Après avoir apprécié le premier tome des Chevaliers de Sombrecoeur, j’avais assez hâte de me replonger dans cet univers. Le premier tome m’avait intriguée avec son mélange de magie, de politique, de complots et de personnages assez mystérieux, et j’étais donc curieuse de voir comment l’histoire allait évoluer après les événements précédents. Malheureusement, cette suite n’a pas eu le même effet sur moi. J’ai beaucoup plus apprécié le premier tome comparé à celui-ci. Je n’irais évidemment pas jusqu’à dire que je n’ai pas aimé ma lecture, parce qu’il y a quand même pas mal de choses intéressantes et que l’univers continue d’avoir beaucoup de potentiel, mais j’ai clairement été beaucoup moins emballée. J’ai eu énormément de mal à retrouver ce qui m’avait autant plu dans le premier tome et, pour être totalement honnête, je me suis même pas mal ennuyée pendant ma lecture. C’est donc une lecture assez mitigée pour moi, surtout parce que j’attendais vraiment beaucoup de cette suite.
Du côté de la plume de Laure Eve, j’ai retrouvé une écriture qui fonctionne plutôt bien avec l’univers qu’elle a créé. Elle possède une manière assez particulière de raconter son histoire, avec une ambiance sombre et mystérieuse qui colle parfaitement à cette Londres où la magie, les intrigues politiques et les secrets sont omniprésents. J’aime notamment le fait qu’elle ne donne pas forcément toutes les réponses immédiatement et qu’elle nous pousse à nous interroger sur les intentions des différents personnages. Il y a constamment cette impression que quelque chose se cache derrière ce que l’on nous raconte et que les apparences peuvent être trompeuses. C’est un aspect que j’avais beaucoup apprécié dans le premier tome et que l’on retrouve ici. Cependant, j’ai trouvé que cette façon de construire l’intrigue fonctionnait moins bien pour moi dans ce deuxième tome. J’ai parfois eu l’impression que les mystères s’accumulaient sans que cela fasse réellement avancer l’histoire. Les informations sont nombreuses, les personnages ont leurs propres secrets, les intrigues se croisent et les révélations arrivent petit à petit, mais je n’ai pas toujours ressenti cette envie irrépressible de tourner les pages pour comprendre ce qui se cachait derrière tout ça. La plume reste agréable, mais le rythme du récit a beaucoup plus influencé mon ressenti cette fois-ci.
L’univers reste pourtant un vrai point fort de la saga. J’aime toujours autant cette vision d’une Londres assez sombre, où le pouvoir et la magie sont étroitement liés. On est dans un monde où les apparences ont une grande importance, où les alliances peuvent changer rapidement et où il est difficile de savoir qui dit réellement la vérité. La magie apporte également quelque chose de très intéressant à l’ensemble, notamment parce qu’elle participe à cette sensation d’incertitude permanente. On ne sait jamais vraiment ce qui est réel, ce qui relève de l’illusion ou encore qui tire réellement les ficelles. J’ai trouvé que l’univers continuait à avoir une vraie personnalité et c’est probablement ce qui m’a donné le plus envie de continuer ma lecture malgré mes difficultés à accrocher à l’intrigue. J’aurais simplement aimé que cet univers soit davantage exploité d’une manière qui me permette de ressentir la même fascination que dans le premier tome. J’avais envie d’en apprendre davantage, de découvrir de nouveaux aspects de ce monde et de mieux comprendre certaines de ses règles, mais j’ai parfois eu l’impression de rester davantage en surface.
Concernant l’histoire, ce deuxième tome reprend évidemment les conséquences des événements précédents et nous plonge encore davantage dans les jeux de pouvoir qui entourent la cour de Londres. On suit notamment Fantôme, une jeune femme mystérieuse qui se réfugie auprès de Garad Gaheris après avoir été victime d’une tentative d’assassinat. Elle vient avec une histoire particulièrement intrigante puisqu’elle enquêtait sur la mort inexpliquée de plusieurs enfants-divins et a découvert des éléments qui pourraient révéler une conspiration beaucoup plus importante qu’elle ne le pensait. En parallèle, Wyll doit composer avec les conséquences des événements qui ont bouleversé sa vie. Désormais sans mentor et trahi par une personne dont il était proche, il doit malgré tout continuer à agir pour éviter que Londres ne sombre dans le chaos. Et plus les secrets remontent à la surface, plus la frontière entre allié et ennemi devient compliquée à définir. Sur le papier, cette intrigue avait vraiment tout pour me plaire. Régicide, trahisons, complots, magie, enquêtes et manipulations politiques, c’est typiquement le genre de mélange qui peut donner quelque chose de très prenant. Et il y a effectivement de bonnes idées. Certaines révélations m’ont intéressée et j’ai aimé cette sensation de ne jamais pouvoir faire totalement confiance aux personnages. Mais le problème, c’est que j’ai trouvé l’ensemble beaucoup trop lent. J’ai eu la sensation que l’histoire mettait énormément de temps à avancer et qu’elle tournait parfois un peu en rond. Il y avait des passages où je me demandais vraiment quand l’intrigue allait enfin décoller. Je pense que c’est principalement pour cette raison que je me suis ennuyée : ce n’est pas forcément que les événements sont mauvais ou inintéressants, mais ils sont racontés d’une manière qui m’a beaucoup moins captivée.
