« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. Lucie n’avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose. En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »
Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.
Lu d’une traite un dimanche soir pluvieux. J’y ai retrouvé les forces vengeresses déjà rencontrées dans Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, dans Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, dans Vernon Subutex 1. À ceci près que concentrée dans un seul volume, cette soif de justice prend toute la place et prend aux tripes. J’ai souvent eu l’impression d’étouffer quand les meufs du livre étouffaient, j’ai ressenti dans ma chair leur solitude, leur trauma, mais aussi leur sororité une fois rassemblées, leur courage aussi. (Maintenant j’ai envie d’aller taguer les façades de tous les violeurs qui ont fait du mal à mes amies. Si je n’en ai peut-être pas le courage, j’espère qu’à la lecture des Orageuses, certaines meufs le trouveront.) Un premier roman comme une tempête, où le doux côtoie le dur et dont je ressors plus forte.
Toutes les étoiles du monde pour ce livre c'est possible ? Merci d'avance. Je n'ai pas arrêté de pleurer dans le train (je me suis gardé ce roman pour mes trajets en train, c'était à la fois génial parce que je ne voyais rien passer, à la fois une idée merdique parce que j'ai manqué rater mon arrêt deux fois et les larmes + masque + lunettes +buée ça rend la lecture un poil compliquée)
Quel plaisir de lire la rage, la vraie, celle qui entraîne la violence en représailles et qui fait éclater nos cercles d'amis un peu trop à l'aise avec leur misogynie. Quelle écriture incroyable, brute et acérée qui s'enfonce dans nos têtes pour y rester et germer.
Là, maintenant, je suis prise d'un affreux dilemme. Le garder pour moi bien egoistement comme un punching ball quand j'en ai besoin, ou l'offrir à quelqu'un à qui il bénéficiera.
Ce récit m'a pris aux tripes. Ca retourne l'estomac, ça enrage et donne envie de renverser la société avec elles. Entre soeurs. De reprendre le pouvoir, de ne plus vivre dans la peur et d’en infliger aux coupables.
"Elle est fatiguée, épuisée et elle voudrait que quelqu'un lui dise que ça va aller. Que quelqu'un la sauve, qu'il prenne sa douleur et sa peine, qu'il construise une barrière entre elle et le monde..."
"Elle a été surprise de constater que réparer d'autres, la réparait elle"
"J'aimerais bien sauver tout le monde, j'aimerais les porter sur mes épaules hors de l'eau, j'aimerais être celle qui change leur vie, tu vois mon altruisme c'est un peu de l'égoïsme, je m'y plonge tête baissée et je me noie."
(3.5) Très chouette livre qui sent bon la vengeance, quelques aspects m'ont fait lever un sourcil tout de même. La critique carcérale est très limitée, apparemment on fait justice soi-même parce que le système judiciaire est pourri, très bien, mais s'il ne l'était pas ? Je trouve que c'est quand même important de garder ça en tête (ça = une critique plus globale de la prison, parce que si la prison par exemple était fonctionnelle là-dessus et était remplie de violeurs, je ne vois pas dans quel univers on pourrait être satisfaites ?). Le plus gros problème est que j'avais l'impression d'être face à l'incarnation de la sororité blanche. J'imagine que très bien à quel point le partage racisé du monde pourrait bloquer certaines femmes dans les procédés vengeurs du livre, du fait d'un contact aux médias, à la police et à la justice racialisant, à partir de là on fait comment, on fait quoi ?
"Personne n'apprend aux filles le bonheur de la revanche, la joie des représailles bien faites, personne ne leur que rendre les coups peut faire fourmiller le coeur, qu'on ne tend pas l'autre joue aux violeurs, que le pardon n'a rien à voir avec la guérison. On leur apprend à prendre soin d'elles et des autres, à se réparer entre elles, à "vivre avec", elles paient leur psychothérapie pendant que l'autre continue sa vie sans accroc, sans choc, toujours plus puissant. On leur raconte que les hommes peuvent les venger à leur place si elles ont de la valeur, qu'il faut qu'elles s'en remettent aux autorités, à leur mari, à leur père, à leur meilleur ami, qu'elles déposent le poids de la violence chez un autre masculin pour que jamais elles ne puissent en être complices."
