Perspectives, orientations, humeurs, amours/amitiés, ambiances, équilibres, errances, fragilités, libertés et identités. Voilà les 10 parties de l’essai philosophique «La promesse de Juliette», de Mustapha Fahmi, une suite à «La leçon de Rosalinde». Des oeuvres qui témoignent de sa volonté d’«écrire sur Shakespeare en français».
Incarnant la sagesse, véritable as de la vulgarisation, l’auteur trouve toujours le mot juste et suffisant pour nous faire réfléchir. Ainsi dénuée de toute lourdeur, l’oeuvre traite d’un éventail de thèmes soigneusement choisis – la vérité, l’humiliation, le besoin, la dignité, le travail, le repos, la parole, l’égalité, la beauté et le bonheur. Ratisser aussi large en étant aussi concis et pertinent relève de l’exploit.
Le bonheur y est résumé ainsi: « Il ne s’agit pas de faire les choses dans la vie, mais de bien les faire. […] Le bonheur: il est complet et final. »
L’amour, lui, n’est que promesse de bonheur, comme la beauté. «Si l’amour naît lors d’une rencontre avec la beauté et s’exprime en poésie, c’est dans l’imagination qu’il se développe, qu’il grandit. […] On aime parce que cela fait du bien.»
Multipliant les clins d'oeil aux plus grands philosophes comme aux plus grands classiques de la littérature, dont «Le Roi Lear» de William Shakespeare, trame de fond du cheminement intellectuel proposé par le professeur de littérature anglaise, Mustapha Fahmi arrive à nous dresser un portrait net de l’essence de notre humanité. Une philosophie incarnée par la chute du roi Lear et l’ascension de l’homme.
Je n’ai rien lu de tel, et cette lecture m’habitera longtemps. Jamais je n’aurais cru la philosophie aussi accessible et nourricière. Bien qu'à l'occasion, j’aurais aimé connaître l’expérience de vie de l’auteur l’ayant mené à une réflexion donnée, cette part d’impersonnalité m’a forcé à transposer dans ma réalité toutes les petites ficelles de sagesse laissées par Mustapha Fahmi, un Saguenéen d’adoption d’origine marocaine. Depuis, je tente de les appliquer dans mon quotidien, si bien que cet essai m’a procuré un nouveau regard sur mon environnement et le rôle que j’y joue.
«La promesse de Juliette», c’est le théâtre de la vie.
C’est là que réside la force de cette oeuvre : diffuser une humeur, définie comme «une manière de s’impliquer dans la vie», positive, curieuse et contemplative, pour nous permettre d’accueillir différemment le tangible et l’intangible.
«Notre réceptivité et notre immersion dans la vie de chaque jour établissent également la façon dont les choses s’ouvrent et se révèlent à nous.»
Il ne suffit pas d’apprendre la philosophie; il faut la rencontrer.
Merci, monsieur Fahmi.