*** SPOILERS ***
Par le hasard des choses, j'ai lu cette série en février 2025, dans un contexte politique fasciste où les tensions entre la France et l'Algérie sont très tendues, en grande partie du fait de déclarations incendiaires de notre ministre fasciste de l'intérieur Bruno Retailleau (que l'on peut voir dans les premières cases de cette BD), et ce contexte a sans aucun doute son importance dans mon appréciation de l'œuvre.
Je ne savais pas trop quoi penser à la fin de ma lecture. Je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages : les intentions d'Ismaël ne sont pas claires, et ce jusqu'à la dernière case ; Françoise, qu'on nous a présentée comme une super journaliste, passe en réalité les 2 derniers tomes à fuir et perd à peu près toute agentivité ; les membres d'équipage du Sand sont nombreux et n'ont pas tous le développement qu'ils mériteraient.
L'histoire ? J'avoue avoir été déçu par le dénouement. Le coup du gardien extraterrestre qui s'active au moment d'une explosion nucléaire pour empêcher l'humanité de tout détruire, c'est un vieux cliché de SF, et ce n'est pas la manière la plus intéressante de parler de toutes les problématiques politiques abordées dans cette série. Au final, sur 3 tomes et 700 planches, on ne traite jamais de la question de la vie extraterrestre, puisque le mystère perdure jusqu'aux dernières planche du tome 3. L'évènement central qui est au cœur de l'intrigue, qui met en mouvement les personnages, est un non-sujet.
Non, ce que je retiens de ma lecture, c'est le concept. Le lore. J'adore l'idée de faire une uchronie basée sur la guerre d'Algérie avec des mécha. J'adore toute l'histoire que raconte cette BD entre les lignes. J'aurais adoré lire une BD qui assume encore plus ce parti pris, qui situe son action véritablement pendant la guerre d'Algérie, qui laisse tomber cette idée un peu ridicule du visiteur extraterrestre pour embrasser pleinement son potentiel politique. J'aurais aimé lire une BD qui raconte la construction des méchas, leur rôle dans le développement de la France et pendant la guerre d'Algérie, et dont le dénouement final soit la catastrophe de Batna. C'est cet aspect de l'histoire que j'ai véritablement apprécié, ce concept si riche, au potentiel si grand, et au final assez peu exploité dans ce qu'on nous raconte véritablement dans Le Dernier Atlas.
La France fasciste que les auteurs nous dépeignent dans ces 3 tomes est assez peu différente de la vraie France de 2025. Et le terreau le plis fertile de notre fascisme français, c'est le racisme et l'islamophobie, qui se déploient d'autant plus que le passé colonial français est un énorme impensé dans le débat public. La guerre d'Algérie est un sujet tabou, son impact a été gigantesque (le FN a été fondé en réponse direct à l'indépendance de l'Algérie) et pourtant nous n'en parlons jamais, nous nous maintenons dans une ignorance qui est directement favorables aux nostalgiques de l'OAS. Nous manquons de discours politique, de réflexion collective sur ces évènements, et c'est là que les artistes ont un rôle à jouer. On manque d'œuvres de fiction qui prendraient ce contexte historique comme décor à leurs histoires. On est trop timide, on ne joue pas assez avec notre passé, parce qu'on n'ose pas, et au final on se prive d'un regard neuf et d'une véritable introspection sur tout le mal que l'on a fait, et que l'on continue de faire.
C'est ça que je retiens du Dernier Atlas. Une tentative courageuse mais encore trop timide à mon goût de parler de la guerre d'Algérie via une intrigue de genre. C'est une démarche que je trouve personnellement très inspirante, et j'espère que d'autres BD de ce style sortiront à l'avenir, et sauront aller encore plus loin.