Extrêmement mitigée... J'ai été très gênée par ce livre, non pas par ses messages de sororité, d'injustice et de guérison, mais parce que la manière de rendre justice (c'est-à-dire la vengeance) n'est jamais remise en question, et sa justification m'a semblée loin d'être convaincante. J'aurais aimé qu'on teste ses limites. Le seul personnage qui pose la question c'est un mec qui pourrait se dire pro-fem mais pense tout de même que ses copines mentent quand elles dénoncent un viol. Donc forcément cette remise en question est écartée sans ménagement. Même si je suis une femme et que je peux relate avec certains passages et sentiments, je ne me suis pas sentie du tout en phase avec les personnages. J'ai vu quelqu'un.e parler de "radicool" parisien dans un autre avis, c'est un peu mon sentiment (j'ai trouvé le passage de Lucie qui vole dans un magasin bio totalement ridicule). Donc expérience de lecture plutôt moyenne.
Un roman plein de colère qui prend aux tripes, adouci par une fin toute en douceur et espoir. Cette lecture donne du courage, de la force, l’envie de se tenir bien droite et fière, la tête haute.
a lire à relire et rerelire a mettre entre les mains de tout le monde, c’est fort de lire autant de vécus similaires aux nôtres c’est beau ça donne de la force
Dans le roman, Dirty Week-end d'Helen Zahavi est cité et je crois que l'autrice a essayé d'en faire une inspiration. Je pense que je pourrais citer sans trop me tromper les oeuvres de Despentes aussi. Mais si Les orageuses puise dans ces oeuvres ses revendications et sa colère, sa forme est beaucoup plus soft, et parfois un peu précipitée.
Très court, écrit avec une plume accessible, ce romanceau est le genre de texte qui se lit d'une traite, qui pince un peu le coeur et les tripes à la lecture, qui fait rougeoyer la petite braise de la colère, celle qui ne nous quitte jamais vraiment quand on vit dans un système qui nous opprime. Toutefois, et je ne sais pas si c'est parce que je suis blasée, ou pas dans le bon état d'esprit (pourtant au lendemain du 8 mars), mais je trouve qu'il avait du mal à convoquer pour moi les émotions que peuvent me procurer la plume d'une Lola Lafon, ou d'une Virginie Despentes. À moins que ce ne soit tout simplement à cause du format. Et c'est tout à fait de la faute de ce dernier si on manque d'un vrai développement et d'une analyse un peu plus poussée sur certaines idées. Le texte s'essaie vaguement à pousser contre ses propres parois, pour faire entrer une réflexion sur la sororité, la masculinité, la misogynie internalisée, mais en si peu de pages, ça me semble quasi impossible.
C'est peut-être alors une porte d'entrée, une allumette grattée dont la flamme peut donner envie d'allumer un feu plus grand encore, quelque chose qui invite à aller plus loin dans sa découverte de revendications moins souples, plus sales, pour arrêter la pédagogie et récupérer ce qui nous revient.
Mais je trouve le texte encore bien insuffisant sur pas mal de points : il est, selon moi, écrit par une femme blanche, pour des femmes blanches. Ce n'est pas explicite, mais ça se sent dans l'écriture, dans le message véhiculé, dans le manque de réflexion qui empêche de penser aux femmes racisées et à leur inclusion dans cette forme de combat.
La fin, plus douce, porte un peu d'espoir mais ne me convainc pas tout à fait. Au final, j'ai l'impression que les filles du livre ont fait exactement ce qu'on attendait d'elles : elles se sont recousues toutes seules, dans leur coin, elles ont juste fait éclabousser un peu plus de peinture dans le processus.
Coup de coeur intégral. C'est fort, c'est vibrant, c'est plein de sororité merveilleuse. L'autrice décrit avec justesse et finesse non seulement les séquelles que laissent un viol sur une femme, mais aussi comment il est possible de remonter la pente, surtout quand on est entourée. Elle dépeint notre société telle qu'elle est, patriarcale, ancrée dans une culture du viol insupportable et peinant à protéger les victimes de viol. C'est un récit fort, qui touche au coeur et qui donne envie de soulever des montagnes entre meufs. Je ne peux que recommander. Vraiment. Lisez ce roman.
trop bon sujet évidemment, vive la rage la colère la sororité. mais j’ai pas accroché tant que ça, je sais pas pourquoi, c’était trop lisse, j’ai pas réussi à m’attacher aux personnages (d’ailleurs je les confondais tout le temps), j’ai mis du temps à le lire parce que j’étais trop détachée de l’histoire qui m’est passée à travers sans me toucher. je peux pas mettre moins que trois étoiles parce que les romans qui abordent ce thème sont trop importants, mais… mouais.
