En 1903, alors consul britannique, Roger Casement enquête sur les atrocités commises dans le Congo du roi Léopold de Belgique. Le rapport qu’il en tire le rend célèbre. En 1910, il débarque en Amazonie pour dénoncer les exactions contre les Indiens. Anobli par le roi, il est considéré comme l’un des plus grands héros du Royaume-Uni. Coup de tonnerre en 1914. Il est à Berlin. Devenu militant de la cause irlandaise, il y négocie l’appui militaire de l’Allemagne à l’indépendance de son île natale. Aux yeux des Anglais, le héros est désormais un traître. Quand elle réussit à le capturer, en 1916, la police britannique est prête à tout pour le salir, y compris à utiliser contre lui de mystérieux documents : cinq agendas où il a noté avec force détails ses centaines de rencontres avec des jeunes hommes…
Adulé en Irlande, longtemps haï au Royaume-Uni, Roger Casement est quasiment inconnu en France. Quelle erreur ! Il n’y a pas de destin plus en prise avec les préoccupations de notre XXIᵉ siècle, hanté par le bilan de la colonisation, la question de l’identité nationale ou celle de l’orientation sexuelle.
François Reynaert, né en 1960 à Dunkerque, est journaliste et écrivain. Homme de presse écrite, de radio et de télévision, il est chroniqueur au Nouvel Observateur où il tient depuis 1995 une chronique qui l'a rendu célèbre, sur France 2 (Campus, l’Arène) et sur France Inter (Fou du roi).
Romancier, il est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Nos amis les journalistes où le lecteur fait la connaissance du journaliste Basile Polson, qu'il retrouvera dans les romans Nos amis les hétéros et Rappelle-toi.
Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises (Fayard, 2010), une histoire de France devenue best-seller, a montré son talent de conteur.
François Reynaert est également membre du jury du prix de Flore.
Récit historique haletant sur la vie à multiples facettes de Roger Casement. Il a dénoncé les crimes de l'Afrique coloniale, défendu le nationalisme irlandais et été persécuté pour son homosexualité. Ce récit n'est pas une biographie selon les canons traditionnels du genre. L'auteur revient aussi sur certains moments historiques qui ont marqué l'histoire Dans ce livre, il nous fait comprendre l'histoire tout en racontant une histoire.
Il y a la plume de François Reynart, son écriture fluide et ses traits d'humour. Il fut un temps où je lisais l'Obs régulièrement, et je commençais souvent par sa chronique. Il a toujours ce don de faire paraître les sujets les plus graves comme légers.
Il y a le personnage de Casement, qui est intriguant, attractif et intéressant, aux multiples facettes.
Enfin, surtout, il y a l'Histoire, avec un grand H : l'histoire douloureuse de la colonisation de l'Afrique en général et celle du Congo en particulier. Douloureuse également avec les exactions des Indiens en Amazonie. Et là, le ton badin de l'auteur exacerbe l'horreur. Dès le début, j'ai les larmes aux yeux.
Je me sens humiliée. Il est indispensable que chacun lise sur cette période noire de l'humanité. Pas si lointaine, pourtant bien oubliée. On commémore, à juste titre, la Shoah. On exhibe les archives, les images, les noms et les histoires pour dire "jamais plus". Et surtout, ne les oublions pas. Mais pourquoi ne parle-t-on pas de ces femmes et ces enfants enfermés, affamés, torturés pour pousser leurs hommes à travailler ? Les horreurs commises au Congo puis, plus tard, en Amazonie, et pour être honnête, dans plusieurs colonies, sont souvent ignorées par le grand public. Pourquoi cette ignorance ?
Peut-être parce qu'ils ne ressemblent pas à leurs bourreaux. Parce que, malheureusement, encore aujourd'hui, on ne ressent la peine que de ceux auxquels on s'identifie. Hier le Congo, aujourd'hui Gaza.
Je trouve intéressant que Reynart n'essaie pas d'idéaliser son héros. Il admet ses commentaires racistes (quoique atténués par un "préjugé de son temps"). Il accepte qu'on le juge traître quand il choisit de se rendre en Allemagne pour demander son soutien pour l'Irlande libre alors que la Première Guerre mondiale bat son plein.
Il embrasse aussi avec bienveillance ses faiblesses de la chair. Peut-être parce qu'il partage la même orientation sexuelle.
Enfin, ce livre biographique apporte une lumière intéressante sur plusieurs événements historiques qui méritent qu'on s'y intéresse.
Lecture très lente pour moi vu la profondeur et l'intensité émotionnelle de l'œuvre. C'est une lecture qui ne se consomme pas rapidement, mais qui invite à la réflexion et à la méditation, enrichissant notre compréhension de l'histoire et de l'humanité.