse des différentes transitions (mtf/ftm) en fonction des classes sociales. On y apprend par exemple, que ce sont les personnes trans les plus diplômées qui défient le plus les normes de genre, qui ont le moins recours aux changements de sexe, à la prise d'hormones, au changement d'état civil, qui assument plus facilement d'utiliser les termes "trans" et "queer" pour se définir. C'est intéressant, quand on sait que les théories queers parlent de la transitude comme quelque chose de subversif, de se rendre compte que les personnes qui ont rééllement la possibilité d'être dans la subversion sont celles qui sont plus aisées. D'ailleurs, lors d'une récente rencontre organisée par l'association Les Effronté.es à Paris, Pauline Clochec avait répondu à un participant qui la questionnait - presque en lui reprochant de ne pas soutenir cette notion de subversité "vous les cis, allez y en premier, on vous suivra". Beaubatie explique également que les transitions ftm sont plus facilement soutenues par la famille, parce qu'elles sont perçues comme une "promotion" alors que les transitions mtf sont perçues comme un déclassement.
- Celui de Pauline Clochec, qui analyse le rôle des représentations des femmes (cis et trans) dans leur prise en charge médicale, la violence institutionnelle à l'encontre des femmes trans lors de leurs demandes de transition, la pathologisation des femmes trans, et démontre à quel point ces problématiques sont bel et bien le fruit d'un même système.
Grâce à ce livre et à toutes les personnes qui y ont contribué, j'ai beaucoup plus de cartes pour défendre que notre combat, politique et social, en tant que féministes, est aussi un combat contre le cissexisme.
Vraiment excellent !! Une approche matérialiste des questions trans qui propose une autre approche que les impasses de la lecture queer et libérale qui est principalement diffusée (souvent avec beaucoup de bonnes intentions). Dans cette approche, la transitude n'est plus une question d'identité mais de rapport social, et ça permet de penser les luttes trans d'une manière beaucoup plus émancipatrice.
L'article d'introduction est super, il permet de comprendre étape par étape la logique matérialiste issue du marxisme, sa réinterprétation par les féministes des années 70, et le chantier qui s'ouvre depuis quelques années avec la réinterprétation du féminisme matérialiste par les militant·es trans.
Je ferais pas un résumé de tous les articles, mais si ils sont parfois un peu jargonneux, la plupart posent vraiment des mots et des analyses hyper justes, et ouvrent des perspectives de réflexions (et de stratégies politiques) très stimulantes. Ça change des embrouilles Twitter sur le sujet.
J'ai aussi bien aimé le fait que ce soit une photo de l'état de la recherche et de ces questionnements, et qu'il y ai pas une prétention d'être une somme définitive et complète. Ça donne un mélange d'articles aux tonalités super différentes, d'une approche très scientifique, à partir d'enquêtes socio à des articles qui se basent plutôt sur des expériences militantes.
Petit bémol pour le dernier article auquel j'ai quasi rien compris mais le sujet m'intéressait moins.
Bref, lisez-le pour en finir avec les discours craignos
Magnifique recueil sur l’application de la grille d’analyse féministe matérialiste aux luttes d’émancipations des personnes trans. L’introduction et le texte de Pauline Clochec en sont selon moi les textes fondateurs. Le descriptif synthétisé derrière le livre en donne toute sa pertinence et est vraiment représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Pour toute personne ayant à cœur l’analyse des luttes trans selon les rapports sociaux de classes de sexe hiérarchisés et normés dans la société bourgeoise à travers le mode de production capitaliste et la division sexuelle du travail, ce livre est pour vous. Le genre précède le sexe , position épistémologique à se rappeler constamment.
Très éclairant, c'est un essai qui accompagnera probablement ma réflexion politique pendant plusieurs années et auquel je reviendrai avec plaisir. Les contributions sont très complémentaires et passionnantes, ce qui le rend indispensable pour toute lutte féministe ou sociale.
Je recommande vivement ce livre. J'en parlerai à touTEs mes camarades.
Les auteurEs provoquent à la réflexion et à la ré-évaluation des dogmes intersectionnels libéraux, dans une perspective de lutte trans, anti-raciste et anti-capitaliste. Au lieu de penser pronoms et identités, on y pense institutions, structures et ideologies dominantes.
La seule raison pour laquelle je soustrais un point est sa trop courte longueur. J'aurais apprécié des discussions plus en profondeur sur le passing et la non-binarité. Bien que chacun de ces thèmes est évoqué avec des pistes de réflexion, cela mériterait un essai à part entière !
Je n'ai pas de doute que ce livre devienne un jour un classique que l'on fera lire aux jeunes militantEs !
Super intéressant et important. Le premier article m’a permis d’enfin comprendre le matérialisme et d’éclairer des réflexions personnelles sur les manquements de la théorie queer. J’ai trouvé certains articles absolument passionnants, d’autres moins mais tous m’apportent des éléments qui me suivront dans ma réflexion je pense.
cet ouvrage collectif est juste incroyable les contributions sont toutes très exigeantes et complémentaires c’est de loin le meilleur livre que j’ai lu sur la question de la transidentité c’est un peu à mi chemin entre un essai et des travaux sociologiques, c’est vraiment un banger
Très intéressant. Inclure les personnes trans dans les doctrines féministes de la deuxième vague apporte un nouveau regard. Les études de genre devraient se pencher sur le sujet sans passer par le prisme des théories queer.