Wow, qu'est-ce que ça fait du bien de lire un texte comme ça !
La couverture et le titre ne m'attiraient pas des masses, et j'ai mis longtemps à me décider à le lire. Clairement, ne faites pas comme moi. C'est un texte court, mais percutant, un vrai coup de poing traversé par une force incroyable. Sur une centaine de pages, on suit Mia, Lucie et les autres filles de leur gang, qui décident de reprendre le contrôle de leur vie en se vengeant de leurs violeurs.
J'ai aimé le fait de lire un texte centré sur des femmes violentes. La question n'est pas de savoir si on approuverait ou non leurs actions dans la vraie vie. La question c'est plutôt : est-ce qu'on avait déjà pensé, en tant que femme, avoir le pouvoir de faire ça ? Rien que d'y réfléchir à travers cette lecture, ça a bouleversé pas mal de choses en moi. Non, la violence n'est pas réservée aux hommes. Oui, les femmes peuvent retourner celle qu'elles subissent contre leurs agresseurs. Prendre conscience de ce pouvoir, c'est quelque chose de très puissant.
J'ai aimé aussi le fait que le roman ne se concentre pas uniquement sur leurs actes de vengeance et la préparation de ceux-ci. On suit Mia et Lucie en particulier parmi les sept filles du gang, et au-delà de ces événements qui ponctuent leurs vies, entre deux, on peut les observer avancer dans leur vie. Prendre conscience de ce qu'elles ont vécu, trouver des exutoires à leur colère ou leur détresse, remettre en question l'ordre établi. Et s'épanouir aussi, s'en remettre, être capable de vivre de nouvelles et belles choses. Cet aspect là est essentiel aussi, pour nous rappeler qu'après un traumatisme, on peut aller mieux, que notre vie ne s'arrête pas là, qu'elle continue dans nos amitiés, dans nos échappées, et qu'on peut reprendre le contrôle dessus grâce à la sororité et aux petites victoires du quotidien autant que grâce à des actes impressionnants.
C'est un texte qui se place en bonne position dans mes coups de cœur de l'année, que je relirai probablement, que je transmettrai avec certitude.
J'aimerais lire plus de bouquins comme ça, plein de rage et de sororité, avec des meufs que j'ai l'impression de connaître ou d'avoir déjà croisée en manif ; un bouquin qui raconte les milieux militants et qui parle de violence sexuelle sans voyeurisme. Désormais, quand viendront ces jours où je ne sais plus quoi faire de ma colère, je penserais aux orageuses.
Quelques moments d'euphorie lorsque ces filles se font justice - comme partager un peu de leur adrénaline-, mais gâchés par des personnages prévisibles jusque dans la couleur de leurs cheveux, qui cherchent à "oublier la douleur" en enchaînant les conquêtes ou bien ont "besoin" de passer sous l'aiguille d'une tatoueuse... D'un "radicool" convenu et terriblement parisien.
Un livre qu'on lit avec le cœur serré, les larmes aux yeux, la colère et la rage partagée avec les personnages et l'autrice. Ça fait mal au ventre mais ça fait du bien aussi. Une histoire de vengeance, de guérison, d'injustices et de sororité. Grosse grosse recommendation.
Où l’on suit alternativement Mia et Louise, deux amies qui ont subi le même traumatisme : elles ont été violées.
Louise a du mal à se remettre : son corps lui est devenu étranger. Mia est aussi pleine d’une colère qu’elle a du mal à canaliser.
J’ai aimé que l’auteure me parle du viol : comment et pourquoi les hommes passent toujours au travers des mailles du filet ; ce que cela fait sur la victime qui ne doit pas se victimiser.
J’ai aimé ce gang de filles qui décident de prendre les choses en main et de se venger, sans coup, juste des dégâts matériels chez ces hommes qui se pensaient intouchables.
J’ai aimé les références pas trop appuyées aux sorcières.
Et surtout, malgré toute la colère qu’il y a au début du roman, j’ai aimé que ces filles, après des moments de dépression plus ou moins sévères, sachent se reconstruire entre elles.
J’ai été effaré de lire que rien, dans les institutions de l’État, ne soit mis en place pour aider ces filles et ces femmes victimes.
J’ai aimé lire, encore une fois, pourquoi les femmes sont d’éternelles victimes : les injonctions qu’elles reçoivent depuis toute petite, leur parole toujours mise en doute, la faute rejettée sur elles.