J’ai aussi eu davantage de mal avec la construction de l’intrigue. Il y a plusieurs personnages, plusieurs enjeux et plusieurs fils narratifs qui se croisent, et même si tout finit par avoir son importance, j’ai parfois eu du mal à me sentir véritablement impliquée. Dans le premier tome, j’avais davantage cette curiosité de découvrir les personnages et de comprendre les règles de cet univers. Ici, comme certaines bases sont déjà posées, j’attendais forcément que l’histoire prenne une autre dimension. J’avais envie que les enjeux deviennent plus importants, que les personnages soient davantage poussés dans leurs retranchements et que les conséquences des événements précédents se fassent vraiment ressentir. Il y a bien une montée en tension, mais elle a été trop progressive pour moi.
Du côté des personnages, j’ai tout de même trouvé intéressant de voir certaines évolutions. Wyll est probablement celui dont le parcours m’a le plus intéressée. Après tout ce qui s’est passé, il n’est plus vraiment le même et doit apprendre à avancer avec les conséquences de ses choix et des trahisons qu’il a subies. Il se retrouve dans une position où il doit prendre des décisions tout en ayant de moins en moins confiance dans les personnes qui l’entourent. J’ai aimé cette dimension plus solitaire de son personnage, ainsi que le fait qu’il doive apprendre à gérer les événements sans pouvoir simplement compter sur quelqu’un pour lui montrer la voie. On sent qu’il gagne en maturité, mais aussi que les événements le fragilisent d’une certaine manière. Fantôme apporte quant à elle une nouvelle dynamique à l’histoire. J’ai trouvé son personnage assez intriguant, notamment parce qu’elle reste difficile à cerner et que son passé semble cacher beaucoup de choses. Son arrivée permet aussi d’apporter un autre regard sur les événements et sur ce qui se passe réellement dans les coulisses. J’aurais simplement aimé réussir à davantage m’attacher à elle. Je pense que le problème vient encore une fois du rythme et de la manière dont l’histoire est construite : j’avais envie d’en savoir plus sur elle, mais je n’ai pas forcément ressenti cette connexion avec le personnage que j’aurais aimé avoir. Et puis, plus généralement, j’ai trouvé que les relations entre les personnages auraient pu être davantage développées. Il y a beaucoup de méfiance, de trahisons et de secrets, ce qui est évidemment cohérent avec l’univers, mais cela crée parfois une certaine distance. J’avais envie de ressentir davantage les conséquences émotionnelles de tout ce qui se passe. Certains personnages traversent des choses importantes, prennent des décisions lourdes de conséquences, mais je n’ai pas toujours eu l’impression que cela m’atteignait réellement. Là encore, je pense que cela vient surtout du fait que j’ai eu du mal à être complètement immergée dans le récit.
Malgré tout, il y a des éléments que j’ai appréciés. Je ne ressors pas de cette lecture en me disant que tout était mauvais, loin de là. L’univers reste original et possède une atmosphère que j’aime beaucoup. J’apprécie cette ambiance de cour où chacun semble avoir ses propres intérêts et où la confiance est presque impossible. J’aime aussi le côté assez sombre de l’histoire et toutes ces questions autour de la magie, du pouvoir et des illusions. Il y a clairement une vraie richesse dans ce monde et je pense que c’est ce qui me donne encore envie de poursuivre la saga malgré mon avis beaucoup plus mitigé sur ce tome. C’est justement ce qui est un peu frustrant pour moi : je vois le potentiel, mais je n’ai pas réussi à en profiter autant que je l’aurais voulu. Peut-être que j’attendais aussi trop de cette suite après avoir apprécié le premier tome. Forcément, quand on a une première lecture qui nous plaît vraiment, on espère retrouver les mêmes sensations, voire quelque chose d’encore meilleur. Et ici, j’ai eu l’impression de passer à côté. Là où le premier tome avait réussi à m’intriguer et à me donner envie de comprendre cet univers, ce deuxième tome m’a surtout donné envie d’arriver au bout de certains passages.
Au final, Les Fantômes de Sombrecoeur est donc une lecture assez mitigée pour moi. Je n’ai pas détesté, loin de là, mais je l’ai beaucoup moins apprécié que le premier tome. J’ai trouvé l’univers toujours aussi intéressant et j’ai apprécié retrouver certains personnages ainsi que découvrir de nouvelles facettes de leur histoire. Les complots, les secrets et les manipulations sont toujours présents et certaines révélations apportent vraiment quelque chose au récit. Mais malheureusement, le rythme beaucoup trop lent et la multiplication des intrigues ont fait que j’ai eu du mal à rester pleinement investie. Et surtout, je me suis ennuyée à plusieurs moments, ce qui reste assez frustrant quand on sait que j’avais beaucoup aimé le tome précédent.