Fin août 1572. À Paris, des notaires dressent des inventaires après décès, enregistrent des actes, règlent des héritages. Avec minutie, ils transcrivent l’ordinaire des vies au milieu d’une colossale hécatombe. Mais ils livrent aussi des noms, des adresses, des liens. Puisant dans ces archives notariales, Jérémie Foa tisse une micro-histoire de la Saint-Barthélemy soucieuse de nommer les anonymes, les obscurs jetés au fleuve ou mêlés à la fosse, à jamais engloutis. Pour élucider des crimes dont on ignorait jusqu’à l’existence, il abandonne les palais pour les pavés, exhumant les indices d’un massacre de proximité, commis par des voisins sur leurs voisins. Car à descendre dans la rue, on croise ceux qui ont du sang sur les mains, on observe le savoir-faire de la poignée d’hommes responsables de la plupart des meurtres. Sans avoir été prémédité, le massacre était préparé de longue date – les assassins n’ont pas surgi tout armés dans la folie d’un soir d’été. Au fil de vingt-cinq enquêtes haletantes, l’historien retrouve les victimes et les tueurs, simples passants ou ardents massacreurs, dans leur humaine trivialité : épingliers, menuisiers, rôtisseurs de la Vallée de Misère, tanneurs d’Aubusson et taverniers de Maubert, vies minuscules emportées par l’événement.
un livre magnifiquement écrit qui donne envie de se perdre dans les archives à la recherche des voix d'autrefois. une véritable lettre d'amour à l'histoire.
La nuit de Barthélemy est un déjà vu, et tristement ces événements nous basculent, car nous les reconnaissons dans notre vie quotidienne. L’histoire qui se répète, et les voisins qui tuaient les voisins nous ressemblent nous même, avec la guerre en Ukraine, ou les movements d’extrême droite en France. La manque de tolérance et la mixophobie, tout ça, on l’a déjà vu, on l’a étudié et on en a absolument rien appris.
Un livre sur la Saint-Barthélemy littéralement à hauteur des pavés et des ponts de Paris, au plus proche des acteurs du massacre-les victimes et leurs bourreaux. L'auteur a minutieusement épluché les archives des études notariales parisiennes de 1572 pour ressusciter ce moment paroxystique, mais il élargit aussi la focale spatiale et temporelle : on retrouve les mêmes acteurs qui jouent la même atroce pièce à Rouen, Toulouse, Lyon ou Bordeaux. A rebours de la macro-histoire d'un Georges Duby, c'est dans la glaise et le sang que l'auteur a saisi la vingtaine de micro-histoires ici relatées, appuyé par une solide bibliographie qui laisse entrevoir les aspects sociologiques, religieux et psychologisants de cette étrangeté : sortir de chez soi pour aller massacrer ses voisins. Une très bonne lecture.
J’étais très intriguée de lire ce livre depuis que l’on en avait parlé en histoire moderne l’année dernière et je n’ai pas été déçue !!! Très intéressant d’observer pas à pas le travail d’historien et de recherches dans les archives. J’ai aussi beaucoup aimé cette nouvelle perspective sur un en événement aussi connu et relaté que la Saint Barthélémy, ainsi que la volonté de rappeler que ce n’est pas un « massacre de tous par tous » mais bien un événement prémédité, préparé, planifié à l’extrême pour assurer une réussite maximale. Les dernières lignes sont glaçantes avec la phrase « mort dans son lit », rappelant que les bourreaux n’ont au final jamais été punis.
J'ai beaucoup aimé ce livre. Connaître les histoires des "petits", le déroulement, l'organisation.Mais je crois que ce que je préfère c'est la recherche de l'historien racontée ici : Les sources, les hypothèses, les doutes, comme une enquête policière.
J'aime beaucoup ce format, où l'auteur s'appuie sur ses découvertes dans les archives pour raconter les histoires de ceux qui ont été oubliés. Je ne lis pas souvent de la micro histoire, et encore moins sur le massacre de la Saint-Barthélemy, mais cet ouvrage était très intéressant.