Un texte fort sur des jeunes femmes qui ne s’en laisse plus compter.
L’image que je retiendrai :
Celle du taser ou de la matraque que certaines d’entre elles portent toujours sur elle et qui leur sert, malheureusement.
Roman atypique. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça et pourtant la surprise est agréable. Les orageuses ça parle des femmes en colère. Femmes brisées par les violences sexuelles, par la réalité de notre système judiciaire qui ne fait pas son travail. Comment se reconstruire quand personne ne vous crois ? Comment faire justice quand les agresseurs ne sont pas condamnés ? Les filles de l'histoire ont trouvé leur solution : affronter la peur et se venger elles mêmes. C'est un roman cru, dur, psychologique aussi et profondément cinglant sur la réalité de notre société aussi. Un roman résilient qui, meme si je n'ai développé aucun attachement pour les personnages, m'a convaincu par son authenticité et sa colère justifiée.
C'est vraiment le type de lecture qu'en tant que femme ça vous retourne le cœur et vous donne une envie de brûler le monde entier. Ce récit n'est pas fait pour celles qui sont trop sensibles au thème du viol car il en est le point centrale. C'est brutal, dure et farouche ! Ma lecture a été parfois difficile, je ne cache pas que cela peut faire peur aussi. Mais nous avons besoin de ses récits là. Leurs histoires sont dures, brûlantes, engagées et compliquées. Elles ont vécus le pire, elles ont vécu ce que c'est que d'être la victime et c'est important que ces voix soient entendus. La fin donne une touche douce et positive qui fait du bien. Une lecture qui ne laisse pas de marbre.
ça m'embête de mettre que 2 étoiles tant le sujet est important mais
cette justice par la vengeance n'est jamais questionnée, sauf par un personnage pas crédible car lui-même auteur + en plein de cette culture du v
l'écriture ne m'a vraiment pas touchée, l'impression de lire des pensées d'adolescent•es, ce qui pourrait être ok mais qui m'a trop éloignée de cette rage et de cette colère que le livre cherche à transmettre
les personnages, en dehors de leur vécu commun de v, n'ont aucune consistance
le vol au supermarché du steak de soja bio ????????
bref, j'ai trouvé ça très blanc privilégié et j'ai peut-être trop lu sur la justice restauratrice pour que ce livre me parle
:/
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Ouvrage qui ravive la rage enfouie en moi. La fin est superbe. J'y pense et j'en ai encore la chaire de poule. Cette histoire de sororité <3 La justesse du lien entre Lucie et Flo! Waw je suis chamboulé.e tellement ça m'évoque la réalité, le décalage entre les cismecs et nos traumas qu'ils ne comprendront jamais.
J'ai vraiment du mal avec les phrases du type "La vengeance ne t'apportera rien", "Te venger ne réparera pas les torts que l'on t'a causé", "Si tout le monde se faisait justice sois-même le monde serait chaotique" et blablabla.
Et j'ai davantage de mal que j'ai pu constater que ces fadaises sont surtout adressées aux personnes qui ont des raisons tout à fait légitimes de vouloir se faire justice. Et que force est de constater que le système pénal actuel à encore cette fâcheuse tendance à vouloir faire des victimes les coupables. Ce qui adresse juste aux agresseurs le message publique qu'ils peuvent continuer à se comporter de façon abjecte puisque de toute façon, il ne leur arrivera pas grand choses.
Alors bien entendu que la justice personnelle n'effacera pas ce qui nous a été fait mais bien sûr que ça contribuera à soulager nos maux, à apaiser nos émotions les plus autodestructrices.
C'est un roman puissant qui réveille certaines choses pas vraiment agréables en ramenant leur souvenir à la surface mais il rappelle que la colère est légitime, que nous méritons que cette colère soit entendue et reconnue et aussi que la sororité est primordiale.
« On vous retrouvera. Chacun d'entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »
J'ai envie d'extraire mille citations, mais ce qui m'a touchée dans ce livre, c'est pas les grandes phrases, c'est pas les "citations prêtes-à-l'emploi". C'est la justesse infinie des détails, c'est les petits riens qui invoquent les souvenirs.
Je "pleure" très facilement devant des œuvres, je n'ai pas besoin d'être réellement touchée pour que quelques larmes coulent, la moindre scène un peu mélo dans une série y arrive. Mais là, j'ai *pleuré*. L'avalanche de larmes, les sanglots qui empêchent de respirer, le ventre qui se tord.