Les mouvements écologiques dans leur ensemble ont du mal à intégrer la question des minorités et notamment des minorités sexuelles. Certains adoptent même des discours ouvertement LGBTQIphobes, sur la PMA et la transidentité par exemple, qui les rapprochent des positions les plus réactionnaires. Nous plongeant dans les courants de pensées socialistes anglais du XIXe siècle, Cy Lecerf Maulpoix, journaliste engagé dans les luttes LGBTQI et dans les luttes pour la justice climatique, part à la recherche d'une histoire ignorée, celle des espaces, lieux et communautés dans lesquelles ont été expérimentées des modes de vies minoritaires qui sont autant de ressources pour aujourd'hui.
Une lecture passionnante et extrêmement enrichissante ! Je craignais que ce soit complexe voire compliqué à lire, j'avais peur de ne rien comprendre. Mais bien au contraire, la forme qui frôle avec le témoignage, direct ou rapporté, nous place dans une forme de relation empathique aux idées théoriques, nous fait cheminer sur leur découverte. J'ai apprécié en particulier découvrir autant d'initiatives, individuelles ou collectives, de connexions entre la queerness et la nature, même si j'aurais aimé plus de récits d'expériences françaises ou européennes.
Meh. J'ai été globalement déçue par Écologies déviantes, qui je trouve souffre de sa presentation comme un ouvrage revolutionnaire et surtout de sa comparaison à Une écologie décoloniale de Malcolm Ferdinand, qui est, lui, un ouvrage exceptionnel : je m'attendais, je pense, à trop.
J'aurais voulu sortir de cette lecture avec une nouvelle perspective sur les luttes et priorités écologiques, avec une pensée plus structurée et profonde. Ce n'est pas le cas. L'auteur ne développe et n'argumente pas son propos, butinant d'une idée à l'autre, et suppose un lectorat qui partage ses references, ce qui fait qu'aucune opportunité d'apprendre ou de changer d'avis n'est saisie. Par exemple, Cy Lecerf Maulpoix critique les jardins botaniques nationaux d'Angleterre, mais sans jamais dire pourquoi, ce qui m'a juste laissée décontenancée.
Plus grave, des auteurs sont évoqués sans parler des aspects problématiques de leurs pensées, notamment Harry Hay et ses liens avec les mouvements pédophiles.
Ce qu'il reste, c'est plutot une histoire de rapports de groupes queers à l'écologie et la nature, des jardins-refuges aux lieux de cruising en passant par les communautés autonomes. Cette partie là est précieuse.
Premiers pas pour moi dans la littérature d'idées queer, et j'ai trouvé ce livre convaincant, même s'il propose une exploration plus qu'une réflexion. J'aurais aimé qu'il soit moins centré sur l'aspect masculin et que les communautés lesbiennes soient interrogées plus en profondeur, notamment sur les rapports entre féminité et fertilité (liée à la terre), ainsi que la symbolique de se retirer pour bâtir une utopie loin de la notion de reproduction et de performance. Malgré cela, l'auteur présente un travail de recherche très riche, autour de points variés, même s'il a tendance à aborder l'intersectionnalité seulement en l'évoquant plus qu'en la développant.
Le début du livre laisse penser qu’il s’agira de faire le lien entre la pensée scientifique (biologie, écologie) et les études du genre. Je m’attendais à une dissertation, une espèce de cosmogonie queer, une lecture de la nature s’éloignant de l’hétéronomie… il s’agit cependant majoritairement de récits de personnes queer et leur façon d’habiter la nature. Certes, intéressant mais ce n’est pas la nouvelle grille de lecture des questions écologiques à la quelle je m’attendais.
Écologies déviantes c’était tout ce que je cherchais - un entrecroisement riche et intelligent entre mouvements queer et écologiques, avec toujours cette question de fond : peut-on et doit-on concilier les deux ?
Le premier chapitre brosse les incompatibilités : le rejet des personnes queer de la part de mouvements écologistes (contre-nature ?), et le rejet de combats écologiques de la part de mouvements queer (vulnérabilités plus urgentes, la ville comme refuge).
Le deuxième chapitre part en quête d’histoires du lien particulier qu’entretiennent les personnes queer avec la nature : de l’amour des jardins aux tentations de se retirer de la société dans des communautés rurales. Un besoin de récits communs et fondateurs.
Le troisième chapitre revient au présent et se tourne vers le futur pour proposer des pistes de réconciliation entre les luttes sociales et écologiques, pour offrir soin, refuges, intimité et parenté en lien avec la terre qui nous entoure.
Les personnes qui me connaissent savent que j’ai du mal à lire de la non-fiction en dehors des cours mais ce livre a le parfait équilibre entre académisme, réflexion et récits plus personnels dans lesquels l’auteur nous entraîne dans sa recherche.
Ce qui revient beaucoup sont les cycles : le besoin de militer mais aussi celui de recharger une énergie commune pour entre capable de continuer. L’envie de réformer la société et celle de se retirer et tout recommencer à l’écart, avec nos propres règles. La conclusion que les deux sont nécessaires et ne sont pas soutenables l’un•e sans l’autre.
Bref, c’est un livre extrêmement fécond, qui offre plein de pistes de réflexion et de nouveaux apprentissages, plein d’auteurices et d’histoires cachées. Un livre en pleine arborescence qui nourrit chez ses lecteurices de nouveaux bourgeons.